Le 2 mars 1908 décède Madame Maria RINGEISEN, rentière, célibataire, fille de feu Ignace, fonctionnaire, et de Marie Anna JORDAN. La seule héritière, Thérèse HIRTZ, fille du maréchal-ferrant Jean-George, présente le 14 mai 1908 au Kaiserliches Amtsgericht, le testament rédigé par la défunte le 6 décembre 1906.

Le testament concerne la commune de Valff. On peut y lire : « Moi, Maria RINGEISEN, je donne et lègue à la commune de Valff ma maison d'habitation dans laquelle je demeure, avec toutes ses dépendances, grange, écuries, buanderie, cour au n°119, ainsi que la petite cour avec la maison et dépendances, grange et écurie portant le numéro 180, située entre la veuve George HIRTZ et BURGSTAHLER Xavier avec la réserve que la commune ne pourra entrer en possession de ces biens qu'après la mort de mon unique héritière et légataire universelle, Thérèse HIRTZ, qui en aura la jouissance gratuitement toute sa vie et qui pourra faire demeurer avec elle qui elle voudra ».

Dénombrement de 1885

« Je lègue ma maison d'habitation n°180 (1) avec la condition, qu'après la mort de Thérèse HIRTZ, la maison devienne la demeure des sœurs hospitalières dites "sœur de St Joseph" du couvent de Saint Marc près de Gueberschwihr Haute-Alsace (2). Les sœurs devront habiter sur place pour soigner les malades de la commune. Je veux et exige formellement que jamais ma maison ne puisse être vendue ou servir à un autre usage ».

Au centre, maison des sœurs garde-malades n°180

Le testament poursuit : « Je lègue à la commune environ 2 hectares et 40 ares de champs et environ 60 ares de prés. Thérèse HIRTZ, la femme de jouira encore de ces terres quatre mois après mon décès. Je veux, condition expresse et formelle que ces biens soit employés à perpétué comme suit :

  • Les rentes de ces terres doivent être données chaque année, au deux-tiers aux pauvres familles, aux pauvres honteux de la commune plutôt qu'à ceux qui mendient et un tiers au sœurs hospitalières qui soignent les pauvres et les malades de la commune. Ces biens ne devront jamais être vendus ni employés à d'autre usages que par ceux indiqués. Ma volonté est de fonder une œuvre durable. Je veux qu'une commission de 6 hommes soit composée de Mr le curé, Mr le maire, de deux membres du Conseil Municipal et deux du Conseil de Fabrique de l'église catholique St Blaise qui administrera mes biens légués. Tant que vivra Antoine LUTZ, fils de feu Antoine LUTZ, domestique et journalier depuis soixante ans dans ma famille, je veux et exige que la commune de Valff lui reverse jusqu'à sa mort, la moitié des rentes destinées aux pauvres de la commune, le reste au deux-tiers aux pauvres et un tiers aux soeurs garde-malades. Après sa mort, les parts seront reversées selon le même pourcentage.
  • Ces biens devront servir à l'entretient et à l'ornement de l'église et n'être vendus qu'à condition d'un projet de construction éventuelle d'une nouvelle église ».

Extrait du testament de Maria RINGEISEN

20 Juin 1908

Le Conseil municipal se réunit pour délibérer au sujet de la donation RINGEISEN et décide :

  1. La maison n°119 où habite à titre gracieux à vie Thérèse HIRTZ, engendre plus d'inconvénients que d'avantages. On décide donc de renoncer à ce leg
  2. Les terres et prés sont partagés en deux lots et après que Thérèse HIRTZ ait renoncé à ses droits, les deux lots sont tirés au sort, le premier va à la commune, le deuxième au Conseil de Fabrique

Détail des terres attribuées à la commune

Août 1908

A peine morte, les problèmes commencent. Monsieur le Maire BIECHER conteste la somme des frais de donation exigés par l'administration. En effet, la commune est censée payer les frais pour l'ensemble des legs qui se montent à 5% de la valeur, mais dont la commune ne pourra profiter et gérer les biens qu'après le décès de Thérèse HIRTZ. En février 1909, l'administration fiscale confirme la baisse les frais fiscaux à la somme de 907 Marks payables sur deux ans. Après nouvelle contestation, la somme est encore baissée à 459,50 Marks. Thérèse HIRTZ renonce à ses droits.

