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- Écrit par : Frédéric VOEGEL
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Le vendredi 11 janvier 1907, vingt-deux jeunes filles et garçons mourraient carbonisés dans l’incendie de leur usine à Geispolsheim. Récit émouvant de ce fait divers sordide relevé dans les journaux locaux de l'époque.

Plan de 1825 archives départementales du Bas-Rhin
Synthèse des articles parus dans les journaux Strasburger Neueste Nachrichten et Der Elsässer
« La stupeur et l'effroi paralysent encore la population suite au terrible incendie survenu dans la fabrique de peignes, talons de chaussures et d'œillets de laçage dont la base est recouverte d'une fine couche de celluloïd. L’usine appartenait à la société londonienne Hubert et Co déjà incendiée puis agrandie en 1896. L’usine employa jusqu’à 42 ouvriers et ouvrières. On l’appelait la Haftelbudig (atelier d’agrafes).

Disposition de l'atelier selon les plans anciens (photo IA)
Les faits
11 janvier 1907,
Vendredi 11 janvier 1907. 5 heures 15 du matin. La température extérieure est de 4 degrés. Le temps est couvert. Le jeune Joseph Kiehl 16 ans est le premier à entrer dans l'usine de Geispolsheim accompagné de Joseph Hermann. Kiehl se rend dans son atelier de collage, allume la lumière et commence son travail. Il empile des plaques de celluloïd. Hermann se prend la direction de l'atelier des presses à découper où se déroulera la tragédie. Il allume les lumières, vide les corbeilles de déchets rejoint par Durr qui allume le poêle. Tous les trois réussiront à s'extraire du brasier.
5 heures 58. Le jeune Jakob KIEHL, 21 ans, se lève pour déposer ses déchets de celluloïd dans un panier sous le tuyau du poêle quand, tout à coup, une flammèche jaillit de la corbeille. En un instant, un véritable brasier remplie la pièce. Pris de panique, le jeune ouvrier se précipite vers la sortie et court en hurlant de toutes ses forces : "As Brand, as Brand !"« Au feu ! Au feu ! ». Les langues de feu montent jusqu'au plafond et se répandent dans la salle.
Un survivant, Karl OSTERTAG, 20 ans, témoignera que, le dos tourné au poêle, il entendit le cri d'alarme. Il bondit à son tour vers la porte sur les pas de Kiehl . Il n'avait pas encore franchi le seuil que déjà les flammes lui brulaient la nuque.
OSTERTAG livrera un récit particulièrement poignant :
« Je me suis retourné pour voir si les autres me suivaient. Mais quelle ne fut pas ma détresse ! Personne ne sortit, à l'exception de la pauvre Justine SPEISSER. Une torche vivante ! Je me suis précipité vers elle et l'ai entraînée dans la rue, j'ai arraché mon tablier pour étouffer les flammes, mais en vain, mon tablier s'enflamma à son tour. J'ai alors tenté d'arracher ses vêtements en feu, ce à quoi je suis en partie parvenu ».

Plan de l'atelier (Strasburger Neueste Nachrichten) plan traduit de l'allemand au français par l'IA
Au cours de cet acte de dévouement désespéré, le courageux OSTERTAG subi de très graves brûlures au bras droit. Malgré ses blessures, sachant sa sœur Mathilde 17 ans, piégée à l'intérieur, il tenta de retourner sur ses pas. Hélas, il était trop tard. De chaque porte et chaque fenêtre jaillissait d'immenses langues de feu. C'est pétrifié que le jeune homme dû assister à la mort tragique de sa sœur de 17 ans, à laquelle il était profondément attaché. On retrouva les restes et crânes carbonisés entassés au fond de l’atelier. Quant à la malheureuse Justine SPEISSER, bien qu'elle réussisse à s'extraire du brasier, succomba le lendemain à ses graves brûlures.


Plan de l'usine (Strasburger Neueste Nachrichten) plan traduit de l'allemand au français par l'IA
Le 14 janvier, tout Geispolsheim se rassembla pour conduire les 16 jeunes filles et six garçons à leur dernière demeure. Un autel provisoire fut dressé au croisement de la rue principale. Devant l’autel, quatre cercueils : l'un contenait la dépouille de la pauvre Justine, les trois autres renfermaient les restes calcinés. Au son des sanglots et des lamentations, le vicaire général JOST, envoyé par l'évêque, prononça une homélie émouvante.

