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Le « Totalerkrieg » (la guerre totale) voulue par les dirigeants allemands bat son plein. L'armée allemande combat pour sa survie à l'Ouest comme à l'Est. C'est là que se trouve André VOEGEL, jeune engagé de force alsacien. Suite de la partie 1partie 2partie 3partie 4 et partie 5.

En attente de l'offensive soviétique

Vers le mois de novembre 1944, ma nouvelle compagnie recomposée se trouvait stationnée dans la région de Zwolen en Pologne à une dizaine de kilomètres derrière le front constitué par la Vistule. Mes compagnons d'infortunes et moi étions chargés de superviser la construction d'une deuxième tranchée derrière le front à 2 km de notre cantonnement. Dans le langage étymologique de l'époque « Auffangstellung », il s'agissait de boyaux de rattrapage dans l'hypothèse où les premières lignes seraient enfoncées. Notre mission consistait à rameuter chaque matin les hommes valides du village, et les amener sur le terrain pour qu'ils creusent à la main la nouvelle tranchée.

Le ghetto juif à Zwolen 

Notre cantonnement se trouvait chez l'habitant. Je logeais avec quelques copains, dans un petit réduit à côté des pièces de nos hébergeurs locaux. Pour passer dans notre chambre, nous devions emprunter la chambre à coucher de la famille dont quelques-uns dormaient sur le grand four et d'autres par terre. La maison, comme les autres d'ailleurs étaient dépourvues d'électricité. Passer entre les dormeurs quand nous rentrions la nuit, relevait d'une gymnastique particulièrement hasardeuse. Un soir, j'ai marché sur la tête du vieux grand-père qui poussa un cri de douleur. Une fois arrivés dans notre recoin nous nous sommes presque étouffés de rire. Pauvre pépé ! A plusieurs reprises j'ai essayé de m'arranger pour que le chef de famille de notre logement ne soit pas astreint à la corvée du « creusage de tranchée ». Cette attention a naturellement été fort appréciée par l'ensemble des membres de la famille. J'ai souvent discuté avec ces gens pour leur expliquer, autant que possible, mes sentiments anti-allemands.

Les nouvelles tranchées passaient non loin d'un moulin isolé, en pleine nature en bordure d'un petit cours d'eau. Le faible cours d'eau faisait mouvoir une roue à eau. Les meuniers me semblaient plus aisés et cultivés que les autres habitants du village. Au cours de mon recensement des hommes valides, je fis connaissance avec l'ensemble de la famille, dont l'un des membres parlait un peu français. J'ai de suite remarqué une jeune fille, très belle comme savent être les Polonaises. Je n'étais pas insensible à son charme et je peux même avouer que je m'en suis secrètement épris. Toutes les occasions étaient devenues bonnes pour leur rendre une petite visite et on a finit par nouer des liens. On partageait nos opinions et sentiments anti nazis. Un jour que je leur ai rendu visite, en passant la porte, je me suis trouvé dans une situation aussi embarrassante qu'inattendue. Je me suis retrouvé face à face avec la belle jeune fille en tenue d'Eve en train de prendre son bain dans une cuve en bois ! Je fus très gêné, plus qu'elle d'ailleurs, et me suis éclipsé dans une marche arrière pudique. Jamais je ne l'ai touché mais j'ai eu du mal a oublier ce moment qui continua à trotter dans mon esprit ... un peu de bonheur dans ce monde de violence ! 

C'est près de ce moulin que je vis, pour la première fois, l'équarrissage des grumes de bois à la hache et à la scie à main. Cette technique permettait de façonner le bois de charpente. Robert GARRE, mon copain de Barr, était dans le même groupe que moi. Nous avons lié des liens d'amitié et nous partagions le même cantonnement. Robert a reçu une formation de mitrailleur, et moi, de porteur de munitions. De temps à autre, des avions de reconnaissance russes nous honoraient de leur visite. Ils avaient pris l'habitude de survoler notre village à basse altitude et nous décidâmes de les accueillir la prochaine fois avec notre mitrailleuse. Un jour, deux avions se présentèrent à basse altitude. Le grand jour était arrivé : l'accueil sera chaleureux ! Notre mitrailleuse cracha affectueusement ses suppositoires de bienvenue. Dès les premiers tirs, les avions reprirent rapidement de l'altitude et commencèrent à tourner en rond « en battant des ailes ! ». Nous comprirent en nous regardant hébétés que nous venions de tirer sur notre propre aviation. Heureusement que nous étions de piètres tireurs. Aucun ne fut touché !

Quelques temps plus-tard, après avoir bien analysé cette fois que nous avions affaire cette fois à de véritables avions russes, nous décidâmes de renouveler notre plan d'accueil. Nous mîmes notre mitrailleuse en joue, et, à peine nous avions pris position que nos hôtes nous arrosèrent des rafales de leurs canons. Les impacts claquèrent violemment tout autour de nous. Nous n'avions même pas eu le temps de tirer une seule balle ! Heureusement que ce n'était pas le jour de gloire pour notre sacrifice ultime. Nous nous sommes jurés de ne plus jamais recommencer. Notre convivialité n'était décidément pas appréciée !

L'hygiène de vie, même la plus élémentaire, faisait complètement défaut dans notre cantonnement polonais. Les civils, comme nous d'ailleurs, étaient infectés de poux. Ces bestioles s'attaquaient de préférence aux endroits velus du corps. Sous les bras, leur lieu de prédilection, notre chemise en pullulait. Pour en éliminer le plus grand nombre en un temps record, nous avions trouvé une méthode peu orthodoxe. A l'aide d'une bougie, nous nous sommes attaqués à leur éradication. En passant nos chemises au dessus de la flamme nous entendions un petit claquement qui indiquait que le parasite avait passé de vie à trépas. De temps à autre, l'armée organisait des désinfections complètes de nos vêtements accompagné d'une douche obligatoire, mais ce n'était que partie remise.

Opération « Entlausung » (anti-poux) en Pologne

Dans le village, l'autorité militaire avait réquisitionné une petite maison transformée en sauna. Au milieu de la pièce brûlait un feu qui chauffait de grosses pierres sur lesquelles on versait de l'eau. En quelques minutes une chaleur moite et étouffante mettait nos corps en transpiration. L'exhalation de la sueur produisait un certain bien-être. L'opération terminée, on sortait nus et on se frottait le corps avec de la neige. C'était une nouvelle expérience pour moi : le sauna norvégien. Ma division revenait de Norvège où elle avait appris à connaître cette pratique.

A suivre ...

Source : Mémoires d'André VOEGEL

Récit complet des mémoire du malgré-nous André VOEGEL :

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