Juin 1909

L'administration fiscale enjoint la commune de Valff de régler sans tarder la taxe foncière de la fameuse « Fondation RINGEISEN » qui s'élève à 145,48 Marks.

Août 1910 

L'administration rappelle encore une fois que les intérêts des biens sont fiscalement à déclarer.

Première guerre

Photo prise devant le n°119 avec peut-être Thérèse HIRTZ à la fenêtre à gauche

Octobre 1941

Le Maire Charles RIEGLER demande au « Stillhaltekommissar » d'Alsace, Hans PULS, de pouvoir abroger la Fondation RINGEISEN. Le Commissaire qui est en place et qui a pouvoir de supprimer ou d'autoriser les associations existences répond qu'il s'agit d'un héritage et qu'il n'est pas compétant dans cette affaire. Le cadeau empoisonné continue de piquer !

Le 28 mai 1943, Thérèse HIRTZ, célibataire, décède à l'âge de 71 ans. La maison n°180 où loge le médecin actuel appartient toujours à ce jour à la commune. Les dernières sœurs garde-malades s'appelaient RADEGONDE, qui s'installa à Valff en 1955, et TRUDPERT qui a commençé sa mission à Valff en 1919. Leur remède miracle, d'après LEOPOLD René, était les ventouses ( Schrapfhärnle ). Combiens de villageois se sont promenés l'été avec des ronds noirs dans le dos se rappelle René ! La piqure était aussi un grand moment de solitude pour celui qui la recevait. La douceur n'était pas la qualité principale des religieuses. Pour les remercier les habitants leurs apportaient de la viande fraîchement découpée ou d'autres victuailles. En retour, elles offraient des lainages qu'elles avaient tricoté. Elles étaient appréciées pour leur présence régulière auprès des personnes alitées ou en fin de vie. Sœurs RADEGONDE et TRUDPERT ont été victimes d'un accident de voiture le 3 juillet 1976. TRUDPERT gravement blessée, décéda quelques mois plus tard. RADEGONDE, affaiblie, prit sa retraite à St Marc où elle décéda en 1997 après une longue et pénible maladie. Elles conclurent ainsi en 1976, une longue présence hospitalière commencée en 1878 avec sœur CLEMENTINA.

Liste des sœurs de Saint-Joseph de Saint-Marc qui avaient une mission dans la Paroisse et la Commune de Valff de 1878 à 1976 :

  • 1878 : Sœur CLEMENTINA (Martha OBER)
  • 1878 - 1892 : Sœur ANSELMA (Anna HOFSTETTER)
  • 1893 - 1896 : Sœur HILARIA (Anna REIDEL)
  • 1896 - 1897 : Sœur JOACHINA (Anna MACHTEL)
  • 1897 - 1898 : Sœur CORNELIA (Creszentia HERB)
  • 1904 - 1917 : Sœur PRISCA (Hélène SATTELBERGER)
  • 1917 - 1918 : Sœur MAXIMINA (Marie KERN)
  • 1917 - 1918 : Sœur MATHILDE (Joséphine SUHNER)
  • 1918 - 1919 : Sœur ENGELBERTA (Marie BURTZ)
  • 1919 - 1976 : Sœur TRUDPERT (Suzanne DIEMER)
  • 1919 - 1950 : Sœur PHILIPPINE (Elisabeth HIEBEL)
  • 1950 - 1953 : Sœur MARIE-ANNE (Emilie WAGENRTUTZ)
  • 1953 - 1955 : Sœur EULALIE (Lucie SCHMITT)
  • 1955 - 1976 : Sœur RADEGONDE (Maria RISCH)

D'après les registres de la population, aucune sœur garde-malade n'est recensée habitant le village avant le début du XXe siècle.