L'enquête

Selon les premières expertises, l'extrême finesse des plaques de celluloïd et leur composition chimique auraient favorisé l’inflammation. La belle-sœur du gérant HUMBACH accusa Jacob KIEHL d’avoir entendu dire, que par le passé, il aurait jeté des restes de celluloïds directement dans le poêle, ce fameux poêle que entretenait avec des briquettes. Deux jeunes filles décédées l'avaient affirmé à son sujet d'après les témoignages sous serment de leurs parents, ce que Riehl conteste sous serment. Même OSTERTAG confirma qu’il lui aurait été impossible de soulever le couvercle entre son passage vers la poubelle et son cri « Au feu ! ». Il était même interdit de fumer dans l’usine.

Les victimes
Tous reposent réunis dans une même fosse commune dans le cimetière de Geispolsheim : 22 jeunes gens à qui la vie souriait et qui ont été fauchés en un instant :
- ARNOLD Marie Lina, 16 ans
- BAUM Charles, 14 ans
- BIETH Albert 14 ans, un orphelin qui venait d’être récemment placé dans une famille d’accueil après la disparition de sa mère
- BITTMANN Maria, 25 ans
- BOLLEY Joseph, 14 ans
- FRITSCH Eugène, 14 ans
- HEITZ Catherine, 17 ans
- HERRMANN Brigitte, 19 ans, petite cousine
- HERRMANN Mathilde, 15 ans
- NUSS Joséphine, 20 ans, cousine des SPEISSER
- OSTERTAG Mathilde, 17 ans
- OSWALD Marguerite, 19 ans
- SCHAAL Catherine, 15 ans
- SCHNEIDER Joséphine, 15 ans
- SPEISSER Elise 18 ans, cousine de Joséphine et Sophie
- SPEISSER Jacob, 14 ans, frère de Maria
- SPEISSER Joséphine, 15 ans, cousine de Sophie
- SPEISSER Justine, décéda le 12 janvier des suites de ses blessures
- SPEISSER Maria, 15 ans, soeur de Jacob
- SPIESSER Sophie, 16 ans
- WEBER Joseph, 14 ans
- WEINMANN Emilie, 18 ans

Charles OSTERTAG, le garçon héroïque cité dans l’article, marié, décédera 4 ans plus-tard à 24 ans. Il venait de perdre neuf mois avant, sa fille, Louise, âgée de cinq mois. Son épouse, enceinte, accoucha en septembre. Ils avaient eu l’année suivant le sinistre, hors mariage, une petite Mathilde en 1908 prénommée Mathilde en souvenir de sa sœur.

L'usine se trouvait dans la Krummstrasse (photo IA) Aujourd'hui au coin de la rue du Maréchal Leclerc et de la rue de Hattisheim. Il semble que l'endroit était auparavant une auberge appartenant à Schneider Médard.

Le procès
Le 11 juillet 1907 s’ouvrit le procès du dirigeant et contremaitre Marie Timothée Joseph HUMBRECHT, né le 29 janvier 1877 à Geispolsheim, poêlier, marié à Augusta WIETZEL, domicilié à Geispolsheim. Son père Henri, serrurier avait été le fondateur de l’usine et habitait au 258 de la Krummstrasse, sise à l’usine.

Recensement de 1885 La Krummstrasse de 1907 était une unique rue composée de la rue de Sainte-Jeanne d'Arc et de la rue du Maréchal Leclerc d'aujourd'hui.
Timothée Joseph avait déjà été condamné pour coups et blessures et pour escroquerie. Une procédure pour incendie involontaire, qui était en cours contre lui en 1896 a été classée sans suite faute de preuves. L'accusé, un homme grand et fort au visage bienveillant arborant une barbe blonde, répond d'une voix calme, parfois un peu basse. Il est d'abord interrogé sur les heures supplémentaires. Il reconnaît cette infraction. Il est prouvé qu'il a fait travailler les gens pendant douze heures la veille de l'incendie.
Il s’avéra que la pièce, dans laquelle 10 ouvriers travaillaient provisoirement sur 6 machines, mesurait environ 130 mètres cubes et était pourvue de cinq fenêtres, dont seulement 3 pouvaient s'ouvrir. L'entreprise s'est de plus en plus développée ; rapidement, 27 ouvriers travaillèrent dans la pièce, et l'espace est devenu de plus en plus restreint, si bien que la corbeille destinée à recueillir les déchets de celluloïd s’est retrouvée juste derrière le poêle. La quantité de ces déchets s'élevait à 10 à 15 kilos par jour.
L'accusé admet d'emblée qu'il a enfreint la réglementation du travail et qu'il a employé des ouvriers de moins de 16 ans plus de 10 heures ; deux d'entre eux déclarent par la suite qu'ils travaillaient aux pièces et gagnaient 70 à 80 marks par mois. Cela a souvent incité les jeunes gens à être à l'usine et à travailler de 4 h 15 du matin jusqu'à environ 22h du soir avec 2 h 30 de pause, afin de gagner le plus possible. Au lieu de cinq machines à découper, il y en avait désormais 29 dans le même petit espace, et au lieu de deux kilos de celluloïd autorisés, il y en avait 250 à 300 kilos dans toute l'usine et encore approximativement 100 kilos dans la salle des machines à découper. Il a reconnu avoir manqué de l'attention nécessaire : il a déjà traversé la pièce avec une cigarette allumée et a permis qu'on allume le feu dans le poêle avec du pétrole.
Après une heure de délibération, le tribunal a acquitté l'accusé d'homicide par imprudence et d'incendie volontaire, ainsi que pour l'infraction au règlement du travail. Il fut néanmoins condamné à quinze marks d'amende ou trois jours de prison. Les dépens, à l'exception de ceux occasionnés par la poursuite ont été mis à la charge de la caisse de l'État.

