En octobre 2026, nous avons eu la joie d'accueillir à Valff des visiteurs venus des États-Unis. Ils sont les descendants de Joseph HIRTZ, un jeune homme qui s'est laissé séduire par le rêve américain. Il a embarqué en 1910 à bord du paquebot Kroonland à 17 ans pour le Nouveau Monde et rejoindre son oncle. Voici leur histoire.
Tout est parti d'un message reçu sur notre page Facebook de la part de Tracy CALER le 23 septembre 2026.

Après une croisière annulée sur le Rhin à cause de la baisse du niveau du fleuve, les époux CALDER ont choisi de passer quelques jours en Alsace à la recherche de leurs descendants. Après les premiers échanges et quelques recherches, il s'avère que Vincent HIRTZ (Président du Conseil de Fabrique) est l'un de leur cousin. L'histoire est en marche, rendez-vous est donné à Valff.
En attendant, mettons à jour l'arbre généalogique de la famille HIRTZ, disponible également ICI :

La première mention du nom de famille HIRTZ à Valff apparait en 1592 lors de la guerre dite « Des deux évêques ». Ulrich HIRTZ paie une redevance appelée Wachtgelt pour avoir le droit de se protéger avec sa famille entre les murs d'Obernai. Un peu plus tard en 1629, Hans HIRTZ fait partie des 25 bourgeois de Valff emmenés prisonnier à Benfeld pour avoir contesté la corvée de fenaison due au seigneur d'Andlau. En 1644, Mathis HIRTZ était membre du tribunal de Valff. Enfin, dans le renouvellement de bien de 1668, les membres HIRTZ sont bien représentés dans tout le village.
Les descendants de la lignée de Félix Séraphin HIRTZ

Les deux témoins de la naissance le 4 mai 1864 de Séraphin HIRTZ sont les instituteurs et aide-instituteurs Thiébaut HILSZ et Joseph MEYER
Les différents recensements du XIXe siècle indiquent que les ancêtres de Séraphin habitaient au n°108 puis au 114 (les numéros sont différents selon l'estimation du recenseur) de la rue Principale.

Recensement de 1836, Séraphin a deux ans



De gauche à droite : Séraphin, Joseph, Xavier, Marie Joséphine, Marie-Françoise et Marie (photo : Vincent HIRTZ)
Joseph, qui a émigré au Etats-Unis, au-dessus de Séraphin, le père et à côté de son frère François Xavier resté à Valff. Marie Joséphine, née en 1902, a également émigré aux États-Unis. Elle a épousé le mécanicien François Xavier BURY en 1930, originaire d'Obernai et habitant au 34 rue de Dietrich. Il a émigré sur le paquebot France vers les États-Unis en 1927 pour rejoindre son frère Louis au 522E dans la 52ᵉ à New-York. Il travaillait pour la compagnie de bus Jamaica Buses Inc à N.Y. Leurs enfants ont pour nom : Mary Antoinette, Frances Clemens et Franc Xavier. Marie Joséphine est décédée en 1994. À la fin de sa vie, elle vivait à Franklin Square, Nassau à New York. À côté Marie-Françoise qui deviendra sœur Marie Séraphin et à droite assise, Marie WILLMANN.

Acte de mariage de Séraphin HIRTZ et Marie WILLMANN

Aloïse Joseph HIRTZ

Acte de naissance de Joseph HIRTZ le 3 août 1893
Joseph est arrivé à New York le 23 juin 1910 à bord du Kroonland, en provenance d'Anvers. Il avait 17 ans. Le manifeste d'Ellis Island indique qu'il rejoignait son oncle, J. Wallman (Joseph WILLMANN, le frère de sa mère), au 582 Westchester Avenue dans le Bronx. Il s'est marié avec Augusta GASTMEYER. Ils leur sont nés : Marie en 1921, Helen et Joseph né en 1922.

SS Kroonland, peinture d'Antonio JACOBSEN en 1903
Joseph, soldat de 2ᵉ classe, numéro de matricule : 3196642, est enrôlé le 18 juin 1918 puis transféré dans la 12ᵉ compagnie de la 153rd au dépôt de la brigade Bakery Company n°353 au Camp Upton à New York le 1ᵉʳ novembre 1918. Il est enregistré à bord d'un navire en transit vers le front européen au sein des forces expéditionnaires américaines (A.E.F.). Les Bakery Companies de l'intendance avaient pour mission d'exploiter les boulangeries de campagne pour fournir le pain quotidien aux régiments et hôpitaux militaires américains en France.

