Dans la première partie des articles consacrés aux anciennes auberges de Valff, nous nous sommes arrêtés avant la période de l'annexion de l'Alsace en 1870. Où allons-nous boire un « Schluck » (gorgée) maintenant ? Suivez-nous !
En 1871, l'administration allemande organise un nouveau recensement. La nouveauté ? On détaille enfin le nom des rues ! Enfin ! La première Wirthschaft (auberge) est celle située au lieu appelé Kirchplatz (place de l'église).
Le château de Valff
L'auberge du château

Désignée par le numéro de maison 61, l'auberge est exploitée au rez-de-chaussée par Joseph NACHBRAND. Joseph a épousé Marie-Françoise KLEIBER en deuxième noce. Elle avait déjà enfanté huit enfants à Etienne ANDLAUER. En 1870, elle donnera un fils à son deuxième mari qu'elle appellera Joseph, mais qui décède la même année. Le lieu de l'auberge est connu : il s'agit du château de Valff.
Dans ses archives, André VOEGEL a écrit : « Après la Révolution, le château fut vendu en bien national. Un certain BARROIS en fit l'acquisition pour le vendre en lots et en tirer des bénéfices substantiels. Les propriétaires suivants furent Blaise KLEIBER, époux de Marie-Odile LUTZ. Cette dernière projetait d'y ouvrir un bureau de tabac. Son fils Guillaume (Kleiber), marié à Anne-Marie KLIPFEL, ouvrit une auberge avec chambres en 1838. Une de ses filles, Marie-Anne, épousa Joseph BUNTZ. À la mort de Guillaume, deux autres filles, Marie-Odile, mariée à Laurent SAAS et Marie-Françoise, exploitèrent conjointement l'auberge. Les derniers héritiers furent la famille Laurent SAAS et Séraphin WIGENHAUSER, dont l'épouse Anne (SAAS) était surnommée « S'Schloss-Annel » (Anne du château) ».
Séraphin WIGENHAUSER et sa femme, Anne SAAS quitteront Valff après la destruction du château pour vivre à Paris. Aucune indication d'une quelconque exploitation d'auberge au château est indiquée dans les dénombrements avant celui de 1871. On trouve plutôt des vachers, un menuisier ou des agriculteurs.
C'est donc un membre de la famille de Marie-Françoise, l'épouse de Joseph NACHBRAND qui achètera le château pour le démembrer et le démolir. Pour quelle raison ? Le journal Le foyer de 1938 aborde brièvement le sujet : « À l'époque, il y avait dans le village, à côté de l'église, une maison de maître des seigneurs d'Andlau datant vraisemblablement des années 1700. Ce château était encore existant il y a 50 ans, et les anciens habitants se souviennent encore bien de ce château. Un habitant du village l'avait acheté, à l'époque, et démantelé, pour trouver un trésor qui, paraît-il, y était caché. Mais sans succès ! » [à lire aussi : Les anciennes auberges rurales de Valff première partie].

Dans l'ancien château était aménagée une auberge qui a fonctionné jusqu'à sa démolition en 1889 (D'Schloss-wirtschaft). Le château restant inoccupé pendant de nombreuses années par leurs propriétaires, les seigneurs d'Andlau, la grande salle servira de lieu de bal et les chambres, un temps, d'hôtel. Madame Marie RICHER au 65, rue Thomas, descendante du maire Blaise KLEIBER, le dernier propriétaire, a conservé jalousement quelques pièces de vaisselle qui ont servi dans l'auberge du château [à lire : Château de Valff, mode d'emploi d'une destruction du patrimoine].
Une histoire truculente s'est déroulée dans cette auberge en 1646 [à lire : Le jour où Valff a échappé à la destruction par le Tout-Puissant].

L'auberge de la veuve Marie-Anne MARTZ

Située au n°76 rue du Moulin, le rez-de-chaussée est le rendez-vous des hommes, les vrais !

Xavier BURCKEL (Uttenheim 1821-1871) dessin vers 1850

Marie-Anne MARTZ (1823-1902) dessin vers 1850
En 1866, l'auberge est conjointe à une épicerie gérée par MARTZ Aloïse et son épouse ROSFELDER Marie-Anne. L'auberge en elle-même est la propriété de BURCKEL Xavier qui a épousé MARTZ Anne-Marie, la sœur d'Aloïse, citée étant veuve dans le relevé de 1871. Effectivement, son mari Xavier BURCKEL est décédé le 5 juin 1871, l'année du recensement.
Remontons le temps pour en savoir plus

Aloïse MARTZ, futur maire de Valff (1837-1895)

Anne-Marie ROSFELDER (1838-1868) dessins 1856
En 1861, il est déjà noté au n°73 rue du Moulin, l'auberge est dirigée par BURCKEL et son épouse Marie-Anne. 1856 et 1851, le père de Marie-Anne, François Michel, aidé par son épouse Marie-Anne KLUGESHERTZ, de son fils Aloïse et de sa fille Madeleine, dirige l'épicerie et un débit de tabac. Son gendre Xavier est cabaretier et sa fille Marie-Anne s'occupent de l'auberge citée au même numéro. En 1846, Marie-Anne est encore célibataire et aide à l'épicerie. Il n'est pas encore fait mention d'une auberge [Pour en savoir plus sur la famille MARTZ].

Dans le recensement suivant de 1880, l'activité du lieu a changé : C'est maintenant ROSFELDER Aloïse qui y est installé et gère une entreprise de boulangerie, cordonnerie. Et quel rapport existe-t-il entre une boulangerie et les souliers, direz-vous ? Les chaussons aux pommes, naturellement ! 
Donc avec la disparition du couple BURCKEL, MARTZ, sans enfants, l'auberge disparait aussi. La suite ? Nombreux sont ceux qui se souviennent de l'ancienne épicerie SCHAETZEL.

