Le Kayser Guillaume II profite d'une petite visite diplomatique en Alsace en septembre 1908. L'évènement est peu relaté dans la littérature moderne. Grâce à la découverte d'un article paru dans « Le journal agricole d'Alsace Lorraine » de cette année, nous connaissons maintenant le déroulement précis de l'escapade alsacienne. Suite au premier article qui nous apprenait que le monarque, s'étant bien repu au château d'Osthouse, bien au sec dans son automobile Mercedes, s'était fait conduire en direction de son château du haut-Koenigsbourg via notre commune Valff, découvrons maintenant la suite exceptionnelle de son voyage.

A bord de sa belle Mercedes simplex de 22 cv, le souverain après avoir traversé Valff en un clin d'oeil [à lire : Valff se mobilise pour la venue du Kaiser Guillaume II et Le voyage du Kayser en Alsace en 1908 (partie 1)], avale les kilomètres. Il arrive finalement dans son château du haut-Koenigsbourg encore en chantier et y passe la nuit. Le journal relate la suite des évènements suivants :

« Le départ (du château du Haut-Koenigsbourg) eut lieu peu avant 6 heures. L'Empereur traversa, en passant par Tannenkirch, les vignobles de Rappoltsweiler et Zellenberg jusqu'à Reichenweier (Riquewihr), la vielle petite ville libre d'Empire que le Wurtemberg tint encore en sa possession jusqu'en 1801 et à laquelle on a donné le surnom d'une Rothenburg alsacienne, à cause de son caractère antique si parfaitement conservé. En longeant toujours les crêtes des Vosges couronnées d'anciennes ruines de châteaux forts, l'empereur se dirigea sur Kaysersberg, cette autre vieille cité libre d'Empire, dont le blason portant cette devise significative : « Die Stadt Kaysersberg ist ein Eckstein und Pass, daran uns und dem Reich nicht geringe gelegen Karl V 1530 » ( la ville de Kaysersberg est une pierre-borne et un défilé, qui nous tient au coeur, a nous et à l'Empire. Charles V 1530).

La ville n'a reçu l'approbation de la main même de l'Empereur qu'en 1906. De là, le cortège impérial traversa les localités, célèbres de tout temps pour leurs fameux vignobles, de Ammersehweier, Bienzheim, Sigolsheim et Bennweier, pour rejoindre la grande route près d'Ostheim, et retourner à Strassburg par Schlettstadt, en côtoyant Gémar, l'antique résidence des seigneurs de Rappoltstein. L'entrée à Strassburg eut lieu peu après 8 heures et demie. Cette vaste tournée en automobile que Sa Majesté l'Empereur venait d'entreprendre, répondait au désir du Souverain de prendre personnellement connaissance de toutes les conditions concernant tant les localités situées dans la montagne, que celles de la plaine de l'Ill et de la région située entre l'Ill et le Rhin dans les arrondissements de Sehlettstadt et Rappoltsweiler. Par M. le sous-Secrétaire baron Zorn de Bulach qui avait pris aux côtés de Sa Majesté la direction du cortège sur tout le parcours, l'Empereur, qui témoigna un vif intérêt pour tout ce qu'il voyait et ce même jusque dans les plus infimes détails, se fit renseigner d'une manière approfondie non seulement sur le passé historique et le développement des localités situées sur son passage, mais aussi et surtout d'un vif intérêt pour les conditions de l'exploitation agricole et des autres exploitations industrielles des différents départements, arrondissements et localités. A plusieurs reprises. Sa Majesté exprima sa satisfaction du cachet et solide bien-être offert par la région, de même que sur l'impression d'aisance et de propreté produite par l'état des villages et des petites villes. Malgré que les habitants des localités, lentement traversées sur le désir formel de Sa Majesté, puissent à peine soupçonner que celles-ci seraient visitées par l'impérial cortège, ils avaient entrepris de leur propre initiative de donner à ces villes et villages un air de fête pour l'évènement. La joie des habitants peinte sur tous les visages à la vue de l'Empereur, et le fait qu'un ordre parfait régnait de toutes parts grâce aux efforts des autorités locales et des corps des pompiers sans que la police eût à intervenir par aucune initiative spéciale, ont agréablement impressionné l'Empereur, comme il l'a vivement répété à plusieurs reprises. 

Valff apprêtée pour le passage du Kayser

Le cachet d'antiquité encore si prononcé dans beaucoup de localités vosgiennes situées sur le passage du cortège, l'abondance des vestiges d'édifices du moyen-âge dans les villes et sur les hauteurs, ont fourni maintes occasions d'entrer dans les détails du passé historique de chacun d'entre-eux. C'est avec un intérêt tout particulier que Reichenweier fut visité, où l'automobile impériale dut traverser précisément les rues les plus étroites de la vieille cité, pour atteindre ensuite Kaysersberg par un chemin rural. Tout étonnée de la ravissante situation du vignoble, Sa Majesté s'enquit d'une façon détaillée de la méthode culturale, des conditions de rendements et des débouchés de la viticulture dans cette région. L'agréable impression produite par Kaysersberg avec ses beaux édifices gothiques du moyen-âge, son église et son hôtel de ville, ont incité les illustres visiteurs à contourner toute la ville par un chemin rural pour en profiter avant de poursuivre l'excursion jusqu'à Ammerschweier dont l'aspect pittoresque du vieux château de Kaysersberg dont la construction remonte à 1227 a enchanté le souverain. La petite ville de Gémar captiva de nouveau l'attention de l'Empereur et de sa suite avec les vestiges de ses anciennes fortifications, l'aspect de la Molkenburg, des souvenirs historiques qu'elle évoque de l'époque de Rudolphe de Habsbourg et par le beau coup d'oeil sur Rappoltsweiler et ses châteaux dont on jouit si bien de cet endroit ». 

Ne manquez pas la suite du voyage, vous y découvrirez des photographies surprenantes !

Sources :

  • Cartes postales
  • Gallica
  • Généanet

Un peu d'histoire

De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

Depuis, le devoir de mémoire de notre village alsacien se poursuit semaine après semaine.