Comment retracer la chronique du passé d'un village ? De nos jours il suffit de chercher la rétrospective d'un journal local. Mais peut-on remonter plus haut dans le passé ? C'est ce que nous allons essayer de faire avec la rubrique : Les Dernières Nouvelles de Valff. Comment allons nous nous y prendre ? La base des recherches se portera principalement sur les délibérations du Conseil Municipal et des témoignages de contemporains.

Jacques BAECHLER, né en 1813, et Marie Françoise HEISSLER, née à Valff en 1814

Histoire du Conseil Municipal

14 décembre 1789, les députés de la Constituante instaurent dans les communes l'élection d'un Conseil au suffrage censitaire, dont étaient seuls éligibles les citoyens dont les impôts payés dépassait une certaine somme appelé le cens ce qui équivalait à au moins trois journées de salaire d'un ouvrier. On considérait que les pauvres n'avaient pas assez de conscience politique pour voter ! En Alsace avant la Révolution, le chef du village, appelé le Schultheiss, était nommé directement par le seigneur ; à Valff, il s'agissait des seigneurs d'Andlau. Le Schultheiss était le représentant de ce dernier, celui qui représentait les habitants s'appelait le Heimburger. Mais revenons à notre Conseil municipal post Révolution. L'heureux élite devait avoir au moins 25 ans et était choisi parmi les membres du Conseil. Les années avant et après l'année charnière de 1789 peuvent nous éclairer sur l'ambiance et des évènements marquants de notre commune.

Les soubresauts d'une ère nouvelle

1788

  • 8 janvier : la commune vend par adjudication la petite maison du gardien qui tombe en ruine. Blaise KLEIBER l'adjuge pour 124 florins.
  • 28 mars : les figures marquantes de la commune se sont rassemblés dans l'école du village pour délibérer. Sont présents entre-autres le Schultheiss Blaise DIEHLMANN, le curé André SCHECK, le Heimburger Blaise RIEGLER et Blaise SCHULTZ. Les décisions suivantes sont prises :
    • Il faut réparer la grange de la commune utilisée par l'instituteur qui menace ruine. Budget 170 gulden.
    • Il faut réparer d'urgence l'école : on construira un puits, la cheminée du presbytère et le local de la garde de nuit qui se trouvent sous le même toit. En plus on facturera 14 000 clous en bois, 5 livres de poils de veaux pour l'école et de l'argile (Si quelqu'un aurait-il une idée à quoi 14 000 clous avaient bien pu servir ?). Les travaux sont lancés : le potier HEILIGENSTEIN de Barr maçonne un nouveau Kacheloffe, un verrier d'Obernai change des vitres et le ramoneur nettoie les conduits.
    • Il faut réparer le petit pont en pierre à la Hanftlach qui s'effondre.

Petite histoire de la Hanflach (littéralement flaque du chanvre) : Le terrain en bordure du chemin dit Hagelweg où se trouvait encore il y a quelques années l'ancienne décharge était utilisé durant des siècles au rouissage du chanvre. Au début du XXe siècle, il servit de glacière. Les dépositaires de bière de Barr et d'Obernai prélevaient en hiver des blocs de glace pour rafraichir leur bière.

Parmi les dépenses de cette année on note la somme de 1 Shilling payé au Wolfsschutzbung (la ligue de protection contre les loups fondée en 1505 par 37 localités du Ried) et des sommes payées pour des dégâts de grêle survenu en 1787, les cordes et une poulie pour les puits communaux, 2 litres d'huile d'olive pour l'horloge, la réparation de la cheminée de la salpêtrière, une choppe d'huile d'éclairage pour le gardien de nuit, les offrandes pour les pauvres, estropiés et religieux, le loyer foncier de l'école, les frais de bouche chez les 3 aubergistes du village lors de travaux de dîme, le passage de la maréchaussée ou pour les artisans, bergers ou garde-champêtres ou le salaire du fossoyeur.

