Quelles étaient les conditions de vie aux siècles passés ? La qualité de vie était-elle meilleure qu'aujourd'hui ? Quelques éléments de réponse ...

La mortalité infantile

Au Moyen-âge, l'espérance de vie semble avoir été de l'ordre de 25 ans, probablement un peu plus pour les privilégiés et un peu moins pour le paysans et les pauvres. Dans les périodes prospères, elle a dû atteindre péniblement les 26 ou 27 ans. Mais durant les époques de grandes crises le nombre de la population a régressé. Pourtant on ne doit pas oublier qu'il s'agit d'une moyenne et que, si le quart ou le tiers des enfants mouraient avant leur premier anniversaire, il y avait aussi des vieillards et même quelques rares centenaires (source : Histoire de la population française). Exemple : Thomas KLEIBER de Valff qui décéda le 12 février 1715 fêta encore l'âge patriarcal ... de 100 ans !

Et à Valff ? 

Citons le cas de la famille VOEGEL Antoine et Marie Anne DIEHLMAN, mariés en 1851, et qui sur leurs 13 enfants ont vu mourir 11 des leurs en bas âge :

  • François Antoine : 6 mois
  • Marie Anne : 7 ans
  • François Antoine : 1 mois
  • François Joseph : 1 an
  • Marie Anne : 2 mois
  • François Antoine : 2 mois
  • Geneviève : 23 ans
  • Marie Anne : 1 an
  • Marie Elisabeth : 2 ans
  • et deux enfants dont on ne trouve pas l'acte de décès

Une telle fatalité est-elle supportable ?

Acte de l'inventaire des biens du couple Adam VOEGEL et feue Maria LUTZ de 1709

La famille Adam VOEGEL et Maria LUTZ

Ce qui devait être un moment de bonheur s'achèvera dans un gouffre de souffrance. 8 mai 1708, Maria accouche. Elle est déjà avancée en âge, elle a épousé Adam en 1686. La petite famille est installée dans une modeste maison de la rue Thomas. La sage-femme se prépare, elle sait que le travail sera rude, en plus, elle pressent  des jumeaux. Tout est préparé, les linges, l'eau chauffée, la couche. Après de nombreuses heures d'intenses souffrances, c'est enfin la délivrance. Le premier enfant est un garçon, on l'appelle Blaise. Le second, une fille, Marie, elle ne survivra pas ! La mère également se meurt. Les proches courent chercher le curé. Le religieux Thomas Rauch se presse mais il est trop tard. Marie LUTZ à bout de forces s'est éteinte. Le petit Blaise rejoindra sa petite soeur et sa mère dans la tombe après 9 jours de vie. Son frère George aîné de 3 ans les rejoindra le lendemain ! Le curé note que la défunte n'a pas bénéficié des derniers sacrements, mais il y a 2 semaines des sacrements de pénitence et d'eucharistie. Le 10 mai à l'enterrement de Maria LUTZ et de sa petite fille Marie, tout le village ému et silencieux s'était rassemblé pour suivre le cortège funèbre et ce n'était pas fini ! Durant ce printemps 1708, une épidémie de dysenterie emportera encore une douzaine d'autres petites vies rien qu'à Valff. 

Adam, le père, reste seul. Il doit s'occuper de ses 5 enfants restants. Heureusement qu'il y a Catherine qui a 16 ans et Anne. Elle lui sera d'une grande aide. Il n'oubliera pas son abnégation : il la récompensera et la louera dans son testament. Il lui léguera en supplément ... un veau « en considération des services rendus et de ses sentiments affectueux et filiaux » . Et des temps difficiles il y en a eu !

