- Écrit par : Rémy VOEGEL
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Les registres d'églises font également partie des potentielles sources précieuses pour nous informer des noms d'aubergistes au XVIIIe siècle. Nous allons même découvrir, à notre grande joie, un nouveau nom d'enseigne.
Les registres paroissiaux et comptes des seigneurs d'Andlau
Les comptes des seigneurs d'Andlau renferment les détails de l'Umgelt, la taxe sur les débits de boissons.

Nous découvrons les noms des aubergistes de Valff pour les périodes d'avant la révolution :
L'auberge de Jean-Jacques HEBER
Le 10 novembre 1689 naissent les jumeaux, Eve et Martin, enfants de HEBER Jean-Jacques, aubergiste, originaire de Grub dans le Val de Villé, et LINCK Marie. Marie, née le 14 juillet 1659 à Gengenbach, Hesse en Allemagne, décède à Valff en 1726.

Acte de sépulture du curé Thiébaut Haenner « En l’an de grâce 1728, le 19 novembre précisément, est décédée Anna-Maria Linckmännerin, épouse de Jean-Jacques Heber, ancien (hospes), (c’est-à-dire hôte ou personne hébergeant ou logeant des militaires). Ayant reçu les sacrements de l’Eucharistie et de l’extrême onction, elle a été inhumée par moi, le soussigné, dans le cimetière de Valff, à côté de Marguerite (la chapelle ou une statue de Marguerite). Étaient présents deux enfants, l’un de Nieternehheim (Niedernai), l’autre de Valff, qu'elle repose auprès de toi ».

L'aubergiste Jean-George BAUMERI
Le 1ᵉʳ février 1783 décède Jean-George BAUMERI à 49 ans, époux de VOEGEL Anne-Marie. Le 31 octobre 1779, le Schulteiss de Valff, Bläss DIEHLMAN, fait une requête auprès de la Régence afin de trancher un litige qui oppose Jean-Jacques WILLMAN, boulanger de la boulangerie communale et « quatre mutins » menés par Jean-Georges BAUMERI, boulanger et aubergiste ainsi que François Joseph HABERER, également boulanger à Valff. Une réunion est organisée à l'auberge de la veuve de feu François Joseph NEFF où se tiennent ordinairement les assemblées du conseil municipal.
Le prévôt explique au greffier que leurs ancêtres ont, depuis plusieurs siècles, utilisés un four banal où tous les habitants sans exception étaient tenus de faire cuire leur pain de ménage. Cet établissement a toujours été d'une grande utilité. Une des raisons du four est que la consommation de bois aurait quadruplée si chacun avait cuit son pain individuellement. En plus, les habitants sont dépourvus de forêt en bien propre et le bois coute cher. Un autre avantage est la crainte d'incendies, car les toits des granges et des écuries sont couverts de chaume. La boulangerie communale a été, depuis des temps immémoriaux, louée à des boulangers qui se sont bien acquittés de leur devoir. Il leur est par contre interdit de cuire un autre pain que du pain de ménage. Le boulanger actuel a écopé d'une amende pour cette raison.
Dans la commune, il y a un autre boulanger qui, lui, est tenu par parité à ne cuire que du pain blanc. Or celui-ci porte plainte contre le premier en affirmant qu'un boulanger est largement suffisant dans la commune, que la consommation de bois serait encore moins grande s'il n'y avait qu'un four, et que si le boulanger du four banal cuisait mieux le pain des habitants, ceux-ci ne bouderaient pas son fournil. Le greffier, tentant d'argumenter en faveur du boulanger WILLMAN exploitant du four banal, demande aux bourgeois et habitants de délibérer. Les uns refusent d'être mêlés à cette histoire et les autres veulent laisser les choses en l'état. S'ensuit un tohu-bohu général au point que le greffier, furieux, prend ses cliques et ses claques et quitte le village. Peut-être les habitants s'étaient-ils souvenus du proverbe alsacien : « Il vaut mieux pain en poche que plume au chapeau » (Besser Brot em Sack als Fader am Huet).
Il semble que le décès du boulanger WILLMAN en 1784 sonna également le glas du four banal. Les comptes de la commune de 1788 ne font plus mention de la location d'un four communal. Il mourut à l'âge de 36 ans. Le sort de BAUMERI ne fut pas meilleur, il décéda un an avant WILLMAN à 49 ans. En 1793, la location du four banal rapportait à la commune 30 livres annuels (environ 600 euros).

