- Détails
- Écrit par : Frédéric VOEGEL
- Affichages : 436
Un accident automobile mortel au nord de Strasbourg. La victime ? Le beau-frère de Paul DAIMLER (Mercedes). Le contexte : le délit de fuite aggravé de l'auteur et sa condamnation symbolique. Voici l'histoire inédite découverte dans les journaux de 1910.

Les détails
Voici un fait divers qui aurait fait la une d'Info Trafic Bas-Rhin s'il avait existé en 1910. Les faits : en marge de la course automobile du Prince Henri en Alsace et Lorraine en 1910 (le frère de l'Empereur) qui avait fait étape la veille à Strasbourg, le beau-frère de Paul Daimler, fils du co-inventeur du moteur à explosion (Gottlieb Wilhelm Daimler, dont l'entreprise deviendra la fameuse marque Mercedes), le lieutenant Wilhelm JACOB, 21 ans, militaire au 132ᵉ d'infanterie au fort Roon (fort Desaix aujourd'hui), entre en collision sur la route de Brumath avec sa motocyclette, peu après minuit, avec un véhicule décrit par le vigile du fort comme étant de couleur jaune, près de l'auberge « Zur Rose ».

Acte de décès du 9 juin 1910 de Wilhelm JACOB
Le choc est brutal. Les premiers témoignages sont accablants : les occupants de l'auto, loin de porter secours, auraient poussé le corps dans le fossé avant de s'enfuir. Transféré d'urgence à l'hôpital militaire de Strasbourg, le lieutenant Jacob succombera le surlendemain à un empoisonnement du sang. La police criminelle de Strasbourg lance un appel à témoins, traquant tout véhicule jaune potentiellement endommagé sur le flanc gauche. L'opinion publique est indignée.
L'enquête finira par aboutir et le conducteur retrouvé : il s'agit d'un dénommé Émile GERSTLÉ, employé de la brasserie Fischer à Schiltigheim. GERSTLÉ avouera que c'est lui, qui avec sa camionnette jaune dont la lanterne gauche était en panne, aurait bien pu être l'auteur de la collision mais sans s'en rendre compte. GERSTLÉ ne sera finalement condamné qu'à deux mois et une semaine de prison pour bonne réputation et situation atténuante : la motocyclette du lieutenant Jacob aurait été également privée de lumière.

Photo réalisée par l'IA de la famille Paul DAIMLER. Personnes de gauche à droite : frère d’Hélène DAIMLER, née JAKOB ; Julia MULLER, née SCHMID, nourrice au sein de la famille DAIMLER ; Hélène DAIMLER, née JAKOB, née en 1880 ; Hélène DAIMLER, née en 1917 ; Paul DAIMLER, né en 1869 ; Paul GOTTLIEB DAIMLER, né en 1909.

Article du Strasburger Neueste Nachrichten relatant le procès avec détails et témoins d'Émile GERSTLÉ, conducteur de la camionnette de la brasserie Fischer
Et pendant ce temps…

La course organisée par Henri, le frère de l'empereur Guillaume II, venait à peine de faire escale à Strasbourg. Le tracé a traversé l'Alsace puis Metz pour finir l'arrivée en Allemagne à Bad Hombourg près de Francfort. L'ironie de l'histoire est que le vainqueur de la course, Ferdinand Porsche, conduisait une automobile Daimler dont le directeur de la firme, Paul DAIMLER, était le fils du fameux inventeur du moteur à explosion, Gottlieb DAIMLER.

À part le journal Strasburger Neueste Nachrichten, aucun autre journal d'Alsace ne relayera vraiment l'incident. À l'arrivée à Bad Hombourg, les voitures Austro-Daimler rafleront les trois premières places, dont la première était pilotée par son directeur, Ferdinand Porsche. Ce succès fut si retentissant que le modèle victorieux sera commercialisé sous le nom d'"Austro-Daimler Prince Henry". Porsche utilisera la voiture gagnante pour son usage au quotidien. Le moteur était poussé par un 4 cylindres de 5,7 litres et 80 chevaux. Elle pouvait déjà atteindre les 132 km/h. Pour Porsche, et plus tard la marque Mercedes, c'est le début d'une grande histoire.

