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- Écrit par : Rémy VOEGEL
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Les escarmouches entre soldats français et prussiens se succèdent. Des rumeurs et chuchotements enflent. Que va nous réserver cette première semaine d'août 1870 ? Suivez les nouvelles et dépêches que lisaient des Alsaciens inquiets et avides de vérité.
Semaine du 1ᵉʳ au 7 août
1ᵉʳ août
« Chronique de la guerre », Strasbourg, lundi matin. Les inscriptions pour la Garde nationale sédentaire ont continué hier avec un grand entrain à l'Hôtel-de-Ville. À la fin de la journée, il y avait déjà 1500 inscriptions volontaires ; ça sera sans doute pas moins grand aujourd'hui. Seulement, d'après ce qu'on nous rapporte, il y a, dans ces préludes d'organisation d'une garde nationale sédentaire de Strasbourg, un côté comique, comme il arrive du reste souvent dans les choses les plus graves. Après avoir fait décliner à chaque arrivant son nom, prénom, âge, demeure, qualité, on lui adresse, parait-il, une dernière question : « Quel grade désirez-vous ? » Et, après un premier moment d'ébahissement, chacun de demander un grade d'officier, le plus élevé possible, comme de raison.
Quand on prend du galon, on n'en saurait trop prendre. De sorte que sur les 1500 inscrits d'hier soir, il n'y aurait pas moins de 1000 à 1200 aspirants colonels, chefs de bataillon, capitaines, lieutenants et sous-lieutenants ; c'est à peine s'il y aura des soldats !

En attendant le bruit du canon et de la fusillade, la garde nationale aura une musique militaire, dont elle ne peut se passer à Strasbourg. On s'occupe déjà de l'organisation d'une fanfare bien nourrie, qui ne contribuera pas peu à donner à nos concitoyens, sous les armes, des allures martiales.
Les prix des denrées flambent. On paye 15 sols pour un pot de 2 litres de lait. La sécheresse appauvrit les réserves. Les troupes bavaroises affamées viennent s'approvisionner et quémandent à Wissembourg pour tenir quelques jours. Par contre nos troupes à nous sont bien nourries !

Le général de brigade GAUJAL, actuellement en service à Strasbourg, s'est rendu à pied, à 6 heures du soir, chez le général de division UHRICH. Il fut surpris en route par une forte averse et pressa le pas. Arrivé chez le général, il s'écroula et s'écroula. Un médecin appelé sur place ne put que constater la mort.


2 août

Erstein

On nous écrit : « Nous avons eu mercredi dernier un commencement d'incendie qui aurait pu prendre des proportions effrayantes, en raison des localités où le feu a éclaté. Grâce au concours actif et intelligent de la population des pompiers, ainsi que de l'autorité municipale, le danger a été circonscrit et étouffé au bout d'un quart d'heure de travail. Un turco (tirailleur algérien), blessé à la suite d'une chute en chemin de fer, qui se trouvait en convalescence à notre hôpital, voyant la population en émoi, ne voulait pas démordre de l'idée que les Prussiens étaient sur nous. À cheval sur sa croisée, le fusil en main, il s'apprêtait à faire le coup de feu pour ne pas manquer de payer son tribut à la patrie en danger. On a fini par le convaincre que les Prussiens n'y étaient pour rien, et que nous espérons bien ne jamais les voir ici ».
3 août

