- Écrit par : Rémy VOEGEL
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Le Mont Sainte-Odile et son couvent constituent un site archéologique majeur et une destination de randonnée prisée. Ses bouleversements et étapes historiques ont conduit à la renommée du site tel que nous le connaissons. Alors grimpez sur vos ânes et ... c'est parti !
Archéologie
Chaque visiteur du mont Sainte-Odile garde en mémoire la belle œuvre de sculpture romantique qui se trouve dans le cloître de la chapelle. Ses trois faces visibles représentent la donation du monastère à Odile, l'évêque Saint Léger, ainsi que la présentation d'un livre à la Madone par les abbesses Relinde et Herrade.
Depuis longtemps, la question de savoir si la quatrième face du bloc, encastrée dans le mur, présentait également des sculptures ou des inscriptions intéressait tous les amateurs d'art ancien alsacien. Monsieur le chanoine STRAUB a désormais fait procéder au dégagement prudent de la face cachée. Il en est ressorti que cette quatrième face ne présente aucune sculpture ni écriture. La pierre est par ailleurs fissurée depuis longtemps et, de ce fait, il a paru prudent de renoncer à la déplacer vers un autre lieu.
Il y a quelques semaines, un couteau en bronze préhistorique a été trouvé sur le plateau de la montagne, à proximité du monastère. Il se distingue par un bourrelet en forme d'anneau situé au-dessus de la poignée. Il s'agit d'une forme qui diffère de tous les couteaux trouvés jusqu'à présent en Alsace. »

Dans le Lothringer Zeitung du 19 février 1895, nous pouvons lire que les préparatifs nécessaires à la construction de l'hôtel de cure (Kurhotel) prévu depuis quelques années sur le Mont Sainte-Odile vont désormais être menés avec un grand zèle. D'autres rapports situaient le chantier à proximité de la source d'Odile, donc tout près de l'hôtel déjà établi au sommet de la montagne. Contrairement à cela, on peut informer les nombreux visiteurs des Vosges que le terrain acquis pour la construction est situé à environ 100 mètres de la chapelle Saint-Jacques (actuellement domaine St Jacques), restaurée l'année dernière.
Cette dernière se trouve non loin du domaine de Niedermünster, situé au pied de la montagne, qui appartenait jusqu'alors à la famille TAUFLIEB de Barr (dont l'ancêtre juif de Valff se converti au catholicisme en 1781, en savoir plus : La saga de la famille TAUFFLIEB) et qui a été cédé l'année dernière à l'évêché de Strasbourg. Par conséquent, l'auberge qui s'y trouve cessera d'exister à la fin du bail actuel. Cette halte était bien connue de tous les visiteurs des Vosges.

Hôtel St Jacques 1908 (Fond Blumer, archives de Strasbourg)
Afin d'offrir une alternative aux pèlerins, touristes et excursionnistes, le propriétaire d'auberge Vormwald d'Obernai (Oberehnheim) a entrepris de construire un hôtel à proximité. Par décision du conseil du syndicat de Barr et de quatre communes participantes, le droit a été accordé au constructeur, sous certaines conditions, d'extraire les pierres nécessaires dans les forêts de ces communes et d'installer une conduite d'eau à partir des sources jaillissant aux alentours.

Hôtel Vomwald à Obernai. Charles VORMWALD, créateur de l'hôtel St Jacob au Mont St-Odile (domaine St Jacques)
Pour que l'hôtel puisse être atteint confortablement en voiture ou à pied depuis les hauteurs du mont Sainte-Odile, de Barr et d'Obernai, de bons sentiers et routes seront aménagés. À cette occasion, le projet de relier le mont Sainte-Odile au Hochwald par une route carrossable refait surface. La chapelle Saint-Jacques constituera également un nouveau point d'attraction pour les pèlerins, les touristes et les amateurs d'antiquités.

