Une inscription dans le registre des délibérations du conseil municipal de Valff de 1820, nous informe de la présence dans notre commune d'un certain Philippe BERGER, chirurgien. Qui était-il et quelles traces a-t-il laissées ? 

Sur les traces du chirurgien Philippe BERGER

Revenons à notre transcription dans le registre des délibérations. Il est écrit dans la séance du 21 avril 1820 : « Le Conseil municipal de la commune de Valff, vu la pétition du Sieur Philippe BERGER né à Hoettmansdorf en Autriche, chirurgien, ensemble le renvoi de Monsieur le Préfet du Bas-Rhin en date du 1ᵉʳ mars dernier, ledit Sieur Berger, actuellement domicilié en cette commune de Valff aux fins d'obtenir des lettres de naturalisation en France, vu l'acte de mariage dudit Sieur BERGER et le certificat qui lui a été délivré par le Maire de cette commune et sur l'attestation de deux habitants notables, constatons sa bonne conduite et son moyen d'existence, considérant que le Sieur Berger a épousé une française, qui, par son mariage fut allié à une famille honorable de cette commune et que pendant son séjour, il a validé et donné les preuves d'une Conduite et d'une Moralité sans reproches, considérant qu'il justifie de ses Moyens d'existence un état assez lucratif pour qu'il n'est pas à craindre qu'il devienne une charge à sa nouvelle Patrie adoptive, mais au contraire qu'il y a lieu d'espérer qu'il devienne un citoyen utile, estimons qu'il y a lieu d'admettre la demande du Sieur Berger tendant à être naturalisé français. 

Fait et délibéré en conseil municipal au jour et mois et an que dessus »

Signé : KLEIBER, ROSFELDER, SAAS, WERCK, HIRTZ, JORDAN, HIRTZ, KLEIBER, MULLER et le maire ANDRES

À partir de ce document, nous découvrons que Philippe BERGER est marié à une française, qui n'est pas nommée, et qu'il est originaire d'Autriche, précisément de Hoettmansdorf. 

Que fait un autrichien en Alsace en 1820 ? 

Il faut rappeler qu'à partir de 1815 et de l'abdication de Napoléon, on estime à 40 ou 50 000 soldats autrichiens, wurtembergeois et bavarois, qui se sont déployés et ont été cantonnés en Alsace. Il est donc possible que Berger ait servi dans l'armée d'occupation, se soit démobilisé puis se soit marié. Comme nous allons le découvrir, cette hypothèse va se confirmer.

État de l'armée d'occupation en 1817. Andlau 240, Barr 440, Obernai 550, chiffre en hausse pour les années suivantes

Hoettmansdorf en Autriche

Le village d'antan en Autriche s'appelle aujourd'hui Hettmannsdorf. C'est un quartier du village de 1600 habitants de Würflach qui se trouve à 55 km de Vienne, 90 km de Bratislava en Slovaquie, 90 km de Graz ou encore 140 km de Linz

Le clocher de l'église St-Blaise de Valff a dû lui rappeler celui de son village natal

Quel est le nom de la femme de Philippe BERGER ?

C'est le recensement de la population à Valff entre 1836 et 1846 qui nous renseigne. Son nom est SCHWIND Christine. En 1836, le couple vivait au nᵒ 204 de la rue Principale. Ils partageaient la maison avec le fils de Christine, un séminariste du nom de Charles GALIAN ou GALLIAN.

Christine SCHWIND

Christine est née à Valff le 8 juillet 1778, fille de Charles Christian SCHWIND, chirurgien, originaire de Willstatt dans le Bade-Wurtemberg et petite fille d'un pasteur protestant. Son père s'était marié avec une fille de Valff, Catherine Martz et a eu 10 enfants.    Christine était mariée en première noce avec le secrétaire et employé des vivres aux armées ou encore écrivain, Alexandre Gaspard GALLIAN ou GALIAN. Ils habitaient à Strasbourg, au 60, quartier des Souabes, et au 15 de la rue des Dentelles. Ils auront, Christine Salomé, décédée à trois ans, Amélie, morte à un an, Louis Joseph, mort à trois ans. Au décès de ce dernier, nous apprenons qu'Alexandre GALLIAN, le père, était décédé. Point intéressant, les témoins sont un musicien et un maître de danse. Ils ont également eu Charles François Joseph, né en 1812 à Strasbourg et qui se vouera à la prêtrise. Il décèdera à Valff en 1883.

Recensement à Valff de 1836

Les informations concernant le chirurgien

Nous disposons de plusieurs sources d'événements où le chirurgien BERGER a laissé des traces :

Les mémoires de Florent WUCHER

« En juin 1836, moi, Florent WUCHER, j'ai été victime d'un grave accident ! Le malheur s'est déroulé près du pont de pierre à l'ouest du village. Je marchais tranquillement entre mes deux chevaux qui tiraient la carriole chargée d'une cuve remplie d'eau qui devait servir à arroser le tabac, quand, soudainement, un des chevaux rua, me projetant à terre. En tombant, j'ai roulé sous la charrette et la roue roula sur mon pied gauche. Mon fémur se retrouva broyé en six morceaux et le tibia en trois ! J'ai dû garder le lit pendant 18 semaines après trois opérations. Toutes ces interventions se sont déroulées dans d'insupportables souffrances et le tout sans anesthésie. J'ai enfin pu déposer mes béquilles à la Pâques de l'année suivante. Les frais d'honoraires du Docteur MEYER s'élevèrent à 150 francs et ceux du chirurgien Philippe BERGER à 100 francs. L'ensemble des dépenses médicales grimpa à plus de 800 francs ».