Ferdinand PORSCHE, vainqueur de la course du prince Henri en 1910

Plan de situation de l'endroit de l'accident édité dans le journal Strasburger Neueste Nachrichten.
Le procès
Traduction de l'article du journal Strasburger Neueste Nachrichten du procès d'Emile Gerstlé.
Un grave accident automobile
Session de la chambre correctionnelle de Strasbourg du 25 juillet 1910.
Alors que le souvenir de la mort du major Grundmann — qui avait perdu la vie dans la Schwarzwaldstraße lors d'une collision avec un fiacre automobile — était encore frais dans les mémoires, la nouvelle se répandit à Strasbourg, au matin du 8 juin de cette année, que le lieutenant Jacob, du 132ᵉ régiment d'infanterie, avait été renversé la nuit précédente par une automobile près du fort Roon, sans que l’on ait réussi à intercepter le véhicule. Les autorités déployèrent une activité fébrile, mais ne purent d'abord rien découvrir. Entre-temps, le lieutenant Jacob succomba aux blessures reçues lors de la collision, et l'on restait toujours dans l'incertitude concernant l'automobile.
Sur le monde automobile de l'époque pesait un fardeau oppressant, car toutes les voitures étaient regardées d'un œil plus ou moins suspect à la suite d'un avis de recherche du parquet. Certes, le défunt, un officier unanimement apprécié dans son régiment, n'était pas lui-même exempt de reproches, puisqu'il avait bravé le destin en roulant lui-même sans lumière la nuit de l'accident ; néanmoins, la conduite du conducteur de l'automobile, qui avait pris la fuite après l'accident en laissant la victime dans un état de détresse absolue, paraissait toujours aussi révoltante. Un soupir de soulagement dut donc traverser les cercles concernés lorsqu'on apprit que l'auteur des faits avait été arrêté et se trouvait déjà en sécurité. C'est sur le chauffeur Emil Gerstle, employé à la brasserie « zum Fischer » à Schiltigheim, que s'étaient portés les soupçons, qui parurent suffisamment fondés à la suite d'investigations complémentaires. Cette fois, l'histoire ne s'est pas répétée comme dans l'affaire Grundmann, où le coupable s'était lui-même tué dans un autre accident de voiture la veille de l'audience : le « vieux Dieu de la mort » a devancé le prévenu.
Sous la présidence du conseiller au tribunal de Strasbourg (Ferienkammer tribunal affaires pénales d'urgences) Stephan, l'accusé doit répondre de ses actes. Le public n'est sans doute pas très nombreux en raison de la séance du lundi. En revanche, la salle des témoins offre un aspect d'autant plus coloré. Les uniformes et les civils y sont largement représentés. Lorsque les témoins se retirent après avoir été avertis, on aperçoit sur une petite table devant le tribunal la roue avant brisée de la moto — la lanterne, le klaxon et d'autres pièces automobiles. La litewka (tunique) du lieutenant, totalement déchirée et maculée de sang, est également sur place. Adossés sur le côté reposent les tristes débris de la moto.