Intérieur de l'hôtel St Jacques, salle à manger 1909 (fond Blumer, archives de Strasbourg)
La Metzer Zeitung du 13 février 1902 apporte des précisions financières et organisationnelles importantes sur le projet d'hôtel mentionné dans les documents précédents. « Oberehnheim [Obernai], 11 février. La question de la construction d'un hôtel sur le très fréquenté Mont Sainte-Odile (Odilienberg), restée longtemps en suspens, est désormais résolue. Une société par actions au capital social de 100 000 marks a été constituée ». Le conseil de surveillance se compose alors de :
- Monsieur RUDLOFF d'Obernai
- Le professeur Dr. EUTING de Strasbourg (1)
- Le membre de la délégation régionale A. LAUGEL de Saint-Léonard
- L'architecte BRION de Strasbourg (2)
- L'aubergiste VORMWALD d'Obernai
- Charles SIEGFRIED de Strasbourg
L'hôtelier Ludwig BRAUER, anciennement de Ribeauvillé (Rappoltsweiler), a été désigné pour diriger l'hôtel. L'imposante nouvelle construction s'élèvera dans un emplacement magnifique au milieu de la forêt, à environ 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. Un élément d'importance pour l'entreprise est la nouvelle ligne de chemin de fer allant de Rosheim à Saint-Nabor, d'où l'hôtel pourra être atteint en 45 minutes environ.

La cour des tilleuls
Inventaire et relevé des sources d'eau
La source liée au Mont est un élément majeure de son infrastructures pour laquelle nous retrouvons trace dans la presse de l'époque.


1849
Histoire du couvent au XIXe siècle
Lors de la période révolutionnaire, le convent avait été confisqué et vendu comme bien national. Il passa ainsi entre plusieurs mains privées (dont le chanoine RUMPLER). Le général d'Empire Louis-Jacques de COEHORN achète le site en 1798. Sa famille en reste propriétaire pendant plus de trente ans. En 1832, le site change à nouveau de propriétaire (M. MUTSCHLER puis M. SCHUTZENBERGER).
1853, c'est la date clé. Monseigneur ANDRES (André RAESS), évêque de Strasbourg, rachète le Mont Saint-Odile grâce à une souscription publique pour lui rendre sa vocation religieuse.





1848

Hôtellerie

1829

Bâtiment Saint-Léon, première hôtellerie construite en 1738

Le même bâtiment, surélevé d’un étage en 1899

1830

Le « fameux » prince mentionné ici est très certainement Alexandre de HOHENLOHE (1794-1849). Prêtre et futur évêque, il était célèbre dans toute l'Europe des années 1820 pour ses prétendues guérisons miraculeuses par la prière à distance. C'est à cela que l'article fait référence en parlant ironiquement de sa « manufacture de miracles ». Cet achat reste une rumeur.


1840
Les voies d'accès
Routes construites par l'évêché de Strasbourg



Entretien et construction des chemins et routes
25 mai 1899, concernant les projets d'infrastructures en Alsace. La construction et le nouvel aménagement d'une route carrossable reliant Hohwald au Mont Sainte-Odile (Odilienberg), ainsi que d'une autre route partant de Barr, traversant la vallée de Barr via le Maennelstein pour rejoindre la route susmentionnée, débuteront encore cette année. Les travaux doivent être menés de manière à ce que les deux liaisons vers le Mont Sainte-Odile puissent être mises en service dès l'année prochaine. Grâce à ces deux nouvelles routes, la circulation dans cette belle partie des Vosges sera grandement favorisée et l'exploitation de vastes zones forestières sera considérablement facilitée. La route Hohwald-Mont Sainte-Odile aura une longueur de 9,8 km ; celle partant de Barr par le Maennelstein, se raccordant à la route précitée depuis la place du bois (Holzplatz), sera nouvellement aménagée sur 5,60 km. À l'avenir, la longueur de la route carrossable entre la gare de Barr et le Mont Sainte-Odile sera d'un peu plus de 10 km.

Strasburger Neuesten Nachrichten du 11 novembre 1902
« [...] Pour le chemin vicinal Lützelhausen-Mühlbach, le classement en route vicinale est demandé. Les coûts globaux de la remise en état s'élèvent à 11 500 Marks, dont 7 500 Marks seraient à la charge du District. En outre, le classement de la route allant de Barr par le Holzplatz vers la nouvelle route vicinale Sainte-Odile (Odilienberg)–Hohwald est proposé comme route vicinale. Pour la construction de la route vicinale Hohwald–Sainte-Odile et du chemin vicinal Barr–Holzplatz, les coûts se sont élevés au total à 111 512 Marks, desquels ont été payés : 63 070 par les fonds du Pays (Landesfonds), 34 005 par les fonds du District, et 12 000 par Barr et le syndicat forestier.
Les 2 436 Marks encore dus ont été transférés sur les fonds du Pays. L'extension de la route maintenant demandée nécessitera 12 500 Marks, dont 4 500 Marks doivent incomber au District et sont inscrits au budget prévisionnel pour 1903 ».

