Un « vox populi » de Valff assigne à la tour de l'église paroissiale Saint Blaise une fonction défensive dans l'enceinte d'un cimetière fortifié très ancien. Monseigneur BARTH dans son « Handbuch » parle d'un primissariat attaché à un autel de l'église paroissiale dédiée à Saint Blaise dès l'année 1316. L'église se trouvait dans l'enceinte de ce cimetière. Ce cimetière était fermé la nuit. Le desservant qui était logé dans l'enceinte auprès de l'église, ne pouvait pas être appelé la nuit auprès des mourants. Il fut relogé au centre du village dans la suite. L'autel dédié à sainte Marguerite fut transféré plus tard dans la chapelle de style gothique tardif, construite au XIVe siècle au milieu du village, dont le chœur persiste. La nef de cette chapelle, de style Renaissance, fut reconstruite en 1568. Elle se trouve derrière la mairie actuelle. Les murs de l'enceinte du cimetière, peut-être rehaussés lors de la construction du château de Valff au XIVe siècle, restent encore au Nord, à l'Est et au Sud de l'église.

Ce château, reconstruit au XVIe siècle, se situait à l'angle Sud-Ouest de cette enceinte. Il fut malheureusement démoli à la fin du siècle dernier [en savoir plus : Destruction du patrimoine : mode d'emploi]. Des fossés, alimentés par l'eau de la Kirneck, entouraient les murs d'enceinte. Ils furent comblés, à l'Ouest et au Nord, pour ouvrir une place devant l'entrée de l'église et pratiquer un raccordement à la rue de l'église à la fin du siècle dernier, lors de la démolition du château. L'église actuelle, dédiée à saint Blaise, comprend une tour romane du XIIe siècle, un chœur et une nef reconstruits au XVIIIe siècle. La tour-porche romane, tournée vers l'Ouest, rappelle le bloc occidental des constructions romanes. Le rez-de-chaussée, construit en grand appareil, est surmonté de deux étages d'époque romane avec des chaînages d'angle bien appareillés. Une corniche sépare le rez-de-chaussée des étages supérieurs et sous elle, pris dans le mur même, nous trouvons à l'angle Nord-Est de la tour deux sculptures romanes bien usées par la morsure du temps. Ces sculptures en ronde-bosse et le grand appareillage du rez-de-chaussée, permettent de fixer la construction de cette tour vers le milieu du XIIe siècle. On avait donné à ces sculptures une datation plus ancienne (IXe et Xe siècles), mais le fait qu'elles sont prises dans le parement du rez-de-chaussée permet d'affirmer qu'elles ont été mises en place lors de la construction de la tour. Un relèvement important du sol de la nef et du choeur au siècle dernier a malheureusement amené l'enfoncement de la base de la tour sur une profondeur importante. L'église romane du XIIe siècle, dont la tour persiste actuellement, remplaçait une église plus ancienne ; ceci est confirmé par les archives.

Le chœur et la nef actuels ont été reconstruits au XVIIIe siècle lors de l'agrandissement de l'église. Valff, qui fut appelée Falaba, puis Valaba, et Valve à partir de 1255, est mentionnée dans les registres de propriété de l'abbaye de Wissembourg dès 742 et dans ceux de Fulda en 788. L'église paroissiale appartenait à son début au couvent d'Etival dans les Vosges, puis passa dans les mains de l'abbaye d'Andlau. E. BRANDNER, parlant du château de Valff dans l'annuaire en 1967, mentionne une fenêtre à trois arcatures au troisième étage de cette tour. Cet étage, datant de l'époque romane, fut surmonté au XVIIIe siècle d'un étage supplémentaire octogonal couronné d'un clocheton en bulbe. A la base de ce quatrième étage nous voyons encore le départ des rempants du toit en bâtière qui terminait la tour romane. Au troisième étage nous voyons cette fenêtre dont parlait BRANDNER ; il s'agit d'une fenêtre romane terrée, c'est-à-dire à trois arcatures. Elle ne fut signalée antérieurement par aucun auteur et R. KAUTZSCH, qui décrit la tour dans « Der romanische Kirchenbau im Elsass », déclare ne pas pouvoir se prononcer sur la forme des ouvertures de cet étage qui était à l'origine l'étage des cloches. On ne la voit pas depuis l'extérieur, en effet, il faut monter dans la tour pour voir cette grande arcature terrée s'ouvrant vers l'Est qui a tout simplement été condamnée par l'adossement du mur pignon Ouest de la nef du XVIIIe siècle.

Les murs Ouest et Sud de la tour sont percés au premier étage de meurtrières, et c'est la façade la plus éloignée du mur d'enceinte qui s'ouvrait par cette fenêtre, ce qui confirme le caractère défensif de la tour. Cette ouverture est constituée de trois arcades en plein cintre ; deux colonnettes reposent, par l'intermédiaire d'un chapiteau cubique renversé, sur une banquette ; leur sommet reçoit la retombée des arcs par un ensemble formé d'un chapiteau cubique surmonté d'un tailloir en marteau renversé. C'est une formule classique d'ouverture romane ; elle est d'un bon appareillage. Nous trouvons la même à l'église de Munwiller dans le Haut-Rhin et à l'église Saint-Martin de Barr, mais là les arcades sont surmontées d'un arc de décharge. Le porche roman présente également quelques particularités intéressantes. Un dessin de M. MULLER du siècle dernier montre deux colonnes placées de part et d'autre de l'entrée de l'église. Elles ont disparu probablement au moment de la réfection du sol de l'église qui a amené un surélèvement de quelque soixante dix centimètres, enfonçant de ce fait ces colonnes. Elles ont du être supprimées à ce moment.

Ce même dessin montre, adossées aux murs Sud et Nord du rez-de-chaussée, deux constructions à toit pentu de forte inclinaison qui couvraient les escaliers d'accès à la tour. Ces constructions arrachées à la fin du siècle dernier permirent l'ouverture de deux portes de chaque côté de la tour, dans le mur Ouest de la nef. Elles donnent accès à des escaliers qui mènent à la tribune d'orgue et à la tour. En même temps, deux fenêtres furent percées au-dessus de ces portes ; elles permettent d'éclairer cette tribune. Ces deux constructions disparues dataient de la reconstruction de l'église au XVIIIe siècle. Dans le porche de la tour, deux arcs en plein cintre, larges et puissants, s'ouvrent l'un vers l'extérieur, l'autre dans la nef. Ces arcs retombent sur des impostes moulurés de haut en bas, d'un plateau, d'un tore (moulure convexe) et d'un cavet (moulure concave). L'imposte de l'arcade s'ouvrant vers le dehors est entaillé en son milieu de deux côtés sur quelques vingt centimètres de large et sur toute sa profondeur d'un ébrasement qui recevait probablement la porte d'entrée. En arrière, le mur est creusé de chaque côté d'une ouverture carrée où l'on enfonçait un madrier qui bloquait la porte. Une pierre du pied droit située à la droite de l'entrée montre un curieux dessin peu profond d'un athlète en pleine course. Il est difficile de dire si ce dessin remonte à l'époque romane. Les deux corbeaux au-dessus de la corniche du rez-de-chaussée sur la façade Ouest supportaient probablement un narthex en bois qui couvrait le porche. Il nous a paru intéressant de fixer ces détails à propos de cette tour ; ils n'avaient pas été signalés jusqu'à ce jour. 

Marcel KRIEG

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