L'auberge « Aux trois rois » de Blaise JORDAN
Le 8 juillet 1791 naît Blaise JORDAN, époux de NEFF Catherine. Il est le fils de Blaise, aubergiste de la taverne « Aux trois rois ». Yes !


« Cauponis ad trea rexes », aubergiste au trois rois

La seconde mention de son auberge date de la révolution. En 1794, les comptes de la commune chiffrent la somme de 440 deniers et 80 centimes de frais de bouche dépensés dans son auberge. Blaise est né en 1762. Il a épousé Catherine NEFF, la fille de Materne NEFF dont nous avons parlé dans la première partie de cette série. Tous les indices nous relient donc à l'auberge de l'arbre vert qui se situait en face de la mairie actuelle. Toute la famille NEFF était active dans cette auberge. Blaise n'aura que deux enfants, Blaise qui sera agriculteur et François qui décèdera à 21 ans. Au décès de son fils, Blaise, père, était désigné agriculteur. Lorsque ce Blaise décède en 1845, c'est son fils Blaise qui est désigné comme cabaretier. Par contre, la famille JORDAN ouvrira, comme nous avons pu le découvrir dans la première partie, leur taverne dans la rue des flaques.

Le cabaretier Sébastien KORMANN
Le 9 février 1688, Odile KORMANN, la fille de Sébastien, juge et aubergiste, épouse Théobald BÜRCKEL (Birgel). Le texte en latin peut se traduire comme suit : « Aujourd’hui, le 9 février de l’année susdite, moi Sébastien JARSON, curé dans le village de Valff, j’ai uni par le lien du mariage le respectable Théodore Büchsel, fils de [Lois] Bürckel, et Anna Catharina Korman, fille de Sébastien Korman, aubergiste de la ferme basse d'ici. Les trois publications de bans ayant été préalablement faites ».
Nouvelle information : il existait une auberge dans le bas-village exploitée par Sébastien KORMANN. Sébastien est le fils de Michael, fils de Sébastien. Pouvons-nous situer l'auberge ? Nous avons relaté l'existence au n°282 d'une auberge avec l'enseigne « À l'étoile ». La maison affiche la date de construction 1665. Dans le registre de renouvellement de biens de 1668, il est fait mention de Basten KORMANN dans la Krottengass (littéralement rue des crapauds, aujourd'hui rue Dauphin) à l'endroit du 282. Nous avons localisé le lieu de notre auberge !

D'autres renseignements ?
Sébastien, père, est né vers 1620. Il a épousé Catherine ROSFELDER. Leur fils, Jean, sera échevin de Valff (Schultheis). Le 20 mars 1733 nait KORNMANN Marie-Anne, fille de Jean, aubergiste, boucher, et de SCHNEE Ursule. En 1745, Sébastien et Jean KORMANN, descendants de Sébastien, né en 1620, (?) payent au seigneur d'Andlau pour la location d'une bergerie. Odile décède en 1727.
Le testament
Nous trouvons une autre trace de l'auberge de Sébasten KORMANN dans un acte daté du 21 octobre 1670. Daniel DERRENTING et son épouse Eva KIRCHNER ont invité le notaire d'Andlau à 14 heures dans l'auberge de Bastan KORMAN des Wüths Behausung pour rédiger leur testament. Sont présents le Schultheis, les membres du conseil (Gericht's) Lorentz JOST, Hans FREYDER le vieux, Hans SAAS, Michel KORMAN, Gall MARTZ, Bachen KORMAN ainsi que Mathis WEBER le Bott.