4 août

Barr. Au moment de la lutte sanglante qui se prépare, il est du devoir de tous les citoyens de chercher à soulager dans la mesure de leurs moyens les victimes des maux de la guerre. Nous n'avons pas été des derniers à le comprendre à Barr, et dès mardi nous avons fondé un comité chargé de faire appel au bon vouloir de la population et de se mettre en rapport avec la Société internationale. « Je crois qu'en livrant à la publicité les détails de notre organisation, nous pourrons trouver des imitateurs, et qu'en cela encore nous rendrons service à la cause de l'humanité et du patriotisme. Barr possède un hospice établi (inauguré en 1867), au dire des hommes compétents, dans les meilleures conditions d'hygiène et de salubrité, et qui a le bonheur, en outre, d'être dirigé par un de nos concitoyens qui y consacre gratuitement tout son temps et tous ses soins ; j'espère que la modestie de M. HILD me pardonnera de l'avoir nommé ici.
Nous avons pensé dès l'abord aux services que pourrait nous rendre un établissement hospitalier établi et dirigé d'une façon, j'ose le dire, si exceptionnelle, et l'on y a effectivement mis à notre disposition quatre salles contenant soixante-quatre lits. D'un autre côté, tous les médecins de la localité nous ont offert spontanément leur concours, que nous avons accepté avec gratitude. Le principal était donc fait, puisque nous étions assurés d'un local pour recevoir les blessés et de médecins pour les soigner. Sur ces entrefaites, le comité s'était organisé, avait nommé son bureau et mis à sa tête par acclamation M. HILD, le directeur de l'hospice. Restaient à trouver les ressources nécessaires pour l'entretien des blessés. Le comité décida que l'on irait de porte en porte demander des secours en argent et en nature. L'appel adressé à la population a été entendu par elle, et jusqu'à présent les dons en argent s'élèvent à près de quatre mille francs.
Le lendemain, nous recevions la visite de MM. Jean MATÉ et Rodolphe de TURCKHEIM, délégués par le comité de Strasbourg pour provoquer la formation de comités cantonaux et qui ont été fort heureux de trouver déjà installés ce qu'ils voulaient nous engager à fonder. Néanmoins leur visite n'a point été inutile, tant s'en faut, et sur leurs conseils, un certain nombre de membres délégués par notre comité sont allés s'assurer du concours de toutes les communes du canton.

Nous avons eu le bonheur Je trouvais partout des autorités disposées à nous seconder et à marcher avec le comité de Barr, quand nous ne trouvions pas déjà la besogne toute faite. Et tandis que Dambach, Epfig, Andlau créent des hôpitaux provisoires et s'apprêtent à les soutenir par leurs propres souscriptions, les autres communes ont promis de tenir à notre disposition du vin, du linge et surtout, chez beaucoup d'habitants, l'hospitalité pour les convalescents évacués des hôpitaux. J'allais oublier de vous parler du comité des dames qui fonctionne à l'hospice de Barr et qui prépare des bandes et des objets de literie ; mais aussi bien il était presque superflu de le relater, car vous savez bien que lorsqu'il s'agit de charité, on est toujours assuré du concours des femmes.
5 août

Honnêteté
L'homme d'équipe RIETHER a remis au chef de gare de Mulhouse un porte-monnaie contenant 40,20 francs et 40 francs oubliés au guichet et Mme END, receveuse, un porte-monnaie contenant 53,20 francs. KARLESKIND de Mutzig a remis au chef de station 50 centimes trouvés dans la salle des bagages. Le facteur-aiguilleur BENDELÉ de Thann a remis 5 francs qu'il a trouvés dans la salle des bagages. Le facteur-enregistrant VIRION de Saverne a remis 4 francs trouvés au guichet du train. M. RIOTTE de Saint-Hyppolite a trouvé sur le quai un porte-monnaie contenant 21,15 francs qu'il a remis à la personne qui l'a perdu.
Le facteur-aiguilleur JAECKLÉ a trouvé dans le vestibule de Munster un panier avec un porte-monnaie contenant 23,50 francs qui a été rendu à la propriétaire. Le facteur aux bagages ROTH de Strasbourg a trouvé dans la salle des bagages 2 billets allemands : un d'un florin et l'autre de deux florins. Le garde-frein GIEHLEN de Dornach a remis 50 cts qu'il a trouvés sur le quai. Le garde-frein de rampe de Sainte-Marie-aux-Mines a trouvé dans une voiture de 3ᵉ classe un porte-monnaie contenant 16,50 francs remis au propriétaire. Le garde-frein SELTZ de Sélestat a remis un porte-monnaie contenant 17 francs, un paquet, un chapeau et une canne-épée qu'il avait trouvés en 2ᵉ classe.