Camp Upton (situé à Yaphank sur Long Island, New York) était un vaste centre d'incorporation et d'entraînement créé par l'armée américaine en 1917 pour rassembler, former et organiser les conscrits de la région de New York avant leur embarquement pour l'Europe. En décembre 1918, un mois après l'armistice, il est transféré en France dans une unité de boulangers militaires stationnée à Ambrières (aujourd'hui Ambrières-les-Vallées en Mayenne), avant son déplacement à Sablé (Sarthe) en février 1919. Le soldat de 1ʳᵉ classe Joseph HIRTZ y servait sous le matricule 3196642.
En 1919, son unité était toujours stationnée dans la Sarthe à Sablé-sur-Sarthe en février 1919 pour assurer l'approvisionnement des troupes du secteur. En 1930, la maison de la famille HIRTZ est recensée au 10443 de la 65 Lane dans la Queen. Ils partagent l'immeuble avec la famille William Roundy de l'Illinois, son épouse Catherine et leur fille Dorothy. Catherine est née à N.Y. mais de parent allemand.
En 1940, ils habitent au 61 Lane dans le Queens à New-York. Leur maison est estimée à 2650 $ Joseph travaille pour son compte, 52 semaines travaillées en 1939 ; son revenu est de 1 976 $. Sont recensés, Augusta, femme au foyer, HIRTZ Marie, 18 ans, célibataire, commis aux archives d'un courtier, 30 semaines travaillées en 1939 revenu 360 $. Elle décède en décembre 2014. Joseph HERMAN, 17 ans est en 3ᵉ année de High school, Joseph est déclaré caissier et comptable à son inscription militaire en 1942, Helen Jeannette née en 1924, 15 ans est en 2ᵉ année de High school. Elle décède en décembre 1994.
Lors du recensement de 1950, nous apprenons que Joseph HIRTZ est toujours boulanger. Il travaille 54 heures par semaine. Avec Augusta, son épouse née à New-York, ils habitent maintenant au 1019 New Hyde Park Village Comté de Nassau à New York.

Carte de recensement miliaire de Joseph HIRTZ fils. La maison porte le numéro 6443 de la 65 Lane dans le Queen
En 1945, Joseph est envoyé du United Kingdom Base, APO 413 USA. Joseph H. HIRTZ a été affecté par un ordre de service au Quartier général de la base militaire américaine du Royaume-Uni sous le bureau postal militaire APO 413. Il a le grade de 1ᵉʳ lieutenant.

65 Lane Queen (Photo illustrée par IA)

New Hyde Park RD (Photo illustrée par IA)
Joseph WILLMANN

N°66 dans la Fifth Street à Derby près de New Haven dans le Connecticut où habitait Joseph WILLMANN (colorisation de l'image par IA)
Joseph WILLMANN, son oncle est né en 1874 à Valff. Il avait mis le pied aux États-Unis en 1902. Son épouse Emma (Ahlborn ?) en 1906. Joseph WILLMANN est décédé en 1963 après une carrière chez Ford. En 1950, aisés, ils avaient à leur service une servante et cuisinière de 70 ans, veuve, du nom de Louise CHAPELL. Elle travaillait 48 h/semaine. En 1940 ils avaient en plus une servante de 27 ans, du nom de Maria PAPEST. Ils vivaient avec leur fils Alfred né en 1911 et leur fille Marguerite. Ils ont déménagé à New Haven dans le Connecticut en 1902. Le déménagement de la famille du Bronx à New-York dans le Connecticut fut judicieux, car en 1910 la construction du monorail suspendu Pelham Park passera devant leur maison à hauteur du 1ᵉʳ étage au n°582 de la Westchester Avenue. Aujourd'hui l'emplacement est un terrain vague.

Recensement en 1950 de Joseph WILLMANN, Emma son épouse et la servante Appel Lou, à New Haven dans le Connecticut
Lors du recensement de 1920, Joseph WILLMANN avait deux fils, Hans, 17 ans, et Werner, 16 ans, nés vraisemblablement en Allemagne tandis qu'Hildegard, 13 ans, Alfred 9 ans et Marguerite, 5 ans, étaient nés dans le Connecticut à Derby. Marguerite est décédée en 2006, Hildegard en 2005. En 1920 ils habitaient avec une cousine d'Emma du nom de Frida DOHMEYER. En 1928, Hildegard et Werner ont rendu visite à leur famille en Alsace et sont retournés aux USA sur le SS Berengaria au départ de Cherbourg. Ils sont nés et vivaient à Derby. Hildegard et Marguerite ont fait le même voyage en 1931 sur le SS Île-de-France en provenance du Havre. Marguerite à fait un voyage aux Bermudes en 1939.