  • 1er Weinmonat : Blaise SCHULTZ, Jean VOGEL, Mathias MARTZ, George ROSFELDER, Joseph JORDAN, Blaise ANDRES, Hans KLEIBER, Antoni SPECHT, Blaise KLEIBER, Hans DIEHL, Antoni MARTZ, Jacob HAMM, Blaise JORDAN et le curé SCHECK votent les délégués qui eux voteront les membres de Etats-généraux à Paris.
  • Juin : Le Schultheiss Blaise DIEHLMANN rassemble la populace au centre du village. Il lit une missive du Roi Louis XVI adressé à la population. Le monarque désire connaitre les prérogatives et les désirs du peuple. Il promet de résoudre tous les malentendus. Gentil roi !

Comptes de la commune de 1788

1789

Création de la Garde Nationale. Son objectif est le maintien de l'ordre public. A Valff on demande aux intéressés de se faire inscrire. Résultat : zéro volontaire ! Comme nous allons le voir plus tard le chemin de l'ordre républicain sera pavé d'embuches. Le moins que l'on puisse dire est que le zèle révolutionnaire n'avait pas encore atteint notre commune.

  • 15 janvier : les ecclésiastes sont tenus de jurer fidélité à la République. Le curé André SCHECK tient ce jour, et pour de nombreuses années, son dernier cours de religion.
  • 4 février : le contrôleur d'Andlau se présente à Valff pour superviser les comptes. Blaise RIEGLER lui présente les recettes et dépenses de la commune. Tous les membres du Conseils refusent de signer : « le maire DIEHLMANN n'a qu'à le faire, il gagne bien 24 Shilling pour son travail ! », note pour réponse le contrôleur. L'ambiance est au beau fixe !

L'esprit révolutionnaire pénètre doucement. Les comptes de 1789 relatent des dépenses : pour la cocarde achetée pour la milice de Barr, pour leur nourriture et la fabrication de drapeaux, 17 jours d'entretien des 2 représentants (députés) à Colmar. Pour 1890 on achète un tambour. Les comptes de la commune sont vérifiés, le commissaire aux comptes tire la conclusion suivante : « Faites le choix d'un citoyen intelligent qui maîtrise l'écriture et l'arithmétique pour rédiger les comptes, et fini de puiser dans la caisse de la commune pour des frais de beuveries et de bouche: que le maire et les officiers se pénètrent de vrais sentiments républicains ! ».

Compte-rendu du commissaire aux comptes

  • 16 avril : le roi supprime la dîme.
  • 10 mai : tout va à vau-l'eau. En ce qui concerne la grange de l'instituteur, il a fallu 4 séances du Conseil municipal pour arriver à un accord : les trois dernières, il n'y avait que 3 personnes présentes ! 
  • 14 juillet : prise de la Bastille à Paris !

  • 26 août : Blaise DIEHLMANN, l'ancien Schultheis démissionne. Blaise SCHULTZ est nommé maire.
  • Décembre : les biens ecclésiastiques sont confisqués.

Acte de démission du maire Blaise DIEHLMANN en 1789

1790

  • 3 janvier : Lorentz JORDAN et Blaide RIEGLER sont nommés assistants pour les procès criminels.
  • 24 janvier : la dîme que le roi avait promis de supprimer est reconduite pour 1790. Tout le monde à le droit de se tromper non ?
  • 15 février : coup de théâtre ! Le Conseil municipal porte plainte contre les Seigneurs d'Andlau qui ont osé couper un noyer et un cerisier gelé appartenant à la commune ! Du jamais vu et osé de la part des élus pour si peu ! Un souffle de rébellion plane sur les velléités.
  • 16 septembre : Jean Jacob SCHAEFFER d'Andlau, membre du Directoire du Bas-Rhin, fait rassembler les habitants. Tous les hommes doivent prononcer à peu près les mots suivants : « Je jure de soutenir de toutes mes forces la Constitution, de rester loyal au Roi et d'obéir à ses commandements ».
  • 21 septembre : Jean KRIEG et Jacques HAMM, les valets dîmiers de Valff, prêtent serment de fidélité au Chapitre d'Andlau. Les affaires reprennent !

Plus personne ne signe sous les 3 seules inscriptions dans les registres municipaux de cette année. Le chaos et la confusion règnent. Il n'y a plus personne à la barre de la commune. Plus de comptes de la commune, le village est livré à lui-même. La suite sera pire ...

Plantation de l'arbre de la liberté

Sources : Archives communales

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