6 août

Colmar. Dimanche dernier, 31 juillet, on a vu circuler dans les rues de Colmar un officier étranger dont la tenue faisait croire à de nombreuses personnes qui admiraient que c'était un Prussien. Il a été suivi par une grande foule. Sa belle tenue, consistant en un képi bordé d'argent, une tunique, une gibecière, une épée, des bottes à éperons, une écharpe rouge autour du corps. Conduit devant l'autorité, cet officier a déclaré se nommer MAYEWSKI, lieutenant, âgé de 22 ans, ayant servi dans l'armée de Garibaldi. Il a ajouté être volontaire polonais et vouloir servir dans l'armée française. Lundi, il a été conduit à Belfort devant le général commandant le 7ᵉ corps d'armée, pour que là, il soit dirigé sur un corps en service.

7 août


Mais comme nous le savons, la bataille de Woerth-Froeschwiller a été fatale à l'armée française. La suite au prochain numéro.

Point sur les soldats décédés dans la semaine du 1ᵉʳ au 7 août à l'hôpital militaire de Strasbourg
Premier constat : le nombre de soldats décédés est supérieur au total de la semaine précédente. Contrairement aux nouvelles délivrées durant cette semaine, les affrontements et les pertes ont été beaucoup plus nombreux qu'annoncés.

- Jules Henri HAMON : né à Angers (Maine-et-Loire), 27 ans, mort le 1ᵉʳ août, soldat au 2ᵉ régiment de zouaves, décoré de la médaille militaire.
- George GUSCHING : né à Lallemand Rombach (Haut-Rhin), 28 ans, mort le 3 août, soldat au 9ᵉ régiment de zouaves
- Pierre Auguste le ROUXEL : né à Hauteville-la-Guichard, 21 ans, mort le 2 août, soldat au 2ᵉ régiment de zouaves
- Jean-Benoît FURGE : né à Saint-Symphorien-de-Lay (Loire), 36 ans, mort le 3 août, soldat au 3ᵉ régiment de zouaves
- Kadour Ben HAMO : né à Souk-el-Mitou (Algérie), 25 ans, domicilié à Mascara, mort le 4 août, soldat au 2ᵉ régiment de tirailleurs algériens
- Cyrille Auguste LE DRAPPIER : né à Val-d'Ajol (Vosges), 25 ans, mort le 3 août, soldat au 18ᵉ régiment de lignes
- Jean DAURIAT : né à Bussière-Galand (Haute-Vienne), 22 ans, mort le 4 août, soldat au 87ᵉ régiment de lignes
- Jean Louis Adrien BUCHET : né à Marceuil (Loir-et-Cher), 24 ans, mort le 4 août, soldat au 3ᵉ régiment de zouaves
- Théodor Louis BOUCLON : né à Ste-Austreberthe (Seine-Inférieure), 19 ans, mort le 4 août, soldat au 3ᵉ régiment de zouaves
- Léon Constantin DUBOIS : né à Renan (Suisse), 35 ans, domicilié à Lyon (Rhône), mort le 5 août, soldat au 2ᵉ régiment de zouaves
- Augustin Victor GRANGHON : né à Comangles (Haute-Loire), 22 ans, mort le 5 août, soldat au 2ᵉ régiment de zouaves
- Auguste Adonis LEQUESNE : né à Pitres (Eure), 21 ans, mort le 6 août, soldat au 3ᵉ régiment de zouaves
- Ben Brahim BELGASEM : né à M'Charga (Constantine), 22 ans, domicilié à Sétif, mort le 7 août, soldat au 3ᵉ régiment de tirailleurs algériens
- Gaston de BRUNET : mort le 7 août, maréchal des logis au 6ᵉ régiment des lanciers

Sources :
- Gallica
- Illustrations IA
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