Le journal Courrier du Bas-Rhin partage le peu de nouvelles qui passent par son agence au 3 place Saint-Thomas de Strasbourg.
Semaine du 22 au 29 août
Compte rendu de citoyens au journal Courrier du Bas-Rhin
Dans le compte rendu des faits dont j'ai été le témoin, je vous apprends que je me trouvais dans une casemate avec beaucoup de militaires et avec des gardes mobiles. Je n'entendais évidemment parler que des militaires et de quelques gardes mobiles qui n'étaient pas de service lors du bombardement de la Citadelle et se trouvaient à proximité de la casemate, où ils sont entrés pour ne pas exposer inutilement leurs jours qui eussent été menacés s'ils n'avaient pris cette précaution.

Je ne sache pas, d'ailleurs, que les casemates soient établies dans un autre but. « Quant aux gardes mobiles de service sur les remparts et notamment aux artilleurs, tout le monde sait que, dans la circonstance, ils ont fait vaillamment leur devoir ; qui donc se permettrait dès lors de suspecter leur patriotisme ? ».

Dans un article de l'Impartial du Rhin, du 20 août, un correspondant attribue à une bombe lancée par l'ennemi le déplorable incendie qui s'est produit au faubourg National dans la nuit du 18 au 19 août. Nous croyons devoir réclamer contre cette allégation erronée ; l'incendie est dû à des causes ordinaires ; il n'a été trouvé sur les lieux ni bombe incendiaire ni même aucun obus ayant fait explosion. Dans notre propre intérêt et dans celui des malheureuses victimes du sinistre du 18 août, nous vous prions de vouloir bien publier la présente réclamation dans le plus prochain numéro de votre estimable journal.
Compte rendu de la journée du 24 août
Quelle nuit terrible ! Quelles ruines et quel deuil ! À huit heures, hier soir, l'ennemi a recommencé son feu contre la ville, feu épouvantable, qui a détruit des fortunes, des trésors, des chefs-d'œuvre. Où tourner d'abord ses regards dans ces monceaux de décombres fumants et quelle perte faut-il citer la première ? La bibliothèque de la ville, l'église du Temple-Neuf, le musée de peinture, les plus belles maisons du plus beau quartier, ne sont plus qu'un amas de pierres noircies.

La Bibliothèque de Strasbourg, célèbre dans l'Europe ! des manuscrits et des livres uniques dans le monde, des siècles de travail, de patience, d'études ; des millions et des millions ! plus rien, pas une feuille de papier, pas un parchemin, pas un document ! Le sol encombré de débris et dans un coin une ou deux reliures carbonisées, voilà ce qui reste ! L'église du Temple-Neuf, la plus vaste des églises protestantes de Strasbourg, avec son orgue splendide, ses peintures murales si renommées ! Quatre murs en subsistent.

Temple-Neuf
Le musée d'art installé à l'Aubette, détruit complètement avec le bâtiment qui le renfermait.
La Cathédrale à son tour n'échappe pour ainsi dire que par miracle à quel grand désastre dont elle est menacée chaque nuit. Ce matin encore des fragments de sculpture et des éclats de pierre de taille, épars sur le sol, indiquaient que quelque boulet avait touché notre magnifique monument, une des gloires de l'Europe.
La maison de l'Œuvre-Notre-Dame, une des plus vieilles et monumentales constructions du Moyen Âge, a reçu plusieurs projectiles les nuits précédentes déjà et cette nuit encore. L'hôtel de ville, nouvellement restauré, est criblé sur la face qui regarde le théâtre surtout, et la salle des séances du conseil municipal, située au rez-de-chaussée, a été dévastée.

Diverses constructions particulières, la maison Scheidecker, au Broglie, les maisons de la rue du Temple-Neuf, depuis la Bibliothèque jusqu'à la rue du Dôme, les trois plus belles maisons de la rue du Dôme, la maison Lichtenfelder, faubourg de Pierres, sont devenues la proie des flammes. La maison Kampmann, rue du Bouclier, a été en partie incendiée.
Les obus tombaient par dizaines, par centaines dans une seule rue, et dès qu'un incendie était allumé, les projectiles étaient lancés en masse sur le brasier pour empêcher sans doute les travailleurs d'éteindre le feu.
Toute la ville est jonchée de débris, les toits, les cheminées, les façades sont abîmés de tous côtés.
Nous devons renoncer pour le moment à entrer dans les détails sur les évènements de cette nuit désastreuse. On nous permettra d'attendre des moments plus calmes ; espérons-les proches, pour faire l'histoire complète de ces longues heures d'angoisse.

Vers midi, un obus a mis le feu au moulin des Huit-Tournants, situé près de la porte Nationale, qui sert spécialement à moudre le grain pour la garnison. Des efforts considérables ont été faits pour éteindre cet incendie, et on espère pouvoir rendre le moulin à son service.