L'entrée de l'auberge se trouvait rue du moulin en haut des escaliers (voir photo).


Dans tous les recensements, les deux ménages, MARTZ et BURCKEL sont toujours répertoriés au numéro 64, maison qui ne faisait qu'un et où on peut s'imaginer l'enseigne au coin de la rue Thomas et Moulin sur la carte postale de 1896, ci-dessus. Son nom ?
Poursuivons notre circuit des bistrots en 1880.
L'auberge de Blaise HIRTZ
Située au n°165 dans la rue des forgerons, l'auberge est desservie par Blaise, 42 ans, et son épouse Françoise DROESCH, 29 ans. En épousant Françoise, Blaise a hérité de l'auberge tenue auparavant par son beau-père DROESCH Antoine. En 1841, Antoine s'occupait de son exploitation de maréchal-ferrant dans le bâtiment qui se trouve dans la même cour, en face de la future auberge. L'auberge a été inaugurée entre 1841 et 1846, l'atelier de la forge est attenant.
En 1856, Blaise HIRTZ s'occupe de son fils de trois ans, François Joseph. Blaise cumule les activités : il est à la fois cabaretier, maréchal-ferrant et cultivateur. Cette année-là, sa fille Marie-Joséphine vient de décéder à l'âge de cinq ans. L'année suivante, sa femme accouchera d'une autre petite Marie-Joséphine.
Blaise HIRTZ émigra plus tard à Saarwerden où il fonda une verrerie.

Relevé de 1885
En 1885, l'auberge a reçu le n°145 et est toujours en activité. En 1885, Blaise HIRTZ est appelé Gastwirth. Il décèdera en 1900 à 86 ans, 13 ans après son épouse.

145 rue des forgerons

En flânant mélancoliquement en direction du Bas-village (on s'est arrêté dans tellement de tavernes ... hips !).

Arrêtons-nous encore, pour un petit coup, au restaurant de la Couronne hips !

Rappel du maire ANDRES décrétant que d'après l'article 11 du 18 juillet 1837, tout établissement distribuant des boissons doit impérativement installer devant son local une lanterne pour éclairer la porte et la rue, la nuit.
Et le restaurant Au tilleul ?
Le recenseur de 1880 a maintenant quelques problèmes d'écriture chez le Schenckwirth Jean-Baptiste NEFF au bout du village. Constatez par vous-même comment il écrit le numéro de maison 295.


L'auberge est celle du Tilleul. Le tilleul est l'arbre opportun, salutaire et solide en cas de difficultés à garder une position verticale... et des difficultés, il y en a eu au tilleul ! Retrouvez plusieurs articles évoquant cet établissement :
- Le restaurant au Tilleul
- Grabuge au bistrot : 3 morts !
- Faits divers insolites de 1914 à 1924
- Les soldats Valffois de la guerre de 1870
- Faits divers insolites de 1931
- La diligence de Valff
- Le journal Barrer Kantonsblatt (partie 3)
- Panpan le lapin !
- La culture du tabac à Valff
- Bombardement de Valff : l'enquête !
... et bien d'autres. Allez, un dernier verre ?
L'auberge de Marguerite ROSFELDER

À côté de l'auberge Zur Linde se trouvait jadis cette autre exploitation exploitée par ROSFELDER Marguerite. D'après André VOEGEL, elle aurait appartenu à un nommé MUNCH dont la femme était surnommée S'Rueffe Nannel, mais il y a erreur. Le recensement de 1885 ne mentionne plus cette auberge, le n°296 n'est plus habité.

Photo 1930
André VOEGEL écrit : « La « Vox Populi » voudrait que l'auberge exploitât également un service de transport entre Valff et Meistratzheim en période d'inondation. Pour se rendre à Meistratzheim, on devait emprunter le chemin dit "Unterwässerle". Le chemin étant souvent inondé et S'Rueffe Nannel mettait à disposition des voyageurs un véhicule qui consistait en un brancard à deux roues, tiré par un cheval. Les voyageurs pouvaient ainsi traverser les eaux au sec dans le baquet en osier ».
Qui était Marguerite ?
Marguerite a épousé Aloïse ROOS d'Aldorf. Aloïse exerçait le métier de hongreur (castreur de chevaux, vétérinaire). Ce dernier décède le 14 avril 1880 à 40 ans. Le 4 octobre, Marguerite met au monde une fille qui décède à la naissance. Malgré les malheurs qui s'accumulent, elle élève seule ses cinq enfants. Elle décèdera, elle aussi, brusquement, sous le poids des responsabilités, à 35 ans, l'année suivante du recensement, le 11 mars 1881. Les enfants trop jeunes seront recueillis. Le nom S'Rueffe Nannel venait donc du nom de famille ROOS et l'auberge n'a pas appartenu à un certain Munch comme le pensait André.

En 1871, l'habitation de ROOS Aloïse n'a pas encore reçu de numéro de maison et n'était pas encore désigné comme une auberge.


Valff 1887, bas-village, habitations, maisons et granges en rose
On peut noter deux maisons attenantes. Celle à gauche, en se trouvant dans la rue, est le restaurant du Tilleul, à droite, l'auberge ROOS ROSFELDER.. Après le décès des parents, la maison n'est plus habitée lors du recensement de 1885.


À suivre … hips !
Sources :
- Adeloch
- Ellenbach
- Gallica
- Généanet
- Images d'origine illustrées et régénérées par l'IA
Autres parties :