L'interrogatoire de l'accusé sur sa situation personnelle révèle qu'à l'exception d'une peine mineure — qu'il a subie pour avoir encastré une voiture à bras dans une vitrine avec un camion automobile —, il est sans casier judiciaire, marié et père d'un enfant. Jusqu'à présent, il jouit d'une bonne réputation. Il ne boit plus de manière excessive, comme c'est l'usage dans les cercles d'ouvriers brasseurs.
Gerstle est accusé :
-
D'avoir causé par négligence la mort du lieutenant Jacob, en ayant manqué à la vigilance à laquelle il était tenu de par sa profession.
-
En tant que conducteur d'un véhicule à moteur, d'avoir laissé la victime blessée lors de l'accident dans une situation d'impuissance.
L'accusé décrit d'abord le trajet qu'il a effectué le jour en question. Ensuite, accompagné d'un certain Röhly, il a conduit un camion lourd destiné au transport de tonneaux de bière, recouvert d'une bâche jaune, jusqu'à Schwindratzheim. Il s'est arrêté chez six aubergistes, chez chacun desquels il a bu deux verres de bière. L'obscurité était déjà tombée lorsqu'il est arrivé à Mittelhausen sur le chemin du retour, vers 21 h 15. Là, il dit avoir allumé ses deux lanternes, dont l'une ne brûlait que faiblement. Il doit admettre ne pas avoir vérifié les lanternes avant le début du trajet.
Gerstle avait deux lanternes différentes : une jaune, placée à droite, qui brûlait bien, et une blanche, placée à gauche, qui brûlait moins bien. À Vendenheim, la lanterne blanche s'est éteinte. Ils ont inséré une bougie dans celle-ci et ont emprunté un chemin interdit en direction de Vendenheim. Là-bas, Gerstle prétend avoir remonté les deux lanternes, de sorte que les deux brûlaient à nouveau. À proximité du fort Roon, il dit s'être rendu compte tout à coup que la lanterne gauche s'était éteinte ; il n'y a cependant plus pensé et a continué sa route. Après un moment, il est descendu et a inspecté l'automobile, mais n'a d'abord rien pu trouver ; plus tard, il a remarqué que le verre de la lanterne gauche était endommagé. À la question du président demandant si Röhly, le garçon-brasseur qui voyageait avec lui, était également descendu, il répond par la négative, ce sur quoi le président lui fait remarquer qu'il avait dit le contraire lors de l'instruction préparatoire. Il est établi que l'automobile est construite de telle sorte que Gerstle devait enjamber Röhly s'il voulait descendre, sans que ce dernier n'ait besoin de descendre en premier. Gerstle prétend n'avoir rien remarqué d'une collision. Il était 0 h 35 du matin lorsqu'il est arrivé chez lui.
-
Le Président : Quand avez-vous dit au chef-chauffeur König que vous aviez renversé le lieutenant Jacob ?
-
Gerstle : Quand j'ai appris qu'un lieutenant avait été écrasé, j'ai pensé que cela pouvait être moi.
-
Le Président : N'avez-vous pas expressément dit à König que vous aviez renversé le lieutenant ?
-
L’accusé : J'ai dit : « Oui, c'est moi. Le lieutenant a foncé droit dans la voiture, tu aurais dû voir ça. »
-
Le Président : Vous l'avez aussi avoué au gendarme ?
-
L’accusé : Je ne m'en souviens pas.
Le président constate ensuite qu'il est habituellement d'usage que les chauffeurs, lorsqu'ils rentrent tard le soir, ne se présentent au travail que plus tard le lendemain matin. Malgré cela, Gerstle s'est présenté au service dès 6 h le matin suivant la nuit du drame. Il a probablement caché la lanterne endommagée, qui a été retrouvée plus tard sous des vêtements dans le coffre d'une remorque inutilisée. Le président conseille à nouveau à l'accusé de passer aux aveux.
-
L’accusé : Je n'ai pas renversé le lieutenant.
L'interrogatoire de l'accusé est ainsi temporairement terminé, et la phase de présentation des preuves commence.

Le procès-verbal de la descente sur les lieux est lu. Il en ressort que la collision a dû avoir lieu sur la route nationale 6 (Staatsstraße 6), à une distance de 26 mètres de la bifurcation du chemin menant au fort Roon, et à 115 mètres de l'auberge « zur Rose » (comme illustré sur le plan incluant le fort Roon, la maison du garde-barrière, la trajectoire du camion et celle du lieutenant Jacob vers Strasbourg et Souffelweyersheim).
Outre plusieurs taches provenant d'une fuite d'huile, une grande mare de sang était encore nettement visible, ainsi qu'une profonde rainure sur le revêtement de la route, provenant manifestement du dérapage de la moto. Un grand morceau de tissu était resté collé à une pierre.
Après la lecture du procès-verbal de la descente sur les lieux, on passe à l'audition des experts.