La route de Klingenthal (Fond BLUMER, archives de Strasbourg), colorisation par IA

1874
Aéronautique et automobile

Strasbourg, le 11 août 1896. Le ballon militaire qui, comme déjà annoncé, a effectué un vol libre samedi dernier, s'est d'abord dirigé vers le sud-ouest jusqu'à Dambach. Là, il a changé de trajectoire et a survolé l'Odilienberg [Mont Sainte-Odile], Girbaden, Struthwald, Zabern [Saverne] et Buchsweiler [Bouxwiller] directement vers le nord. Après 8 heures de vol, l'atterrissage s'est déroulé sans difficulté sur le Bastberg près d'Imsheim-Neuweiler. L'altitude maximale atteinte par l'aéronef était de 1500 mètres.

Extrait du journal Le Lorrain du 31 août 1897

(1) Le Professeur Dr. Julius EUTING (1839-1913) faisait partie du conseil de surveillance de la nouvelle société par actions créée pour construire l'hôtel sur le mont Sainte-Odile. Voici quelques précisions sur cet homme illustre, dont la présence dans ce conseil d'administration n'était pas un hasard :
- Un savant de renommée mondiale : À l'époque de l'article (1902), il était le directeur de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. C'était un orientaliste et épigraphiste célèbre, spécialiste des inscriptions sémitiques, ayant mené d'importantes expéditions en Arabie.
- Un amoureux des Vosges : Passionné par la montagne, il fut l'un des membres fondateurs et le président du Club Vosgien (Vogesenclub). Son implication dans le projet d'hôtel s'explique par son désir de promouvoir le tourisme et l'accès à la nature, thèmes récurrents dans vos documents qui mentionnent l'aménagement de sentiers et de routes pour les pèlerins et touristes.
- Lien avec le mont Sainte-Odile : il aimait tellement ce lieu qu'il passait beaucoup de temps au couvent. Pour l'anecdote, il a même demandé à être enterré non loin de là ; sa tombe se trouve d'ailleurs toujours au-dessus d'Ottrott, au pied du mont Sainte-Odile, sur un rocher qu'il affectionnait particulièrement.
Sa présence dans ce projet garantissait sans doute une certaine rigueur scientifique et un respect du patrimoine, alors que le site connaissait de grandes transformations avec l'arrivée du chemin de fer de Rosheim à Saint-Nabor.
(2) Paul BRION (1866-1928), un architecte strasbourgeois de grande renommée à cette époque. Voici ce que l'on sait sur lui et son importance dans le contexte de vos documents :
- Un architecte de premier plan : Membre du conseil de surveillance du projet hôtelier, il était l'un des architectes les plus en vue de Strasbourg au tournant du siècle. Il a notamment marqué l'architecture de la Neustadt (le quartier impérial de Strasbourg).
- Spécialiste du style régionaliste : Paul BRION était connu pour son utilisation de styles néo-Renaissance et de styles pittoresques alsaciens. Sa présence suggère que l'hôtel prévu sur le Mont Sainte-Odile devait avoir une allure monumentale tout en s'intégrant dans le paysage forestier des Vosges, à 600 mètres d'altitude.
- Projets notables : On lui doit plusieurs bâtiments prestigieux à Strasbourg, mais il est surtout célèbre pour avoir collaboré à la reconstruction du château du Haut-Koenigsbourg aux côtés de Bodo EBHARDT, peu de temps après la période de votre article.
- Expertise technique : sa participation au projet était essentielle pour gérer les défis techniques mentionnés dans vos documents, comme l'acheminement de l'eau depuis les sources environnantes et l'utilisation de pierres extraites des forêts locales pour l'imposante nouvelle construction.
En résumé, la présence d'un architecte de cette stature, aux côtés du savant Julius EUTING, montre que la construction de cet hôtel sur l'Odilienberg était un projet de très grande envergure, soutenu par l'élite intellectuelle et technique de l'Alsace de l'époque.
Source : Gallica