Quel est le rapport entre Valff, les Autrichiens, un perroquet et le château de Chambord ? Même si c'est un peu tiré par les cheveux, il y en a un. Pour le découvrir, il faut remonter à l'époque que les historiens appellent la Seconde Restauration. Après la déroute de l'armée française à Waterloo et l'exil de l'Empereur à Sainte-Hélène, les troupes autrichiennes s'installent en Alsace et à Obernai.

L’Empereur François II, beau-père de Napoléon Ier, et son état-major, traversant l’Alsace puis les Vosges (1814), accompagnés de troupes russes. Décembre 1813, la France est envahie par les Alliés. L'armée des coalisés passe la frontière à Bâle. Napoléon entame la période appelée la campagne de France. Les Dragons français de Napoléon cantonnent à Valff le 15 janvier 1814.

Napoléon est retourné à Paris le 21 mars 1815. Tous les garçons célibataires de Valff sont contraints de marcher sur Lutzelstein (la Petite Pierre) avec la Garde Nationale. Les habitants doivent payer pour la grande Réquisition (1).

Le 3 Heumonat (juillet) 1815 : cette fois, ce sont les alliés autrichiens et prussiens qui sont cantonnés dans le village, et cela, pour la deuxième fois. Pendant 2 à 3 mois, ils poussent la population à leur fournir paille, choux et argent. Cet évènement a coûté 800 francs à la famille Wucher de Valff (2).

22 avril 1816 : qui a vu un perroquet autrichien à Obernay ? Forte récompense

En 1816, Napoléon est exilé sur l'île de Ste-Hélène. Les troupes autrichiennes, Wurtembergeoises et bavaroises, s'installent en garnison en Alsace. À Andlau, on comptabilise 240 soldats. À Barr, 440 avec le projet d'atteindre le chiffre de 1296. À Obernai, ils sont 550 et on attend pour 1817, 946 de plus, pour un total d'occupants de 1498 !

29 octobre 1816

1821

Couvent des capucins à Obernai

Dix années un peu plus calmes s'écoulent. Puis le registre d'état civil des décès de Valff, de 1824, relate l'anecdote suivante dans l'article Antoine, suicidé par excès de mélancolie.

L'année d'après, le 2 novembre 1825, une autre enquête est diligentée : « Dix heures du matin, Joseph Aloïse Léger COUDRE (toujours lui), notre juge de paix d'Obernai, revient à Valff. C'est le maire Etienne ANDRES qui l'a fait appeler. Il l'emmène chez un certain Ambroise WALTER, décédé dans la soirée du 21 par suite d'un coup donné, il semblerait, par son gendre, Antoine KOENIG, d'après les déclarations faites par la femme de Walter, Catherine HEITZ. Une délégation composée du maire, du juge de paix, de François Michel SAAS, adjoint, de Florent DIEHLMANN, secrétaire de mairie, de Joseph KUHN et François MEISTERTZHEIM, deux journaliers qui ont assisté les représentants de la loi, ainsi que du légiste d'Andlau, MEYER, se rend au logis de Walter. Le légiste constate que le corps est refroidi depuis de nombreuses heures et que le décès n'a pas été causé, ni par suite de violence, ni par des coups portés ».

Suite à ces constatations, le juge remet la dépouille aux soins de sa famille pour la faire inhumer selon les rites locaux (3).

Et le lien avec le château de Chambord ?

C'est en rapport avec le juge de paix d'Obernai, Joseph COUDRE (encore lui !), qu'il fallait chercher.

Le journal Niederreinischer Kurier du 17 mars 1821 transcrit une liste des donateurs alsaciens qui ont participé au financement de la souscription pour l'achat du château de Chambord. La ville de Strasbourg offre 3 000 Francs, Sélestat, 1000 Francs, Wissembourg, 300 Francs, Neuwiller près de Saverne, 30, le Préfet du Bas-Rhin, le baron MALOUET, 100 Francs. Quant à notre juge de Paix COUDRE, il envoie 20 Francs et 20 autres pour un monument à construire en l'honneur du duc de Berry, assassiné en 1820.

Liste des donateurs au 27 mai 1821 :

Juillet 1821. C'est au tour des Instances religieuses catholiques de démontrer leur sympathie pour le château de Chambord par un petit don. Septembre 1821, le Conseil général du Haut-Rhin vote la somme de 1000 Francs.

Le prix d'achat du château est estimé à 1 749 667 Francs et 16 centimes le 31 octobre 1821. En 1820, un ouvrier gagnait environ 1000 frs par mois. Le château coûtait donc 1 750 mois de salaire d'un ouvrier ou le fruit du travail de 145 ans et 8 mois. 

Charles Ferdinand d'Artois, duc de Berry

Extrait du site du château :

 

Monument construit au théâtre de l'Opéra, près de l'endroit où fut assassiné le duc de Berry

Coffre de 1823 avec cœur fleur de lys ? Valff 

Qui était Joseph Aloïse Léger COUDRE (KUDER)

Le juge de paix d'Obernai, Joseph COUDRE, était fils du procureur du Conseil souverain d'Alsace, Henri COUDRE, et de Rosine DREUX, tous deux décédés à Colmar. Joseph est né à Colmar en 1763. Royaliste convaincu, il fut nommé juge de Paix d'Obernai en 1816 en même temps que le déploiement du cantonnement allié des gouvernements royalistes dans la ville. Il décède à Obernai le 25 février 1833 à 68 ans. Il ne s'est jamais marié. Le déclarant du décès est son greffier Xavier FREPPEL. 

Acte de décès à Obernai de Joseph Aloyse Léger COUDRE en 1833

Pet alerte : Ah ! Au fait ! Si d'aventure vous trouviez un perroquet perdu, d'alois télégraphez en mode Chappe à Obernai, 100 francs de récompense !! 🦜

(1) Après la retraite de Russie, le reste des troupes de Napoléon tentèrent d'arrêter les armées autrichiennes et russes aux portes de la France. Dans la région de Saverne se déroulèrent des batailles décisives. Le château de la Petite Pierre résiste pendant trois mois. Des contingents de la Garde nationale envoyés au front traînent la patte pour rejoindre leur destination, beaucoup d'enrôlés se perdent involontairement ou pas, en route.

(2) De 1815 à novembre 1818, l'Alsace se voit obligée d'entretenir 40 000 soldats de la coalition (essentiellement des autrichiens et des saxons)

(3) Ambroise Walter était cultivateur et marié en première noce avec Anna Marie ROSFELDER, décédée en 1806, et avec qui il a eu 5 enfants. Il se remarie avec Catherine HEITZ.

Sources :

  • Adeloch
  • Gallica

Un peu d'histoire

De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

Depuis, le devoir de mémoire de notre village alsacien se poursuit semaine après semaine.