Trois maisons presque contiguës au moulin sont également devenues la proie des flammes. À peu de distance, au marais Kageneck, huit maisons avec granges et écuries, rue Moll, deux maisons ont été détruites par le feu des ennemis.

25 août
« Monsieur le rédacteur en chef du Courrier du Bas-Rhin,
Hier matin, mercredi, un obus est tombé sur ma maison, et n'a causé que des dégâts ordinaires ; à dix heures du soir, par la chute d'un second obus, le feu était dans les mansardes de la maison de derrière ; grâce aux premiers secours donnés par mon personnel, puis par les pompiers dirigés par le lieutenant SCHOTT, le feu s'est contenté de détruire la toiture, les mansardes et une partie du troisième étage.
Pendant que nous faisions des efforts pour maîtriser l'incendie, un troisième obus de grande dimension a éclaté au-dessus de nos têtes, et a lancé ses débris au milieu de nous sans nous atteindre. Enfin, au même moment, un quatrième obus, tombé dans une mansarde de la maison principale, rue des Serruriers, y a mis le feu. Ici, heureusement encore, le feu a pu être éteint de suite.
Soyez assez bon, Monsieur le rédacteur, pour témoigner, par la voie de votre journal, de mes remerciements bien sincères à M. le lieutenant SCHOTT, à ses pompiers et aux quelques personnes du voisinage qui m'ont grandement servi dans cette triste épreuve.
Maintenant je me prépare avec mon personnel dévoué à combattre les incendies qui peuvent encore survenir et qui feront notre ruine à tous.
Je vous prie de recevoir, Monsieur le rédacteur, l'assurance de ma haute estime ».
Auguste MASSON

Chronique locale
Mgr l'évêque de Strasbourg s'est rendu cette après-midi, vers trois heures, au quartier général de l'ennemi, à Mundolsheim ou à Holtzheim (André RAESS en fonction de 1842 à 1887).

Le but de cette démarche du prélat auprès du grand-duc de Bade, s'il s'y trouve, ou auprès d'un général dirigeant les opérations contre Strasbourg, serait d'obtenir que le bombardement cesse contre la ville elle-même, sa population civile inoffensive, les femmes, les enfants, les édifices publics, et que les hostilités se bornent à attaquer la citadelle, les fortifications, la garnison, tous les éléments de guerre, au lieu de la destruction systématique de Strasbourg qui dure depuis plusieurs jours.
Si Mgr l'évêque réussit dans cette démarche, tentée dans un but d'humanité, la guerre rentrera autour de nous dans ses conditions normales, et Monseigneur aura rendu à notre cité un service dont elle lui gardera une vive et durable reconnaissance.
Le directeur-économe de l'hôpital, C. KIEFFER
26 août
L'hôpital

La mairie

Le Général de division UHRICH

« Habitants de Strasbourg, Depuis trois jours la ville est bombardée à outrance. Votre héroïsme, à cette heure, est la patience. C'est pour la France que vous souffrez. La France entière vous dédommagera de vos pertes. Nous en prenons l'engagement, au nom du gouvernement que nous représentons ! Fait au quartier général, le 26 août 1870, à 4 heures après-midi ».
Le Maire de Strasbourg, HUMANN
Le Préfet du Bas-Rhin, Baron PRON
Le Général de division, commandant supérieur, UHRICH
La bataille de Froeschwiller
Le journal Le Courrier des Vosges publie de nouvelles informations concernant la bataille de Froeschwiller.
Les renseignements provenant du dépôt du 48ᵉ de ligne, par une lettre du 18, font connaître que ce régiment, engagé depuis sept heures du matin jusqu'à quatre heures du soir dans la bataille de Froschwiller, a perdu en officiers deux capitaines et deux lieutenants tués, deux capitaines et quatre lieutenants blessés grièvement, prisonniers, ainsi que quatre autres officiers, sept officiers disparus et que l'on suppose aussi prisonniers ; treize autres officiers blessés légèrement sont au corps.

