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Dans ses mémoires, notre historien local, André VOEGEL, évoque un évènement archéologique qui a permis, à l'époque, de soulever un peu plus le voile sur les origines historiques de notre village. 

Au mois de janvier 1989, deux années après la publication de l'ouvrage historique De Valva à Valff, j'ai reçu un appel téléphonique d'un jeune archéologue amateur de Benfeld, Etienne HAMM (1), pour m'entretenir d'une découverte archéologique qu'il venait de relever sur le ban de Valff. Intéressé par l'étude des vestiges matériels laissés par des civilisations passées, et dont personnellement j'ignorais tout, je propose à Monsieur HAMM une investigation plus poussée sur le site du Blasiusfeld. Nous prospectons ensemble une surface relativement importante et découvrons plusieurs site Gallo-romains (IIe - IIIe siècle après Jésus-Christ), des tuiles rouges plates, torchis, fragments de meules, etc., vestiges provenant de fermes romaines « les villa rustica ».

Plan de section : le secteur de fouille se situait au Sud du village autour de la chapelle St Blaise au lien indiqué Chemin dit Oel Strasse

Au cours d'une deuxième investigation sur le terrain, notre intérêt s'est porté sur la présence de tessons de poterie, de couleur très foncée, trouvés en surface et datant d'une période nettement antérieure au Gallo-romain. Par hasard, nous tombons sur un silo à betteraves excavé il y a peu de temps. C'est à cet endroit précis que nous avons prélevé un certain nombre de tessons de céramiques sigillés permettant la datation. Etienne HAMM m'explique qu'il s'agit de tessons de poteries rubanés du néolithique ancien (environ 5 000 ans avant J.-C.). Les vestiges exhumés proviennent d'une structure enterrée et par conséquent préservés des perturbations agricoles.

La direction des Antiquités du Ministère de la Culture de Strasbourg, alertée par Etienne HAMM, décide de programmer une action de sauvetage pour le mois de février. Sur indication des archéologues, je fais décaper le terrain par une entreprise locale et les fouilles peuvent démarrer. Je participe activement aux travaux et les archéologues me donnent toutes les précisions utiles se rapportant aux vestiges exhumés et m'imprègnent des notions élémentaires de cette science qui consiste à identifier, à dater des vestiges provenant du néolithique ainsi que de la période du bronze final (environ 2 000 ans avant J.-C.). Bien que les archéologues aient ramené les plus belles pièces trouvées sur le site pour le musée archéologique de Strasbourg, je me suis arrangé à en garder une petite partie pour ma collection personnelle. Sur ordre de la Direction Générale des Antiquités, la fouille fut limitée à une dizaine de mètres carrés, un peu plus que la surface du silo, sur une profondeur de 1,50m environ. Ce site archéologique du Blasiusfeld, en bordure du chemin dit Hagelweg, s'étend sur plus d'une dizaine d'hectares. En voulant continuer moi-même la fouille d'une plus grande surface, ainsi que celle du Tumulus se trouvant dans la forêt de Valff en bordure de la route vers Westhouse, la Direction des Antiquités m'a opposé un refus en prétextant qu'il fallait laisser quelque chose à nos descendants.

Pour le village, les fouilles archéologiques présentaient un événement particulier. Tout le monde était curieux de connaître, de voir le résultat de cette opération. Quelques mois plus tard, j'ai décidé d'organiser une exposition au foyer culturel, avec le concours de la Direction des Antiquités d'Alsace, afin d'y exposer les vestiges pré et prohistoriques.

Comme d'habitude, l'exposition, organisée les 16 et 17 juin 1990, fut un succès total. Des centaines de visiteurs du village, et d'ailleurs, se pressaient dans la salle dès samedi après-midi pour admirer des objets confectionnés par nos ancêtres, il y a 7 000 ans, comme par exemple :

La partie Gallo-romaine fut particulièrement bien fournie par des objets prêtés par les Antiquités d'Alsace, provenant des fouilles du site Gallo-romain de Bourgheim, ainsi que par des galets d'une des voies romaines passant à Valff.

Anecdote de Rémy VOEGEL

Lors de cette fouille, j'ai pris l'initiative avec l'accord des archéologues de fouiller moi aussi un petit coin tranquille. Bien m'en a pris lorsque j'ai découvert avec joie un vase à anses écrasé. Avec l'accord des archéologues j'ai proposé de restaurer les tessons dans l'optique d'en faire cadeau à la mairie. Recoller les grosses parties n'était pas bien difficile. Il suffisait de faire un bon lavage, séchage et collage à la colle à prise rapide. Malheureusement il manquait une bonne partie de l'ensemble. On pouvait bien distinguer les traces de doigts du potier. Le vase n'avais pas été confectionné sur un tour, mais simplement modelé à la main puis cuit au four. On pouvait bien entrevoir le composé granulé grossier de la glaise mélangée à des grains de sable, le tout noircit par une cuisson au bois et dont la fumée devait lui avoir donné cette couleur noirâtre bien particulière. 

Le challenge consista à recomposer les parties manquantes en plâtre. Cette opération s'avéra plus ardue que prévue ; comment façonner un vase bien plat, rond et creux avec du plâtre collant et rebelle pour un bricoleur du dimanche ? Une fois la prise assez solide après moulage, j'ai opté pour un raclage de finition au couteau. Une fois l'opération terminée, il ne me resta plus qu'à découper le plâtre aux endroits où viendrait s'insérer les tessons et les anses antiques. 

Fier de mon œuvre, je tins parole et confiais mon chef d'œuvre au soin de la mairie. Quelques temps plus tard, m'enquérant de mon leg, j'eu l'heureuse nouvelle d'apprendre que mon vase s'était renversé malencontreusement, s'était brisé, et avait fini sa carrière ... à la poubelle (sic) !

(1) Etienne HAMM est un ancien professeur de français du collège St Joseph de Matzenheim. Il a participé entre autres aux fouilles de l'extension de la gravière d'Ehl et à Benfeld place Aristide Briand

Sources :

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