L’avocat d’HUMBRECHT plaida que son client a un casier vierge. Seul bémol, alors jeune homme, il aurait emballé un rat dans une petite boîte de telle sorte que seule la queue pelée dépassait, et avait posé cette boîte sur le rebord de la fenêtre du maire de l'époque. Celui-ci a pris la boîte pour une bombe et la queue frétillante du rongeur emprisonné pour une mèche. Un canonnier a été réquisitionné pour rendre la machine infernale inoffensive… Dans le jugement, le président déclara que l'acquittement devait avoir lieu parce que, en particulier d'après le rapport d'expertise concernant la naissance du sinistre, le doute de différents scénarios subsisteraient.
Le journaliste du Strasburger Neueste Nachrichten fit remarquer que les propriétaires londoniens, eux, ne seront jamais inquiétés. Pourtant, les nouvelles normes de sécurité imposées par les autorités européennes, et dès 1908 en Alsace, sonnèrent le glas de la société après la guerre. Une colonne funéraire érigée au-dessus de la fosse commune dans le cimetière de Geispolsheim rappelle les noms des 22 jeunes ouvriers qui ont perdu la vie dans l'incendie du 11 janvier 1907.

D’autres photos à retrouver sur https://www.geispolsheim.fr/fr/patrimoine.
Le témoignage d'un journaliste


Journal Strasburger Neueste Nachrichten du 11 janvier 1907 (Gallica)
Un article rédigé le lendemain par un journaliste du Strasburger Neueste Zeitung qui se rendit sur les lieux, témoigne tout l'effroi de la tragédie.
Extrait du Strasburger Neueste Zeitung après la catastrophe.
« Je me rends à Geispolsheim. Après de grandes catastrophes de la nature et du cœur humain, un calme angoissant m'envahit ; c'est le calme après la tempête qui n'a rien de rassurer et qui laisse sentir jusque dans sa discrétion le martèlement et les gémissements du cœur. Un à-coup, et nous voilà devant le lieu de l'incendie ! Un bâtiment carré, dont les fenêtres et le toit plat laissent sortir une légère fumée. Un lieu d'incendie comme tant d'autres que nous avons vus et que nous venons d'observer à Geispolsheim dans une étendue gigantesque, même s'il ne pouvait pas atteindre le grand incendie de Schlestadt [Sélestat] dans son étendue et ses dommages ; un lieu d'incendie insignifiant. Devant la porte du domaine et dans la cour se presse une grande foule silencieuse, avec des visages sombres et figés, des femmes et des hommes, pas mal de pompiers, des connaissances à qui l'on serre la main. Ils ont eu de la bonne volonté, mais ce fut de la peine perdue. Mon aimable guide me montra une fenêtre grillagée, très grillagée.

Un escalier en fer menait au toit plat ; je montai trois marches et que vis-je ? C'était le silence de la mort derrière moi. Qu'ai-je vu ? Une pièce assez grande dans laquelle se trouvait autrefois un four. On parlait beaucoup de ce four, on l'appelait une chaudière, un grand four, un petit foyer. Il était le centre d'intérêt de tous. C'est de lui que tout devait être venu une explosion !
– Qui sait ? Nous n'avons rien vu de tel. Que voyait-on ? Une pièce allongée avec quelques fenêtres latérales qui semblaient rabattables, mais qui étaient munies de châssis en fer. La lumière tombait sur une masse confuse : des pièces de machines, des éclats de verre, de curieuses choses suintantes de suie ; au fond, une couche d'environ un demi-mètre de haut d'où surgissaient les flammes : des flammes vertes, des flammes rouges. Elles donnaient leur propre éclat ; les vertes blêmissaient des crânes, des crânes humains. Un affreux spectacle !