Au nombre des prisonniers, on compte le lieutenant-colonel, et au nombre des disparus, le médecin-major.
Le 20 de ce mois, M. MAUD'HEUX père, d'Épinal, a reçu une lettre portant le timbre de la poste militaire de la neuvième division d'infanterie prussienne. L'enveloppe portait l'adresse de M. MAUD'HEUX, écrite par son gendre, M. SOLTNER, lieutenant au 48ᵉ de ligne, blessé et fait prisonnier à la bataille de Froschwiller ; mais le billet qui était renfermé sous cette enveloppe était signé Fernand, et annonçait à son oncle qu'il était sauvé, mais prisonnier.
Après avoir fait de vaines démarches pour découvrir la famille du signataire Fernand, M. MAUD'HEUX a recours à la publicité de notre journal pour aviser cette famille du sort de son parent, et pour la prier instamment de lui envoyer la lettre de M. SOLTNER, qu'il suppose avoir été placée par erreur dans l'enveloppe qui devait contenir celle de M. Fernand, après la lecture des deux missives par l'autorité prussienne.
À la bataille du 16, le 67ᵉ de ligne s'est trouvé entouré par l'artillerie prussienne qui avait pris les positions les plus avantageuses. Ce régiment, avec le reste de la division Bataille, a tenu ferme et supporté pendant une partie de la journée un feu de mitraille et une fusillade des plus nourries. C'est pour la troisième fois qu'il se trouve ainsi engagé. Ce dernier combat lui coûte cher : 9 officiers tués, 46 blessés grièvement et 5 contusionnés.
Le colonel ROPPER a été tué à dix pas du capitaine MAULBON. Le lieutenant GELHAYE, beau-frère de notre concitoyen, M. SPINNER, a été fort grièvement blessé.
Nous apprenons avec satisfaction que le 9ᵉ de cuirassiers, qui a chargé si vigoureusement l'ennemi à la bataille de Reichshoffen, n'a pas été, comme on le croyait, complètement détruit. Quinze officiers - entre autres le lieutenant Félix de CARAMANN, qui vient d'écrire à sa famille -et cent soldats ont été faits prisonniers et sont, maintenant, enfermés à Koenigsberg.

Général Abel DOUAY
Une lettre particulière de Haguenau annonce que le corps du malheureux général Abel DOUAY a été trouvé sur le champ de bataille de Wissembourg. Le général a été enterré dans le cimetière de Haguenau, avec les honneurs dus à son rang. On écrit de Sarreguemines que l'autorité militaire prussienne a fait afficher à tous les coins de rue un règlement dont voici les principales dispositions :
« Tous les habitants doivent avoir de l'eau fraîche devant leur porte pour les soldats de passage ; ceux qui ont des soldats à entretenir doivent leur donner tous les jours un demi-kilo de viande, le café, une chopine de vin, et les accessoires. Il est sévèrement défendu de se trouver dans les auberges et cabarets passé neuf heures du soir, et l'on doit obéir à la patrouille militaire. Les portes et les volets doivent rester ouverts, même la nuit. Défense de s'approcher de la gare sous peine de coups de fusil. Les rassemblements sont formellement interdits. Tous ceux qui servent d'espions ou qui en cachent sont punis de mort, ainsi que ceux qui leur montrent un faux chemin ou qui indiquent le chemin aux Français ».
Le dimanche 7 août, le maréchal BAZAINE était venu passer quelques instants à Nancy, avant l'arrivée du maréchal de Mac-Mahon, dont on recevait déjà de mauvaises nouvelles. Il se trouvait au café Boillot, rendez-vous de tous les officiers supérieurs ; on parlait de l'insuccès de nos armes. « Rassurez-vous, messieurs, dit le maréchal, la mélasse ne peut l'emporter sur le bronze.

François Achile BAZAINE
Les nouvelles du reste de l'Alsace
L'Industriel alsacien, qui nous apporte cette dépêche dans son numéro du 19, ajoute.
Ce n'est pas tout. Des personnes arrivées hier soir des environs de Schelestadt affirment qu'avant cet engagement, les cavaliers ennemis s'étaient présentés à Châtenois pour y exercer des réquisitions, mais que les habitants, indignés de leurs prétentions audacieuses, se sont armés à la hâte de vieux fusils, de pioches et de fourches, et que, tombant sur les maraudeurs, ils les ont chassés de leur commune.
C'est sans doute à ces résistances que le Général de BEYER a voulu faire allusion lorsqu'il a rédigé la proclamation suivante : « J'ai à vous parler sérieusement. Nous sommes voisins. Au bon temps de la paix, nous n'avons eu que des relations cordiales. Nous parlons la même langue. Je vous le dis : écoutez la voix du cœur, la voix de l'humanité. L'Allemagne est en guerre avec la France, une guerre que l'Allemagne n'a pas provoquée. Nous sommes forcés d'entrer dans votre pays. Mais nous considérons comme un bienfait pour la civilisation, l'humanité et la religion, toute vie humaine, toute propriété qu'il nous sera permis d'épargner. Nous sommes en guerre. Des soldats se battent contre des soldats, loyalement, sur le champ de bataille. Nous ne toucherons pas aux citoyens paisibles, aux habitants des villes et des campagnes ; nous observerons une discipline sévère. Par contre, nous attendrons, et je l'exige de vous, catégoriquement, que les habitants s'abstiennent de toute hostilité ouverte ou cachée. À notre grande douleur, des excitations, des cruautés et des actes de violence nous ont forcés à une sévère répression. J'espère donc que les autorités locales, les prêtres, les instituteurs et les chefs de famille exhorteront leurs administrés, leurs subordonnés et leurs gens à veiller à ce qu'aucun acte hostile ne soit commis contre mes troupes. Prévenir un malheur, c'est plaire à Dieu, notre juge suprême. Je vous exhorte, je vous avertis, ne l'oubliez pas.