Le premier expert, qui est également entendu comme témoin, est le médecin-major Wilhelm Abel, qui a prodigué les premiers soins au lieutenant Jacob blessé. Il déclare qu'en voyant le lieutenant pour la première fois peu avant 3 h du matin, celui-ci était un peu confus, mais donnait des indications assez claires. Il lui a dit qu'il venait du fort Podbielski en direction du fort Roon, qu'il roulait sans lumière et qu'il était entré en collision avec une automobile. Si cette automobile était éclairée ou non, il disait l'ignorer. Après la collision, il avait appelé à l'aide, à la suite de quoi des personnes du fort étaient venues le chercher. Outre de nombreuses écorchures cutanées, Jacob présentait de multiples blessures, dont une profonde plaie par écrasement au genou, une fracture des 4ᵉ et 5ᵉ côtes ainsi qu'une fracture du tibia. Le lendemain, son état était passable. Le soir du premier jour, Jacob n'avait pas de fièvre. Le matin du deuxième jour, le médecin a constaté une grave septicémie (empoisonnement du sang). L'épanchement dans la jambe gauche avait déjà progressé au-delà de la moitié de la cuisse. Une amputation de la jambe, unique chance de salut, n'était de ce fait plus possible. Bien qu'il ait incisé la cuisse sur toute sa longueur, il était trop tard. L'après-midi à 15 h, Jacob est décédé des suites de la septicémie, provoquée par la pénétration de la poussière de route dans la plaie.
Le deuxième expert, le médecin en chef Häberlein, s'associe aux déclarations du premier expert. Le lieutenant Jacob lui avait également raconté qu'il était entré en collision avec une automobile sans avoir rien vu auparavant. Il n'avait pas vu de lanterne sur l'automobile. Tout s'était passé si vite qu'il ne pouvait rien dire de précis.
Le premier témoin, le fusilier Eduard Scheele de la 9ᵉ compagnie du 132ᵉ régiment d'infanterie, était en faction devant le poste du Fort Roon entre 23 h et 1 h du matin. Il déclare qu'il faisait assez sombre. De loin, il a entendu le lieutenant Jacob arriver avec sa moto depuis le fort Podbielski, klaxonnant pour demander l'ouverture des portes. De l'autre côté, il a également entendu une automobile. Soudain, il a entendu le bruit d'une collision. Immédiatement après, l'automobile s'est arrêtée pendant environ une seconde, puis a repris sa route aussitôt. L'automobile a certes klaxonné, mais elle n'avait qu'une petite lumière faible, comparable à celle d'une bougie ou de pétrole.
Le témoin fusilier Heinrich Meier II a été appelé, a vu le lieutenant couché sur la route et l'a transporté avec d'autres personnes à l'auberge « zur Rose ». Le lieutenant Jacob avait déclaré avoir été renversé par une automobile. Lui et l'automobile n'avaient pas de lumière. La moto barrait la route, la roue avant s'était détachée et gisait plus loin.
Le sergent Oskar Noah dépose : « Je rentrais au fort à vélo un peu avant minuit en provenance de Strasbourg. De loin, j'ai entendu une automobile roulant à vive allure, et j'ai aussi entendu le lieutenant avec sa moto. À 5 minutes après minuit, le klaxon a retenti. L'accident s'était produit. Lorsque j'ai rendu visite au lieutenant le lendemain, il m'a dit qu'il roulait à droite, que l'automobile qui venait en face n'avait pas de lumière, et que c'était un véhicule jaune. »
Le sergent Gustav Herrmann était de garde cette nuit-là et a laissé entrer le sergent Noah. De loin, il a entendu le klaxon du lieutenant et, venant de la direction opposée, une autre automobile. Il discutait avec la sentinelle Scheele, qui lui a soudainement dit avoir entendu un bruit de collision. Juste après, le témoin a entendu un grand coup. Soupçonnant un coup de feu, il a envoyé le fusilier Meier sur la route. Ce dernier n'osant pas y aller seul, Herrmann l'a accompagné ; ils ont trouvé le lieutenant sur la route ainsi que la moto. Le lieutenant avait la tête sur le trottoir. Après le choc, le moteur de l'automobile s'est coupé (ou s'est arrêté) pendant environ 20 secondes.
Le témoin Josef König, chef-chauffeur à la brasserie Ehrhardt, a remarqué que Gerstle est arrivé au garage très tôt le matin suivant l'accident — avant 6 h —, bien qu'il soit rentré tard. C'était inhabituel. Lorsque le maréchal des logis est venu le voir à cause de l'accident, König a inspecté les lanternes avec lui. Il a alors remarqué que Gerstle, qui avait auparavant une lanterne jaune et une blanche, avait désormais deux lanternes jaunes sur son véhicule. Lorsqu'il a demandé à Gerstle ce qu'il en était, ce dernier a avoué avoir renversé le lieutenant. Il a ajouté : « Tu aurais dû voir ça. » Plus tard, il a tout avoué. Quand le témoin lui a demandé : « Et l'autre ? » (Röhly), Gerstle a répondu : « Il dormait. »