Une épidémie de typhus à Valff en 1854 : 16 personnes dans la même maison, 7 dans le même lit ! 

 Un rapport du Conseil municipal indique : « L'épidémie aurait débuté chez la famille Frédéric FLOTTHAU, journalier au 36 de la rue Principale.  La famille était composée du père, Frédéric, originaire d'Allemagne, 61 ans, de la mère, Thérèse FLENCH, 45 ans, et des enfants, François, 15 ans, Françoise, 13 ans, Bernard, 11 ans, Aloïse, 8 ans et Marie-Anne, 5 ans. C'est la promiscuité qui permit à la maladie de s'étendre. Dans la même maison s'entassait également le tisserand Joseph HEUSSLER, 33 ans, ainsi que sa femme Marie-Anne ROSFELDER, la famille du tisserand de Jean-Baptiste PHILIPP, 40 ans, avec sa femme Marie-Anne SCHREINER, le nourrisson Auguste Philippe WIMON, le tisserand George SAAS, 43 ans, sa femme Barbe SCHNEE, 45 ans, ainsi que leurs fils Jean, 11 ans et George, 6 ans. En tout 16 personnes ! »

Les conditions de vie sont catastrophiques ! Le Maire rapporte que la famille FLOTTHAU vit à sept dans une seule et unique chambre et qu'ils dorment tous dans le même lit dépourvu de linge ! Le Maire propose de transférer au moins quatre des enfants à l'hôpital d'Obernai afin que l'on puisse mieux s'occuper des trois autres. Le Conseil municipal se propose de régler les frais d'hospitalisation, comme précisé, c'était déjà le cas pour les quatre membres de la famille NACHBRAND dont trois viennent de sortir de l'hôpital et le quatrième est en voie de guérison. Les frais d'hôpitaux sont fixés à 90 centimes par personne et par jour.

Les dépenses de frais d'hospitalisation pour la commune s'élevèrent pour l'année 1854 à 273 francs et 5 centimes. On demanda même l'aide du médecin de la faculté de médecine de Strasbourg, BERGER, à qui on versa 50 francs supplémentaires ».

Philippe BERGER à la faculté de médecine de Strasbourg ?

La famille BERGER disparut du recensement de Valff de 1846. Philippe et Christine sont-ils décédés dans la région de Strasbourg ? Fouillons un peu ! À force de persévérance, il a été possible de mettre la main sur l'acte de mariage de nos intéressés.

Comme on pouvait le supposer, le chirurgien avait un rapport avec l'armée : les quatre témoins sont des militaires. Le couple s'était promis le oui pour la vie, le 26 mai 1819. D'après l'acte, Philippe habite et s'est marié à Haguenau. Il est le fils du laboureur Jean Berger, décédé en Autriche, et de feu Thérèse KUFFER. Il est né le 15 août 1780. En 1817, il y avait 3164 militaires autrichiens et autres alliés, cantonnés à Haguenau.

Christine est également notée domiciliée à Haguenau. Que faisait-elle là-bas ? Le recensement de 1819 d'Haguenau ne mentionne aucun des deux époux.    On apprend que son feu-mari Alexandre Gaspard GALLIAN était employé à la loterie à Strasbourg et qu'il est décédé le 9 décembre 1813 dans cette ville (l'acte est manquant). Où sont-ils allés par la suite ? Nul ne le sait pour le moment. Mais qui sait ? Nous restons sur les traces du chirurgien Philippe BERGER ...

Les chirurgiens ruraux

  1. Contexte historique : Au début du XIXe siècle, la chirurgie était en pleine évolution. Les pratiques chirurgicales commençaient à se professionnaliser, mais les anesthésies modernes n'étaient pas encore disponibles, rendant les interventions extrêmement douloureuses.

  2. Formation et pratiques : Les chirurgiens de cette époque, comme Philippe Berger, furent souvent formés de manière informelle, par apprentissage ou dans des hôpitaux, la formation formelle en médecine n'était pas toujours aussi rigoureuse qu'aujourd'hui.

  3. Rôle dans la communauté : Les chirurgiens de l'époque avaient généralement un rôle central dans leur communauté, traitant non seulement des blessures, mais aussi des maladies courantes, ils étaient aussi dentistes, arracheurs de dents. Ils pouvaient être appelés à l'aide lors d'accidents, de guerres ou d'épidémies.

Sources : Archives de Valff. Illustrations IA

Un peu d'histoire

De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

Depuis, le devoir de mémoire de notre village alsacien se poursuit semaine après semaine.