Mon compagnon dit : « Do leye 15 Maidle un Biewle ! » « Là-dedans, reposent 15 jeunes filles et garçons ! ».
L'œil devait d'abord s'habituer à cette vision. On pense : elles avaient travaillé hier chez la firme londonienne Hubert u. Cie. jusqu'à 10 heures du soir ; elles étaient très fatiguées, les filles et garçons de Geispolsheim qui venaient au travail le matin avant 6 heures, et à peine les jeunes gens étaient-ils tous là que cela se produisit. Nous nous sommes renseignés pour entendre des détails plus précis ; ils sont silencieux à Geispolsheim, ils ne disent pas un mot de trop, nous avons aussi interrogé le directeur d'usine et il n'a pu dire que le feu avait éclaté alors que l'ouvrier ramassait les derniers restes de celluloïd dans une corbeille ; des étincelles jaillirent, tout brûla et le celluloïd en feu développa une fumée étouffante rapidement, de sorte que les pauvres gens n'avaient guère repris conscience lors du déclenchement de l'incendie.

L'homme qui n'était pas présent lors du déclenchement de l'incendie, M. Humbrecht, faisait une impression calme et posée. Ce serait une pensée consolante si les pauvres jeunes ouvrières et ouvriers n'avaient pas souffert longtemps. Nous avons parlé à quelques-uns des survivants. Ils pensent que leurs pauvres collègues n'ont pas souffert longtemps, car les cris affreux s'étaient déjà tus alors qu'ils étaient encore occupés à leur travail de secours. En revanche, des voisines prétendent que les pauvres garçons et filles ont crié longtemps ; mais croyons que ces lamentations venaient des rescapés dont certains étaient en flammes. Il a dû se produire une panique folle lorsque le feu a éclaté, et cette panique a agi d'autant plus terriblement que cette chambre mortuaire, que nous avons pu observer depuis l'échelle en fer, ne semble avoir eu qu'une seule sortie. En elle, presque tous les morts ont trouvé leur mort brûlante. Nous nous réservons le droit de parler fermement aux facteurs qui ont réceptionné et approuvé une telle usine. Selon notre première impression, il s'agit d'une installation qui devait susciter de grands doutes. Nous attendrons les déclarations de nos collaborateurs avant de poursuivre. Une terrible panique ! C'est ainsi qu'une jeune fille forte et robuste, assise juste à côté de la seule porte de sortie, a péri parce qu'elle n'a probablement pas trouvé la porte. Les fenêtres étaient fermées. C'était comme si la vue de cette pièce calme et confuse, dans laquelle gisaient les os carbonisés de pauvres enfants d'hommes, leur ôtait la conscience, car on se demandait toujours :
« Où sont les pauvres victimes ? »

Là-bas, en un seul tas, les tristes restes d'hommes qui se réjouissaient du printemps et du travail. Ils travaillaient volontiers. M. Dr Bastian, qui a soigné les survivants, dont un grièvement et les autres très légèrement blessés, a raconté l'histoire d'une fille au pied de laquelle il a fait une légère opération. Il lui avait conseillé de rester quelques jours à la maison, mais elle voulait absolument aller « an d'Arweit ! » [au travail !].
Il y a 2 jours, elle est allée, il ne reste plus d'elle qu'un tas de cendres de la jeune fille robuste. Une des ouvrières les plus capables, qui avait économisé une somme relativement importante dans sa jeune vie, a trouvé par sa ferveur et son économie un curieux héritier. On le voyait rôder dans la cour de l'usine et le public indigné a dû l'éloigner. Les pompiers ont apporté de nombreuses trouvailles intéressantes. Une série de lettres et cartes carbonisées est arrivée entre nos mains. Elle contenait l'inscription : « Vœux sincères pour la Nouvelle Année ! » Le souhait n'a pas eu une longue force.