Aujourd'hui, l'accusé nie avoir fait cette déclaration.
Le maréchal des logis de gendarmerie Müller, chargé des investigations après l'accident, a constaté le lendemain sur la route la mare de sang et les éclats. Il a également constaté la rainure profonde traversant la route. Lors de ses recherches, il a découvert la lanterne d'automobile blanche, cachée sous des vêtements et des bouteilles de bière dans une remorque réformée.
Le maréchal des logis de gendarmerie Wannemacher, qui a dirigé l'ensemble des investigations et a arrêté Gerstle, atteste que Gerstle lui a avoué avoir renversé le lieutenant, ce qui est confirmé par le gendarme Müller, présent lors des aveux. L'accusé nie cela également aujourd'hui. Le témoin Wannemacher dépose en outre que le lieutenant Jacob avait l'habitude de rouler vite, mais que d'autres roulaient encore plus vite.
Le témoin Röhly, qui roulait avec l'accusé la nuit en question, est employé depuis des années à la brasserie Fischer. Il retrace le déroulement du trajet. À Mittelhausen, ils ont allumé les lanternes. La lanterne droite brûlait bien — plus tard, à Vendenheim, ils ont mis une bougie dans une lanterne qui brûlait mal. À Vendenheim, ils ont remis de l'eau dans une lanterne. S'il a rajouté du carbure, il l'ignore. De ce qui s'est passé plus tard, il ne sait rien, car il s'est endormi à partir de Vendenheim. Il ne s'est réveillé que lorsque l'automobile se trouvait à 2 kilomètres derrière le fort Roon. Les lanternes ne brûlant pas, cela a provoqué l'arrêt de l'automobile et le chauffeur est descendu. Ils ont alors rallumé les lanternes ; la bougie n'émettait qu'une faible lumière. Il ne peut pas dire si la lanterne droite était blanche ou jaune. Lorsqu'il est arrivé au dépôt le lendemain matin, Gerstle était déjà là. Pendant le voyage, ils ont bu environ 13 à 14 verres de bière. Le portier Georg Ditsch a ouvert la porte à l'arrivée de l'automobile à Schiltigheim. Röhly tenait une lanterne bien éclairée à la main. Il s'est également étonné que Gerstle soit venu travailler si tôt le lendemain matin.
Le machiniste Louis Denninger confirme ce dernier point. Le facteur Viktor Zimmermann à Mittelhausen était présent lorsque Gerstle a nettoyé une lanterne à acétylène avec une aiguille à tricoter.
L'épouse Katharina Bernhardt, aubergiste à Vendenheim, a donné à Gerstle la bougie qu'il a insérée dans la lanterne ; elle ignore dans quelle lanterne la bougie a été placée.
Le maréchal des logis Kiesewetter (Vendenheim) avait appris par enquête que, la nuit en question, une automobile de chez Fischer était passée par Vendenheim et y avait obtenu une bougie.
L'assistant postal Bastian à Vendenheim a vu, entre 23 h 30 et minuit, une automobile à 50 mètres de lui. Le feu gauche était éteint. Le feu droit (toujours du point de vue du chauffeur) était allumé. Il éclairait vivement.
Le policier Paulus pense, au vu des éléments, que la collision a eu lieu sur le côté droit de la route.
Parmi les témoins à décharge, l'aubergiste Eugen Meier de Brumath déclare : vers 23 h 30, une automobile jaune, faiblement éclairée, est passée par Brumath. Deux hommes étaient assis dans l'automobile, le chauffeur à l'avant.
Le procureur général déclare que cette automobile appartenait à un certain Schützenberger. Comme elle se trouvait déjà avant minuit à Strasbourg, elle n'entre pas en ligne de compte. Friedrich Schilp, venant de Lampertheim, a croisé l'automobile de Gerstle entre Lampertheim et Vendenheim. Elle avait une lumière vive, l'autre brûlait faiblement.
Le directeur de la brasserie, Theodor Koerttge, a exprimé au maréchal des logis Wannemacher son étonnement face à la vitesse à laquelle roulait le lieutenant Jacob. Il s'étonnait qu'un tel accident ne lui soit pas arrivé depuis longtemps.
Le directeur de la brasserie, Alfred Mühleisen, dresse le meilleur portrait possible de Gerstle. Il le décrit comme zélé, dévoué à son devoir, mais particulièrement timide et intellectuellement limité. Gerstle lui a avoué avoir renversé le lieutenant. Ce dernier roulait sans lumière. À cause du bruit que faisait le camion, il ne l'avait pas entendu venir. Le comportement actuel de l'accusé lui est incompréhensible. Il l'exhorte à réitérer ses aveux.
Enfin, le mécanicien Kranner est entendu en tant qu'expert. Selon lui, le lieutenant Jacob a percuté l'automobile de plein fouet avec sa moto alors qu'il tentait d'esquiver cette dernière. Comme l'automobile arrivait en sens inverse de manière non réglementaire et n'était éclairée que d'un seul côté, sa tentative d'évitement n'a pas pu réussir. Il a été percuté par la lanterne située sur le côté droit de la voiture et projeté au sol, après quoi l'automobile lui est passée dessus.

