La guerre de 1870 restera dans les mémoires comme celle où la France perdante cédera l'Alsace et la Lorraine à la Prusse. Comment a-t-elle été ressentie en Alsace encore française ? Les journaux « Le Courrier du Bas-Rhin » et « Le Courrier des Vosges » vont nous dévoiler, jour après jour, les nouvelles civiles et militaires. Les deux journaux vont disparaître après l'annexion. Les dates indiquées correspondent aux dates de publication des journaux.
Semaine du 17 au 23 juillet

Strasbourg, 16 juillet. Les Préfets et sous-Préfets d'Alsace obéissent au décret impérial de Napoléon III, du 14 juillet, ordonnant la mobilisation dans leurs casernes respectives des classes 1863 (les classes 1864 et 1865 étant sous les drapeaux), 1866, 1867 et 1868. Les militaires de réserve sont invités à rejoindre leur affectation. Les hommes qui ont été autorisés à se marier sont également concernés. Tout manquement sera considéré comme une désertion.

Le 19 juillet, l'Empire français déclare la guerre à la Prusse. Les armées françaises opposent 300 000 soldats à 500 000 prussiens.


Sapeur : chasseur à pied, Strasbourg
Valff
À Valff, 25 jeunes vont prendre la direction de leur unité : parmi eux, Joseph SAAS, né en 1857 ; Xavier RIEHL, né en 1848, garde mobile de Sélestat ; Blaise KORMANN, né en 1849, défense du Territoire ; Joseph LUTZ, qui décéda en 1935 et qui dit avant de mourir : « Nous, les quelques survivants, allons bientôt rejoindre les autres. Mais nos camarades de « la Grande Armée des Cieux » voudront bien avoir l'amabilité d'accepter de patienter encore un peu ! » Joseph LUTZ s'éteindra en 1935.
En 1900, d'anciens soldats de Valff encore en vie qui avaient combattu les Prussiens en 1870 perçurent un dédommagement de la part du gouvernement français. Il s'agit de Mathieu LUTZ du 27ᵉ régiment de ligne : 43,64 francs ; Joseph BRAUNEISEN du 14ᵉ régiment de chasseurs à pied : 14,75 francs ; Jean Georges MUNCH du 2ᵉ régiment de génie : 25,75 francs ; Aloïse WERCK du 1er régiment d'artillerie : 59,10 francs ; Joseph SAAS du 12ᵉ régiment de ligne : 35 francs ; Antoine WUCHER du 1er régiment de hussards : 55 francs.

19 juillet
Les Français séjournant en Allemagne désertent le pays via la Suisse direction la France. Les Allemands font le trajet inverse. En Alsace, les hôtels sont bondés, certaines familles dorment dans les wagons en gare. Les prix des transports en fiacres et des logements flambent. On paye 150 à 200 frs pour un trajet de Bâle à Mulhouse, soit 2 à 3 fois le salaire d'un ouvrier. En Allemagne, il n'y a aucun doute, les habitants lancent à l'encontre des Alsaciens : « On va vous battre ! ». Les prix des denrées de première nécessité flambent. Les rumeurs farfelues enflent. Les banques sont assaillies. Les élèves du gymnase protestant de Strasbourg offrent 1100 frs. Les dons commencent à affluer.



20 juillet

Haguenau. Les foules se pressent à la gare pour accueillir et acclamer les troupes françaises qui arrivent par train rapide en route pour la frontière, « l'attitude de nos guerriers est enthousiaste ». On apporte des montagnes de saucisses et de petits pains, de bière, de cigarettes, etc. aux cris de « Vive la France ». Les hommes se découvrent : « C'est la France qui passe ! » Chaque rame transporte entre 1200 et 1500 soldats. Le Général de FAILLY et ses soldats crient en agitant leurs képis : « Vivent les gens de Haguenau. Vive les Alsaciens ! ».

Général de FAILLY (1810-1892)
Kientzheim. Les vignerons du coin ont envoyé 15 à 20 hl de vin à la gare à l'attention des soldats qui font une halte et qui remontent vers Strasbourg. Le vin et les miches de pain sont engloutis.

Strasbourg. Entre les appelés et les ouvriers allemands, certaines usines et entreprises alsaciennes ont perdu la moitié de leurs effectifs. On attend toujours encore le général MAC-MAHON. Voyant le train du général arriver sans lui, la fanfare a dû se replier place Broglie et a entonné la Marseillaise. Certains hauts gradés sont déjà présents, on cite les généraux UHRICH, ABATUCCI, DUCROT et de FONTANGES. Un caporal arrête un général prussien pris en flagrant délit d'espionnage.


Les brasseries, cafés et autres estaminets ne désemplissent pas : tout le monde cherche à avoir des nouvelles fraîches.

22 juillet
De nombreux pontonniers strasbourgeois et alsaciens, fils de bateliers et de pêcheurs, sont réquisitionnés et partent par le train sous les cris de la foule : « Vive les pontonniers, vive la France, à bas la Prusse ! » Malgré la tension, des journaux d'Allemagne et de Suisse sont encore distribués à Strasbourg. Au marché aux poissons de Strasbourg, les pêcheurs badois sont absents.
Neuf heures du matin, arrivée du polytechnicien, l'intendant général de l'armée du Rhin, WOLF, qui a passé sa jeunesse à Strasbourg où son père était sous-intendant.
23 juillet
Le pont tournant de chemin de fer côté Kehl a été miné par les Allemands. Il traîne maintenant étendu sur la berge du Rhin. Des cavaliers prussiens ont essayé de placer des engins explosifs sous le pont de Saarbruck. Des habitants, munis de gourdins et de fusils de chasse, se sont élancés en masse sur les soldats et les ont mis en fuite.

Le train de 11h30 a amené le maréchal MAC-MAHON en tenue civile à Strasbourg. Il s'est installé au quartier général du château impérial (aujourd'hui Palais du Rhin, place de la République). Les écuries se sont remplies des chevaux des estafettes. Les journaux alsaciens qui transmettraient (comme avant) des informations sensibles risquent une amende entre 5000 et 10 000 frs.




Cette première semaine après la déclaration de la guerre s'achève. La suivante sera-t-elle aussi tranquille dans nos villes et nos campagnes ? La suite au prochain numéro.
Sources :
- Gallica
- Illustrations IA
Autres articles :
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 17 au 23 juillet (partie 1)
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 25 au 31 juillet (partie 2)
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 1er au 7 août (partie 3)
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 8 au 14 août (partie 4)
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 15 au 21 août (partie 5)