Christian STÖCKEL, l'aubergiste de la diligence

Dans les comptes des seigneurs d'Andlau de 1745, est mentionné l'aubergiste Der Einte Würth (aubergiste de La diligence) Christian STÖCKEL. Il paye l'Umgelt (l'angal, droit sur le débit de boissons) pour l'année 1744, à hauteur de 95 florins et 5 Schilling. En 1729, Jean-Christian a épousé Marie-Odile LUTZ, veuve de François Materne NEEF (NEFF), « lanionis et hospitis hujatis » (boucher et aubergiste) dans l'acte de mariage. En épousant Marie-Odile LUTZ, Christian a donc hérité de l'auberge de François NEFF. NEFF est décédé de mort brutale et subite en 1729. STÖCKEL décède en 1775.
Localisation ? Vraisemblablement dans l'auberge au centre du village qui servait également de tribunal et de lieu de réunion des notables, plus tard connue sous l'enseigne "A l'arbre vert" (en face de la mairie). L'auberge restera longtemps le bien de la famille NEFF. Le fils de Marie-Odile LUTZ et François Materne NEFF, Jean, qui épousera Marie-Anne VOEGEL exercera le métier d'aubergiste à son tour.

Johannes LUTZ, l'autre WIRTH, en 1745
Le détail des comptes de l'Umgelt (droit de débit de boissons) mentionne un nouveau nom : Diebold LUTZ.

L'auberge de Diebold LUTZ semble être aussi importante que celle de STÖCKEL, mentionnée plus haut. La taxe est même supérieure, soit 101 florins, 6 shillings et 6 Pfennig. Le Diebold ou Théobald qui tient la corde est celui né vers 1691. Il a épousé Catherine SAAS. Ils ont eu un fils prénommé Jean né en 1716. Est-ce ce Jean que nous découvrons en troisième position ? Possible. Il n'est imposé que de 24 florins et travaillait sans doute avec son père. Théobald décède en 1758, Jean en 1769, agriculteur, laissant sa veuve, Anna-Maria ÖRTHEL avec trois enfants.

François Joseph NEFF, le troisième aubergiste
En 1747 et avant, François Joseph est mentionné comme troisième aubergiste. Il paye 75 florins d'Umgelt.

BARACH, l'aubergiste juif
À partir de 1757 à 1749, il est fait mention de « BARACH den Judenwürth » (BARACH, l'aubergiste juif). Il paye 2 florins et 5 Schilling d'Umgelt.

Où se trouvait la maison de BARACH le juif ? Dans le renouvellement de biens de 1668, il est recensé la maison d'un BARACH le jeune, vers l'arrière, au sud du village, donnant sur le chemin près de la chapelle St-Blaise. Un BARACH le vieux habitait à l'endroit de l'actuelle synagogue. Un de ses fils, ou petit-fils, est peut-être le BARACH de 1757. Il aurait donc distribué quelques boissons, ce qui amena le seigneur à le ponctionner de seulement 2 florins.

Porte d'entrée de la synagogue de Valff
Carte des auberges
Retrouvez la localisation des auberges dont l'adresse est connue sur notre carte interactive :
Fin de cette série sur les anciennes auberges de Valff. Il est temps d'aller boire un verre à notre santé !
Sources :
- Adeloch
- Ellenbach
- Gallica
- Généanet
- Images d'origine illustrées et régénérées par l'IA
Autres parties :
- Les anciennes auberges rurales de Valff (troisième partie)
- Les anciennes auberges rurales de Valff (seconde partie)
- Les anciennes auberges rurales de Valff (première partie)
- Histoire de la salle polyvalente
- Le nouveau voyage d’une maison à colombages
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