Hildegard WILLMANN

Marie Françoise HIRTZ

Marie-Françoise HIRTZ naît le 21 novembre 1895, au foyer de Félix Séraphin HIRTZ et de Marie WILLMANN. Élevée dans la foi catholique, elle franchit pas à pas les étapes de la vie religieuse : baptisée deux jours après sa naissance, elle célèbre sa première communion en 1909 puis reçoit la confirmation au couvent.
Le tournant décisif survient après la Première Guerre mondiale. Le 18 mars 1921, la jeune femme pousse les portes du couvent d'Oberbronn pour entrer au noviciat chez les Sœurs du Très Saint Sauveur. Un an plus tard, le 19 mars 1922, elle prononce ses vœux définitifs et adopte le nom de Sœur Séraphin-Marie en honneur de ses parents. Loin des grands honneurs, c'est dans le silence et l'humilité du travail quotidien que Sœur Séraphin-Marie va accomplir sa vocation. Envoyée en mission dans les Vosges, à Épinal, elle s'installe rue du Chapitre. C'est là, derrière les fourneaux, qu'elle passe l'essentiel de sa vie religieuse à exercer le métier de cuisinière pour sa communauté.
Rien ne laissait alors présager que cette femme effacée, vouée au service des autres, deviendrait une figure marquante de la Résistance clandestine.
Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate et que la France se retrouve sous la coupe de l'occupation allemande, la ville d'Épinal se situe dans une zone géographique stratégique. Face à la détresse des prisonniers de guerre évadés, des soldats alliés et des fugitifs traqués par le régime nazi, Sœur Séraphin-Marie n'hésite pas à braver le danger. Profitant de sa position et de la discrétion qu'offre sa fonction, elle s'engage activement dans l'aide aux clandestins. Ravitaillement, soutien moral, abri temporaire : la religieuse met sa force et sa foi au service de la liberté. Cet engagement courageux et périlleux lui vaudra, au lendemain de la guerre, une reconnaissance officielle poignante : le Diplôme de la Commission Interministérielle des Passeurs, attribué pour l'aide déterminante apportée aux évadés et patriotes durant ces années difficiles.



Une fin de vie dans le calme d'Oberbronn
Éprouvée par les épreuves et la maladie, Sœur Séraphin-Marie rejoint l'infirmerie du couvent d'Oberbronn le 18 août 1947. Elle y passe ses derniers mois, entourée par sa communauté, avant de s'éteindre paisiblement le 1ᵉʳ février 1950 à l'âge de 54 ans. Elle repose aujourd'hui au cimetière de Niederbronn-les-Bains.
L'ancienne maison garde malade de Valff en face de la mairie était habitée par son ancêtre Thérèse HIRTZ [à lire : La maison des soeurs garde-malades].
La visite de Joe CALDER et son épouse Tracy à Valff

De gauche à droite : Anne HIRTZ, Germaine HIRTZ, Joseph CALDER, Tracy CALDER, et Vincent HIRTZ

New York chez Marie BURY-HIRTZ avec leurs enfants Marie, Frank, Frances et la maman de Joseph CALDER

Helene ROSFELDER, Joseph HIRTZ (grand père de Joe), Xavier HIRTZ, Marcel ROSFELDER, Camille HIRTZ et Alice FRINDEL dans la Rue Meyer en 1965

Marie et son mari Franck BURY originaire de la boulangerie d'Obernai BURY devant le maison à Commack à New-York

Marie HIRTZ, un des 11 enfants et Joseph CALDER, parents de Joseph CALDER

Vincent HIRTZ au Mont Saint-Odile avec les CALDER

Tracy et Joseph (Joe) CALDER

Ancienne photo de la maison

Devant la maison de Séraphin et Marie WILLMANN, Joseph, Xavier, Françoise et Joséphine, au 246 de la rue Meyer
Merci à Tracy et Joseph pour leur sympathie et visite à Valff !
Crédit photos :
- Fond BLUMER, archives de Strasbourg
- Fond Vincent HIRTZ
- Fond Antoine MULLER
- Photos d'illustration manquantes par IA
