Un viticulteur de Bourgheim du nom de Suf Bill avait deux cruches, une grande et une petite. Depuis quelque temps, ce n’était que la grande cruche qui avait son attention. La petite était délaissée et abandonnée dans un coin. Mais voilà qu’arrive la période des vendanges 1886 et la petite cruche va jouer le rôle principal dans notre histoire.

Photo des années 30 colorisée
Lu pour vous dans un journal daté du 29 octobre 1886 :

Dimanche dernier, notre homme et sa famille voulurent déguster le fameux « Neier » (le vin bourru). Comme le maître de maison s’était déjà bien dessoiffé à table avec quantité de vin ancien, il ne s’aperçut qu’il avait empoigné la petite cruche remplie de vieux vins, qu’une fois en face du tonneau de la cave. Verser dans le tonneau ? Pas question ! Le ramener et se faire houspiller par la maîtresse de maison ? Encore moins envisageable !
- « Je sais ce que je vais faire, songea-t-il, il faut faire disparaitre le problème avec ce dicton ... »
- « Oh Trank voll süsser Gabe, oh ! Wohl dem hochbeklückten Haus, wo das ist kleine Gabe ! » (Oh ! présent, doux breuvage, à la tienne, oh maison bénie, merci pour ce petit cadeau)
Sitôt dit, sitôt bu … et jusqu’au fond !
- « Zut, moi qui voulais m’arrêter à la moitié ! Je vais le remplir, mais juste un peu »
Mais misère ! Les réflexes le lâchèrent et voilà que la cruche fut à nouveau pleine à ras-bord et la procédure dut être renouvelée ! Nul ne sait combien de fois se déroulèrent ses tentatives, ce qui est sûr, c’est qu’à un moment qui paralyse, retenti un cri strident et glaçant, suivi d’une volée de bois vert. C’est Madame qui mit fin à la dégustation !
La cruche finit sa vie de cruche en tessons et la cave se remplit de nom d’oiseaux !

Un passant dans la rue perçut les cris et invectives et trouva judicieux de crier en retour :
- « Quel est l’homme stupide qui décide d’habiter du côté de la rue où les femmes sont à la commande ? Et vous, les autres voisins de ce même côté de la rue, pourquoi aucun homme n'est chef dans sa maison ? »
… lorsqu'une réponse féminine hurlante lui revint du fond de la cave :
- « Faites bien attention à vous, le Monsieur de la rue, sinon il va vous arriver le même malheur que celui de la cruche qui vient d’être fracassée en mille morceaux ! »
Et le Monsieur téméraire … courra pour sa vie !

Sources :
- Gallica
- Neueste Nachrichten