Histoire de l'ordre des sœurs de Saint Joseph pendant la Première Guerre

La congrégation des sœurs de Saint-Joseph du couvent Saint-Marc de Gueberschwihr pendant la Grande Guerre [en savoir plus : Revue d'Alsace].

La maison n°180

D'après l'ancien maire Schwartz André, après le départ des sœurs garde-malades, la maison est restée vacante, avec une courte exception locative. C'est l'arrivée en 1979 du Docteur Patrick FUSSLER qui, après avoir brièvement officié dans la rue des Forgerons, assumera la vocation première de la maison  n° 180. A partir de 1981 et la restauration du bâtiment par la commune, il soignera là, dans son cabinet de médecine, les malades du village. Après son décès en 1999, c'est le docteur Serge LORENTZ qui le remplaça, suivi par le docteur Frédéric SALVI. 

La famille RINGEISEN

Qui était Maria RIINGEISEN ? Fille de Ignace et Marie Anne JORDAN, Marie est née le 11 décembre 1844. Son père originaire de Kogenheim est fonctionnaire employé de l'administration des tabacs, décédé en 1873. La mère Marie Anne JORDAN est décédée prématurément à l'âge de 48 ans alors que Marie n'avait que 19 ans. Le 1er juin 1857, Ignace RINGEISEN est nommé Maire de Valff. Le 12 août 1860, RINGEISEN jure à nouveau fidélité par ces paroles : « Je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l'Empereur ». Sept mois plus-tard, le 30 avril 1861, il démissionne. François Joseph ANDRES le remplacera.

Sous le mandat du Maire RINGEISEN, l'administration communale clôturera le troisième terme de la reconstruction de la synagogue, fera réparer l'église, curer le lit de la Kirneck mais accusera le village de Gertwiller de gaspiller l'eau de la rivière par des irrigations abusives. Elle refusera par contre de financer une classe supplémentaire à l'école qui aurait pour mission d'accueillir des élèves de confession israélite. Le maire refusera d'accepter un nouveau règlement sur l'irrigation de la Kirneck à cause des habitants de Gertwiller qui prélèvent tellement d'eau que le moulin de Valff ne peut plus fonctionner. C'est également sous la présidence du Maire RINGEISEN que l'on trouve des dépenses de médicaments pour les pauvres et l'achat d'une voiture pour la pompe incendie.

Marie RINGEISEN devait être assez aisée puisqu'elle employait un domestique et deux servantes en 1880, qui habitaient avec elle au n°119, plus Antoine LUTZ dont elle dit qu'il était journalier à son service depuis 60 ans.

Les maires successifs ont perpétué la responsabilité morale, jusqu'à nos jours de l'entretient de la tombe de Marie RINGEISEN. Elle se situe à gauche de la grande croix centrale.

 

Sources :

  • Archives de la commune
  • Fond Antoine MULLER

(1) Il semblerait que la maison en pierre, massive au rez-de-chaussée avec encadrements de fenêtres en pierres, servait au XIXe siècle de résidence aux fonctionnaires de l'administration des tabacs (les n° de maisons ne correspondant pas selon les époques). Peut-être que c'était à cet endroit que les producteurs livraient leur récolte qui était ensuite envoyée à Obernai. Sous le régime allemand, cette ferme aurait pu être acquise par Ignace RINGEISEN, lui-même fonctionnaire des tabacs.

(2) La Congrégation des sœurs de Saint Marc de Geberschwihr a été fondée en 1845 par l'abbé Pierre-Paul BLANCK et par sœur Marie-Joseph SCHERB puis réorganisée en 1868 par le curé Apollinaire FREYBURGER d'Ensisheim.

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