Boire un canon, cul sec, avoir un coup dans le nez, être rond comme une queue de pelle, avoir les dents du fond qui baignent, avoir les pleins phares, être plein comme une carpette, etc. Toutes ces expressions dénotent d'une culture de la chopine avec expérience. Comme dans tous les villages, les auberges et autres troquets étaient nombreux. Nos anciens n'étaient pas inexpérimentés en la matière, et pour cause : pas de télé, des habitudes entraînées depuis la jeunesse, de bonnes épouses dont l'éducation était forgée dès la jeunesse à s'occuper des enfants et du ménage.
Début 1900, des débordements obligent le corps municipal de Valff à mettre un peu d'ordre. Il semble qu'à Valff les gorges sont souvent sèches. Il ordonne par arrêté municipal en 1912 :
- Après la sonnerie de la cloche du soir, dite « Betglocke » (La « Betglocke » ou cloche de l'heure de la prière, sonnait trois fois par jour, dernier appel 18 h), il est interdit de faire du vacarme et interdit de chanter à tue-tête dans la rue. Quoi ? C'est pas moi, enfin, je ne m'en souviens pas !
- Donc, fermeture des auberges à 22 h 00.
- Il est strictement interdit de tirer dans les troquets avec des carabines, à balles ou projectiles divers ! Quoi ? On peut même plus s'amuser !
Mais rassurez-vous, l'administration allait se rattraper deux ans plus tard. On estime à plus d'un milliard, le nombre d'obus tirés pendant la Première Guerre mondiale. Les chants militaires et les airs martiaux se multiplieront aussi… et deviendront même obligatoires. On fournira aux soldats des litres et des litres de vin pour les aider à supporter les affres de la guerre. Aubergiste, un canon s'il vous plait !
1921
En vertu du règlement communal de 6 juin 1895, l'arrêté préfectoral ordonne la fermeture des auberges, toute l'année à 22 heures. Dixit : « Ce qui doit s'entendre pour l'heure normale. Si l'heure devait de nouveau être avancée de 60 minutes, l'heure de fermeture devrait être avancée tout autant ». L'heure d'été et d'hiver en 1921, déjà !

Et voilà les auberges concernées :

Le restaurant « Au canon »
Attardons-nous quelques instants sur l'histoire de son créateur Aloïse HEYD et de son épouse KLEIBER Thérèse. Dans le recensement de 1885 apparait la famille Heyd Gastwirth au n°141 de la Haupstrasse de Valff (rue Principale). Aloïse est originaire d'Erstein et tourneur sur bois de métier à son mariage. Les parents de Thérèse, François Antoine KLEIBER et Madeleine ROSFELDER sont originaires de Valff, mais Thérèse est née à Rosheim. Aloïse et Thérèse se sont mariés dans le village le 12 novembre 1877. En 1880, le couple est déjà propriétaire du restaurant.
Mais d'où vient le nom de l'enseigne Au canon ? Aucune indication plausible n'est arrivée jusqu'à nous. HEYD aurait-il servi dans un régiment de canonniers ? HEYD est né en 1854 et n'a donc pas participé à la guerre franco-prussienne de 1870. Il a fait sa conscription sous le drapeau allemand. Autre hypothèse, Ce sont ses successeurs, Laurent ROSFELDER puis George MICHEL, qui auraient baptisé le local servant de boulangerie et d'auberge ? Une des filles d'Aloyse HEYD s'appelait Marie Joséphine. Elle a épousé le boulanger Laurent ROSFELDER qui a servi comme soldat en Russie pendant la Première guerre. Le local servait donc de boulangerie. Leur fille, Marie-Anne, épousera le boulanger George MICHEL originaire de Paris et c'est ainsi que l'auberge au canon entrera plus-tard en possession de la famille MICHEL.

Joséphine ROSFELDER née HEYD et Joséphine MICHEL

L'auberge d'Aloïse HEID

1871 à Valff, nous n'avons recensé que trois tavernes. Le vide sera rapidement comblé, surtout dans le bas-village. Voilà qu'apparait une auberge qui avait déjà une histoire dans le passé, celle d'HEID Aloïse située au 141 de la rue Principale. En plus, nous disposons de photos d'époque ! L'enseigne est bien connue : c'est le restaurant Au Canon [pour plus d'informations, lire l'histoire d'une des premières photographies prise à Valff: le restaurant « Au canon »].

Comptoir du restaurant Au Canon


Photo de 1920, propriétaire George MICHEL

En 1892, l'entreprise était la propriété de VETTER Aloïse

Vers la fin du XIXe siècle, le couple déménage et retourne dans la ville de naissance d'Aloïse, ERSTEIN. Est-ce à cause des décès de leurs enfants, François Antoine né en 1879 qui ne vivra que 3 mois, Marie-Madeleine née le 5 juillet décède le 15 juillet de l'année suivante ou Joseph né en décembre 1886 qui ne vécu qu'une semaine ? C'est à Erstein que s'éteint le père, Aloïse. Le 29 mars 1911, un agent de la poste déclarera le décès du gardien de nuit de fabrique de 56 ans, Aloïse HEYD. Sa veuve, Thérèse, se remarie, l'année suivante, à Eschau avec le veuf, François-Xavier FISCHER, Gussputzer (foulard) qui a eu 10 enfants. Le 21 mars 1921, Thérèse s'éteint à son tour à Erstein.
Le café à l'Ours
D'après André VOEGEL, dans la rue de l'église, au n°175 se trouvait le café appelé Café à l'Ours, Zum Bären. Ce café aurait été exploité pendant un certain temps par Barbara HIRTZ. Nous avons parlé dans le premier volet de cette série, d'une certaine Barbara HIRTZ, tenancière de l'auberge de l'arbre vert en face de la mairie. Par contre, cette dernière vivait au 18e siècle. Une Barbara Hirtz est décédée en 1915, veuve de Xavier KOECHLER. Ce dernier était menuisier et est décédé en 1895. Sans ressources, il n'est pas impossible que Barbara ait tenté de survivre en ouvrant un café. Elle décèdera sans emploi spécifié.
Le restaurant « Au Soleil »

Le restaurant avec salle de bal se trouvait à l'origine au 76, rue du moulin (épicerie SCHAETZEL) avant d'être transféré au début du siècle au 114, rue principale. Communément appelé S' Gaschtemechels Wirtschaft, son propriétaire, dans la rue du Moulin, était à l'origine Aloyse MARTZ. Son gendre BIECHER Henry transféra le restaurant dans des bâtiments nouvellement construits. Le restaurant est toujours exploité de nos jours. Retrouvez d'autres articles :
- La diligence de Valff
- La Poste, une histoire qui marche (partie 1)
- La Poste de la discorde (partie 2)

Intérieur du restaurant en 1900, au centre Henri BIECHER

Au Centre : BIECHER Madeleine née MARTZ

Les sources extérieures
Les affiches de la ville de Strasbourg annoncent le 12 mai 1827 :

Il exista bien des personnes s'appelant HIRSCH à Valff, mais de là à affirmer qu'un membre aurait exploité une auberge de ce nom… Le premier recensement de 1819 ne mentionne aucun HIRSCH. L'endroit de l'auberge du Cerf restera, en attendant, une énigme.



Liste des aubergistes en 1913
Sources :
- Adeloch
- Ellenbach
- Gallica
- Généanet
- Images d'origine illustrées et régénérées par l'IA
Autres parties :