Depuis un an, des périodes de confinement et de couvre-feu ont limité notre droit de libre circulation. Mais une petite boite verte cachée au fond des archives de la mairie nous a offert une illustration de la réalité d'autrefois.

Vous voyagez dans le tram de Strasbourg lorsque se présente à vous un contrôleur. « Ticket s'il vous plait ! » Au même moment près de vous, un contrevenant se lève, se place devant la porte de sortie en s'adressant au contrôleur et dit : « Je sors ici ! Vous n'avez pas le droit de me retenir ! ». Vous assistez avec stupéfaction au départ du fraudeur sans interception de l'agent contrôleur : le citoyen a fait valoir son droit de libre circulation ! Les temps ont bien changé. Sans entrer dans les détails, voici un petit rappel historique :

  • 1949 : Déclaration des droits de l'homme à l'ONU, article 13 : tout individu a le droit de se déplacer librement dans un pays, de quitter celui-ci et d'y revenir. Il a le droit de choisir sa résidence.
  • 1957 : Le traité de Rome de l'Union Européenne ajoute : la libre circulation des travailleurs est assurée à l'intérieur de l'Union.
  • 1992 : Traité de Maastricht : extension de la libre circulation de tous les résidents à l'intérieur de l'Union Européenne. Conséquence : plus besoin de passeport pour voyager à l'intérieur de l'Europe. Disparition des contrôles aux frontières.

Comment voyageait-on avant ?

Dans les archives de la mairie se trouve une petite boite verte qui contient une petite pile de passeports du XIXe siècle. Chaque feuille a été établi à l'attention d'un habitant de la commune qui, un jour, a eu le désir de quitter le village ou de s'y installer. Par exemple : vous vouliez aller à Colmar, vous aviez l'obligation de vous rendre à la mairie, de vous faire remplir une grande feuille par Monsieur le Maire, le dit document était alors découpé au ciseau en deux parties : une partie avec les indications sur votre personne comme votre nom, sexe, âge, taille, couleur des cheveux, front, sourcils, yeux, nez, bouche, barbe, menton, visage et teint était pour vous, l'autre restait à la mairie. Si vous aviez la chance d'avoir une verrue sur le nez ou des cicatrices causées par la petite vérole, c'était noté ! Prix : 2 francs.

Prenons l'exemple du fileur et tailleur Joseph KOENIG. Juillet 1840, Koenig est à Mulhouse et y travaille comme fileur dans l'entrepris Naegely & compagnie. Il doit rentrer à Barr pour raison familiale moyennant une attestation de bonne conduite. Le 16 août 1840, le tailleur d'habit Jean George DUBLING habitant au 40 de la rue Principale rédige une attestation à l'attention du Maire. Il atteste que Joseph KOENIG originaire de Gertwiller travaillant et vivant dans sa cour, s'est bien comporté durant la période du 6 au 16 août 1840. KOENIG a la bougeotte, il veut se rendre à Blois dans le Loire et Cher où il va travailler comme ... vigneron. Voyage, voyage. Au bout de 2 mois, Joseph demande un nouveau passeport par le Maire de Blois pour faire le chemin retour. L'arrière du passeport que lui a délivré l'élu joint un certificat de bonne conduite de l'aubergiste qui a logé Joseph. Le verso mentionne les caractéristiques suivantes : « KOENIG Joseph, 21 ans, mesure 1 mètre 68 a les cheveux châtains, un front large, des yeux gris et un menton rond, un visage ovale et le teint blanc ». Le Maire confirme : Joseph sait signer ! KOENIG restera à Blois jusqu'au 23 février 1841. Le certificat étant valable 1 an, il lui reste 3 mois pour se rendre en Alsace. Il paie 1 franc de redevance de circulation pour aller à Paris. Il file droit vers le nord en direction de Paris et le 3 mars il est dans la capitale. Il fait tamponner son laisser-passer par les autorités: 1 franc 10.

Carnet de route 

Paris, le 3 mars 1841, payé 1 franc 10.

    

Meaux, le 5 mars, 1 franc 80.

Montmirail, le 6 mars, et son fameux château revisité dans le film Les visiteurs prix du séjour 2 francs 20.

La-Ferté-sous-Jouarre.

 

Châlon en Champagne, le 8 mars, payé 1 franc 50.

Auve.

 Sainte- Menehould.

Verdun, le 10 mars, payé 1 franc 90.

Mars-la-tour.

Metz, le 11 mars, payé 1 franc 50.

Chaussy.

Saint Avold, le 12 mars, payé 1 franc 5 centimes.

Sarreguemines, le 13 mars, payé 1 franc 5 centimes.

Bitche.

Lambach.

Barr, le 20 mars.

Arrivé à Barr le Maire écrit le nom de la prochaine destination : Mulhouse ! Joseph a dépensé 12 francs 10 de taxes pour faire le trajet soit 40 euros. A cela il faut ajouter le prix de la diligence puisque vu les dates de passages entre les villes, il ne pouvait pas en être autrement et les frais de bouche et de gîte. Il aura mis 17 jours pour faire près de 800 km dans un confort plus que théorique.

Le 15 avril 1941, DUBLING rédige une nouvelle attestation quelque peu farfelue : il certifie que KOENIG aurait séjourné chez lui de mars 1840 au 15 avril 1841. Curieux ! Fausse déclaration ? Nous savons que KOENIG désirait retourner à Mulhouse. Le Maire de Barr écrit le 16 un petit mot doux au Maire JORDAN de Valff en terminant sa lettre par « mes meilleures amitiés ». Dans sa missive il demande que notre Maire JORDAN ferme un peu les yeux et donc remette le précieux sésame à KOENIG. Corruptible, pas corruptible ? Monsieur le Maire semble ne pas avoir cédé. Nous n'avons retrouvé aucun souche de passeport pour KOENIG après cette date. Joseph JORDAN, alias Eliot Ness, maire incorruptible de Valff, c'est beau ! En attendant à partir de ce jour nous n'avons plus jamais entendu parler de Joseph KOENIG, le voyageur intrépide.

Lettre du Maire de Barr demandant au maire de Valff de faire un faux en 1841

Sources : Archives de la commune

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