La fin de l'année 1708 se termina dans une douceur trompeuse. L'hiver a venir sera considéré comme l'un des plus froid du XVIIe siècle. Durant le mois de janvier 1709, on empilera les cadavres congelés en attendant de pouvoir creuser des trous dans le sol gelé. Comme il est d'usage au décès d'un parent, les notables du village avec en tête le Schultheis Blaise HIRTZ  se rassemblent pour faire l'inventaire des biens du ménage au profit des enfants. Après cet hiver mémorable, les membres du Conseil notent qu'il ne reste à Adam VOEGEL plus aucun meuble ni carburant en bois; seule subsiste une modeste table en sapin et un coffre avec serrure.(1) Ont-ils brûlé leur mobilier pour se chauffer et survivre ? Comme beaucoup de citoyens à l'époque, ils ne possédaient aucune couverture en laine, l'inventaire faisant foi. Certains documents relatent que la seule issue pour rester en vie était de dormir avec le bétail. Le vin a gelé dans les caves. Après le froid, ce fut le dégel et ses inondations ! Les habitants durent se réfugier au premier étage de leurs maisons. Puis ... un regel. Cette deuxième vague fut si intense et brusque que beaucoup de voyageurs moururent sur les routes. Les oiseaux tombaient morts gelés du ciel. Il fit -35° avec des vents violents qui firent descendre les températures par endroits à -50°, -26° à Paris et même -17° à Marseille ! On estime que plus de 3% de la population, soit près de 800 000 victimes y laissèrent leur vie en moins d'un mois. Le curé Rauch enterra 10% de ses paroissiens cette année. Dans certaines paroisses on inhuma, trois par trois ou quatre par quatre. Au mois de juin, il restait par endroits 40 cm de neige comme à Marlenheim. Le prix des denrées de bases s'envola. La famine acheva les rescapés.

L'hiver à Gertwiller en 1936 (Archives de Strasbourg, Fond BLUMER)

Les époux Adam et Lutz Marie VOEGEL avaient subi pendant leur union la perte de Jean né en 1690, Marie en 1691, Adam né en 1695, Marie Elisabeth en 1698, un deuxième Adam né en 1700, Jean George en 1702, Georges né en 1705. En se souvenant du passé douloureux, avant de mourir, Adam fit appeler le notaire pour lui dicter ses dernières volontés : « Moi, Adam VOEGEL, citoyen de Valff et y résidant, malade d'un corps faible mais entièrement lucide, couché dans le lit dans la Stub, déclare qu'il est de la nature humaine de mourir.  Je demande que, ayant toujours vécu dans la volonté du Tout Puissant, ma dépouille soit inhumée selon les rites chrétiens catholiques. Les premières messes seront lues le septième et le trentième jours après mon enterrement [...] (suivent des instructions de partages) ». Dernières paroles comme un aveu de délivrance.

La religion omniprésente 

Au court du XVIIIème siècle, on recense une douzaine de naissances de jumeaux dans notre commune qui, le plus souvent, ne survirent pas. Les triplés, Marie Barbara, Barbara et Marie Elisabeth de MULLER Barbara  naquirent le 7 août 1728. Seule Marie Barbara semble avoir survécu. Le curé HAENNER mentionne dans l'acte de décès de Eve DIEHL en 1736 « devenue aveugle à la suite d'un accouchement ». A notre époque on ne peut imaginer à quel point la mort d’un enfant mort-né ou décédé avant qu’il ne soit baptisé ou ondoyé (2) emplissait les gens de frayeur et de chagrin. Si cela arrivait, il n’y avait pas de sacrements, ni d’office à l’église, pas de sépulture chrétienne non plus, et l’âme, croyait-on, allait dans les limbes, un lieu d'errance. Le baptême marquait l’entrée dans le monde des chrétiens. 

Il y a de nombreuses mentions d'ondoiement dans les registres de baptêmes de Valff. Les anciens habitants se souvenaient que le quartier des sépultures dit « non sacré » se trouvait à droite à l'entrée du cimetière derrière une rangée d'arbres. C'est là, que de nuit, on enterrait les enfants non baptisés et les suicidés. Cette pratique avait court jusqu'au milieu du XXème siècle. il n'y avait pas non plus de croix. 

  

Qu'en pensez-vous ? Toujours persuadés du bon vieux temps ? A suivre ...

Sources :

  • Archives départementales du Bas-Rhin
  • Collection Antoine MULLER

(1) Pour plus de détails relatifs à l'inventaire voir : Les actes notariés, une mine d'informations

(2) L'ondoiement est une cérémonie simplifiée du baptême utilisée en cas de risque imminent de décès, ou par précaution quand on veut retarder la cérémonie du baptême pour une circonstance quelconque. Le curé appelé en urgence au lieu de naissance versait de l’eau sur la tête de l'enfant né en prononçant les paroles sacramentelles : « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Si l’enfant trépassait, on disait qu'il allait au ciel et pouvait être inhumé normalement et surtout chrétiennement.

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