- Écrit par : Rémy VOEGEL
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Dès la fin du XIXᵉ siècle, un constat alarmant sur la disparition d'oiseaux utiles remua les âmes sensibles alsaciennes. Sous l'autorité allemande, des décrets et lois sont votés pour encadrer la protection animale.
« En vertu d’un arrêté de M. le Président d'Alsace-Lorraine du 29 juin 1875, Carl Heinrich Ludwig LEDDERHOSE (traduisez Ledderhose, pantalon en cuir, ça ne s'invente pas !), il est interdit sous peine d’amende de tuer, capturer, attraper ou vendre les espèces d’oiseaux suivantes :
- le rossignol bleu (gorgebleue), le rouge-gorge, le rossignol, la fauvette, le rougequeue, le traquet, le traquet tarier,
- la bergeronnette, les pipits, le troglodyte, le roitelet, la mésange, les bruants, le merle,
- toutes les espèces de fringilles (pinsons), le linot, le moineau, le tarin, le chardonneret,
- le grimpereau, la huppe, l’hirondelle, le geai, l’étourneau, le choucas, la corneille noire,
- les gobe-mouches, les pies-grièches, le bécasseau (Knut), le pic, le torcol,
- le hibou et la chouette, à l’exception du grand-duc »

Carl Heinrich Ludwig LEDDERHOSE (Président d'Alsace-Lorraine de 1868 à 1895)
En parallèle, apparaissent des premières associations alsaciennes pour la protection animalière. La Société Protectrice des Animaux (SPA) fut fondée en France en 1845. La Ligue pour la protection des oiseaux en Alsace ne date que des années 1950/70.

« Mir sind d’Wilhelm Tell vom Tierschutz »
En 1878, la Suisse fait partie des premiers pays à se soucier de la façon de tuer les volailles. Il est de coutume de couper la tête des volatiles à la hache directement sur les places du marché. Une entreprise de Berne, pionnière en la matière, Baumann-Bondeli, mit au point, selon leur slogan, « un appareil pour tuer en toute sécurité et sans douleur tout type de volatile et de toutes grandeurs ». Il deviendra la référence made in Switzerland, conçu aussi pour la petite ménagère au cœur sensible (si l'on veut, vu l'échafaud pour poulet que c'est !) selon l'article des Neueste Nachrichten.

En 1879, l'administration suisse rendra obligatoire l'abattage sur les places de marchés seulement avec cette fameuse machine du mécanicien Baumann-Bondeli.
La colombophilie

Apparu à partir de 1830 en Belgique, ce sport pigeonnophilique s'étendit dans toute l'Europe. En 1878, on lâcha 1100 pigeons de Belgique et d'Aix-la-Chapelle en direction de Rome. Aucune n'arrivera à destination. On en récupérera dans la France profonde, en Suède et jusqu'en Espagne. Les associations alsaciennes, par contre, « Concordia » et « Brieftauben Club » lâchèrent leurs protégés de la ville de Tours en France. La première à regagner son colombier en Alsace mit 5 heures et 23 minutes. La dernière, 6 heures 23. Un record, mais avec des conditions favorables, s'entend (c'était l'heure de l'apéro) !

Demande d'inscription de l'association sous le nom de Elsass-Lothringer Thierschutz-Verein in Strasburg en date du 30 décembre 1878
Le 14 mai 1879, la première assemblée générale est organisée à l'Aubette et l'association est reconnue le 29 mars 1879. Président et secrétaire : Dr VOGEL. Inscription 1 Mark.

Pétition du Comité demandant une hausse des taxes sur les chiens en 1881
Sous la présence de nombreuses dames, lecture des statuts et à la nomination de 21 membres. Un discours du Dr VOGEL (ça ne s'invente pas) soulève la question : à quel stade commence la maltraitance ? Tout le monde ne parle que de l'évènement qui a fait grand bruit à Strasbourg, celui de ce cocher de fiacre qui a fouetté, pour le plaisir, à la grande joie de ses collègues, un pauvre chien près du poste principal des douanes. Le chien traumatisé essaya de fuir à travers un grillage où il resta coincé. Heureusement de bonnes âmes sont venues le libérer en invectivant le tortionnaire : « Il faudrait inverser les rôles ». Ce qui n'a pas fait rire le concerné … ! Si une maltraitance est constatée, il est d'usage d'en référer seulement à un représentant des forces de l'ordre.
12 juillet 1879, un apprenti de l'abattoir de Strasbourg est condamné à 3 semaines de prison pour avoir volontairement éborgné un mouton à l'abattoir.
En 1881, le nombre des constats de police à Strasbourg pour maltraitance s'élève à 112. L'usage de porter les volailles par les ailes ou les pattes avec la tête en bas, selon les lois allemandes, est maintenant considéré comme de la maltraitance animale.

En 1885, les membres de l'association pour la protection des animaux se rendent (article ci-dessus) tous les mercredis et vendredis matin à l'abattoir dans la rue St-Jean pour surveiller le déchargement réglementaire des animaux. La nouvelle disposition des abattoirs suite à cette surveillance militante consiste en la création d'une rampe de déchargement. Avant, les animaux étaient précipités du haut des chariots. En outre, ils ont construit des aires de nourriture pour les pigeons voyageurs. Malheureusement, la manne est régulièrement picorée par les pigeons de ville (pourquoi ne pas installer un panneau "réservé pour les pigeons voyageurs", non ? 😄).

On ne rigole plus en 1887 ! Même un noble de Wuppertal est condamné. Il s'agit de l'héritier Günther, Comte von der SCHULENBURG de la maison Oefte. On l'accuse d'avoir maltraité son chien de façon grave, et l’animal, pris de peur, aurait sauté dans un étang. Chaque fois qu’il tentait de regagner la rive, le comte le repoussait au moyen d’un long bâton, jusqu’à ce qu’il périsse misérablement. Quelques paysans, alertés par les hurlements du chien, signalèrent l’incident à un gendarme qui se trouvait à proximité, lequel arriva lorsque l’animal mort fut retiré de l’eau.
Le tribunal de Langenberg a condamné le jeune comte à une amende de 150 marks, et la chambre correctionnelle d’Elberfeld confirma cette peine en appel.
Et à Valff ?
Témoignage au journal Neueste Nachrichten le 22 septembre 1886 pour cruauté envers les animaux. Le sabotier N., d’ici, possédait un très ravissant petit chaton dont la mère était morte peu après la naissance et qu’il avait donc élevé lui-même. Le petit animal inoffensif était reconnaissant envers son maître et le suivait comme un petit chien dans tous ses déplacements.
La semaine dernière, le protégé de N. manqua au moment du petit-déjeuner et, après des recherches intensives, il le trouva pendu avec quatre fils de tabac à un prunier. Presque en larmes, notre ami des animaux vint aujourd’hui à notre bureau nous raconter ce meurtre horrible et déclara qu’il offrirait une récompense à celui qui permettrait d’identifier l’auteur, de sorte qu’il puisse être poursuivi en justice.
Sans commentaires ! 😈
Source : Gallica