Carte de voeux de 1907
C'est avec le sentiment de la plus profonde sympathie pour les survivants des pauvres victimes et pour le lieu si lourdement frappé que nous avons quitté Geispolsheim, qui gisait dans la pluie silencieuse comme sous un habit de deuil. Que Dieu donne à tous ces pauvres emportés d'une manière si terrible en pleine fleur de l'âge au milieu du travail la paix éternelle ! »
Décembre 1909 : 10 000 marks pour les familles des victimes (1)

30 décembre 1909 Le Nouvelliste d'alsace-Lorraine
Février 1910 : Quelques parents des jeunes ouvriers qui ont péri il y a deux ans lors du grand incendie de l'usine de celluloïd ont fait valoir auprès de la coopérative de valorisation du papier un droit à l'octroi de pensions de survivants, les défunts ayant contribué de manière substantielle à l'entretien de la famille. Le tribunal arbitral, que la caisse de prévoyance professionnelle (Berufsgenossenschaft) avait saisi, s'est par conséquent réuni à la mairie et a accordé une pension dans trois cas. Dans les autres cas, elles ont dû être refusées, les conditions requises par la loi à cet effet n'étant pas réunies.

Plan 1825 archives départementales du Bas-Rhin

Histoire de l'invention de la celluloïd https://fr.wikipedia.org/wiki/Cellulo%C3%AFd

Carte industrielle d'Alsace 1925 (Gallica)


1905 Publicité pour des articles en Celluloid du magasin Knopf à Strasbourg

11 juin 1906 Un incendie dans le port de Marseille a causé la semaine dernière des dégâts assez importants. Le feu s'était déclaré dans des caisses de celluloïd entreposées sur les quais. Les flammes se sont immédiatement élevées à une hauteur extraordinaire et ont provoqué une panique générale. Elles se sont propagées à un vapeur, le « Cinq-Mars », dont un côté a été complètement carbonisé. Face au danger, les paquebots ont pris la mer, mais ils ont pu regagner leurs mouillages car l'incendie a été éteint en deux heures. Lors de la panique, 5 personnes ont été assez grièvement blessées. Les dommages causés s'élèvent à plus de 400 000 francs.
(1) Salaire mensuel des jeunes ouvriers de la fabrique : Comme l'indique l'acte du procès de Strasbourg, les jeunes travailleurs aux pièces gagnaient environ 70 à 80 marks par mois (pour de très longues journées de travail). Salaire annuel d'un ouvrier qualifié : Environ 1 000 à 1 200 marks par an. L'indemnité globale de 10 000 marks représentait environ 8 à 10 années du salaire annuel d'un ouvrier qualifié, ou près de 12 ans de gains pour un jeune ouvrier de l'usine.
10 000 marks en 1907 correspondaient à 3,584 kg d'or pur, ce qui représente environ 260 000 € à 280 000 € au cours actuel de l'or.
Que pouvait-on acheter avec cette somme ?
On pouvait acheter 2 à 3 maisons individuelles ou corps de ferme modestes en zone rurale en Alsace.
Dans une ville moyenne ou en périphérie de Strasbourg, cette somme permettait d'acquérir ou de construire un petit immeuble d'habitation de 2 à 3 étages.
Plusieurs hectares de bonnes terres cultivables ou de vignes dans la plaine d'Alsace.
Une automobile de luxe neuve : Une voiture haut de gamme de fabrication allemande ou française comme une Mercedes, Benz ou une Mathis Hermes coûtait entre 8 000 et 12 000 marks.
Une petite voiture de série type Mathis ou voiturette valait environ 3 000 à 4 000 marks ; on pouvait donc en acheter deux ou trois.
Un bon cheval de trait ou de cabriolet coûtait environ 500 à 800 marks. Avec 10 000 marks, on pouvait financer toute une écurie avec plusieurs voitures à cheval.
Le pain (kilo) : ~0,30 mark (soit plus de 33 000 kg de pain).
La viande de bœuf (kilo) : ~1,60 à 1,80 mark (soit environ 5 500 kg de viande).
Le lait (litre) : ~0,20 mark (soit 50 000 litres de lait).
La bière (chope/litre en brasserie) : ~0,25 à 0,30 mark (soit 40 000 chopes de bière).
Un costume d'homme sur mesure : ~30 à 50 marks (soit plus de 200 costumes complets).
Une paire de chaussures en cuir : ~10 à 12 marks (soit près de 800 paires de chaussures).
Pour une famille ouvrière : Le budget annuel complet pour loger, nourrir et habiller une famille de 4 à 5 personnes s'élevait à environ 1 200 à 1 500 marks par an.
Les parents des victimes percurent environ chacun 455 marks soit 6 mois de salaire de l'époque pour le jeune travailleur disparu.
Ce qu'on pouvait acheter avec 455 marks vers 1907-1909 : environ 1 500 kilos de pain, près de 280 kilos de viande de bœuf, environ 9 à 10 costumes d'homme sur mesure en drap de laine ou la moitié du prix d'un bon cheval de trait.
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