Le représentant de l'accusation, le procureur Schreiber, admet que Gerstle a été poursuivi par la malchance le jour en question. Néanmoins, il lui reproche de ne pas s'être tenu à droite, d'avoir roulé trop vite et de ne pas avoir klaxonné constamment. À l'issue des preuves, la culpabilité de Gerstle ne fait aucun doute. Lors de la fixation de la peine, la responsabilité partagée du lieutenant Jacob doit être prise en compte comme circonstance atténuante. Il requiert, pour blessures corporelles par négligence, un mois de prison, et pour infraction à l'article 22, alinéa 2, de la loi du 9 mai 1909, trois mois de prison, soit au total 3 mois et 1 semaine de prison.
Le défenseur de l'accusé, le conseiller de justice Jerschke, demande l'acquittement de son client, au motif qu'une faute pénale ne peut être prouvée à son encontre. Après une brève délibération, le tribunal prononce le verdict suivant :
Le prévenu est condamné à une peine totale de prison de deux mois et une semaine. La responsabilité partagée du lieutenant Jacob doit être prise en considération comme circonstance atténuante ; d'un autre côté, l'insensibilité du prévenu, qui s'est manifestée par le fait qu'il a laissé la victime à terre sans lui porter secours après l'avoir renversée, doit être dûment punie.


Publicité des établissements Émile MATHIS dans le Strasburger Neueste Nachrichten en 1906

Autres articles :
- La course automobile du prince Henri en Alsace et Lorraine en 1910 (épisode 1)
- La course automobile du prince Henri en Alsace et Lorraine en 1910 (épisode 2)
- La course automobile du Prince Henri en Alsace et Lorraine en 1910 (épisode 3)
- Accident d'Oberentzen de la course du prince Henri d'après le Nouvelliste d'Alsace-Lorraine
Sources :
- Gallica
- Généanet
- Illustrations IA