Le commandant de la division badoise. Lieutenant-général de BEYER
PS : J'ordonne que le présent avis soit affiché aux locaux communaux de toutes les villes et communes, et vous ferez bien de l'envoyer dans les contrées voisines ».
Le désir du commandant badois est satisfait. Nous avons reçu son chef-d'œuvre de câlinerie et de mensonge. M. de Beyer parle au nom de l'Allemagne ; nous répondrons au nom de la Lorraine ; nous dirons que les déprédations des soldats prussiens exaspèrent et qu'il doit y mettre un terme ; nous dirons que nous ne voulons pas être à la merci de quelques drôles. L'exemple donné par la petite ville de Châtenois est bon à suivre et nous le suivrons. Sans doute le jour où l'ennemi se présentera en force respectable et autorisée, ce jour-là il faudra courber la tête ; mais il est bon que les Badois et les Prussiens sachent tous qu'un village ou une ville n'est pas à la merci de quatre uhlans et d'un caporal à qui il prend fantaisie de dépouiller les habitants, de jeter le trouble dans les populations, de désorganiser les services publics et de paralyser toutes les transactions commerciales.

Le journal Peuple français publie avec une entière approbation la lettre suivante.
Nous ne connaissons pas, dit-il, de situation plus digne d'intérêt que celle des patriotiques populations de la Lorraine et de l'Alsace. Ravagées par la guerre, déportées en Allemagne, fusillées çà et là, elles donnent à la France le plus bel exemple de dévouement et de courage. Rien ne peut les abattre, et chaque fois que les circonstances le permettent, elles font sentir aux détachements prussiens le poids de leur vaillance. C'est donc le devoir du gouvernement et de la Chambre de songer dès aujourd'hui, au milieu même des circonstances présentes, à réparer les maux dont un féroce ennemi accable nos compatriotes de l'Est.
Il importe qu'ils puissent être indemnisés aussitôt que les Prussiens auront été rejetés du sol de la patrie, et pour cela il faut auparavant que la mesure soit votée, et surtout que l'exécution future en soit dégagée de toute formalité.
Par contre, la presse berlinoise fait de vains efforts pour excuser les exactions dont les troupes prussiennes se rendent coupables en Alsace. On a recours, à cette fin, aux moyens les plus absurdes et aux plus viles calomnies. Ainsi, quelques individus ont reçu l'ordre de faire courir le bruit que la population alsacienne avait empoisonné toutes les fontaines, et que l'épidémie qui décime en ce moment les rangs de l'armée prussienne a été provoquée par les Français.

Bataille de Wissembourg
Voici des détails homériques sur les Turcos qui ont pris part à la bataille de Wissembourg.
Plusieurs centaines de turcos prenaient un bain dans la Lauter, quand tout à coup apparaît l'ennemi. Nos braves, dans le costume d'Adam et sans la moindre feuille de figuier, s'élancent sur leurs fusils, et, sans cartouches, la baïonnette en avant, bondissent comme des démons au-devant de l'ennemi. Rien ne résiste à cette noire légion. Semblable à une trombe, ils font une trouée héroïque ; la mitraille en vain les décime, tout cède à la fougue de ces fils du désert.
Le 40ᵉ de ligne voit un vide et s'élance à la suite des Turcos, mais que peut, hélas ! cette poignée de héros ? Ils parviennent à la traverser dans toute sa longueur. Des Turcos prennent même quatre canons prussiens, les retournent contre l'ennemi, qui reçoit en face sa propre mitraille. Ce fut leur dernier exploit. Entourés, cernés, ils succombent sur les pièces prussiennes arrosées de leur sang.
Les autres furent faits prisonniers par nos ennemis, qui tombèrent en admiration devant cette valeur, qui laisse bien en arrière tous les traits que nous a transmis l'Antiquité.

Et à Strasbourg
Des lettres d'Alsace nous tiennent au courant des principaux incidents du siège de Strasbourg. La place résiste avec une grande énergie. Le service de l'artillerie est fait par des artilleurs de la ligne et de la garde nationale, qui ne se compose que d'anciens soldats établis dans le pays. Le feu de l'ennemi a provoqué plusieurs incendies, qui ont atteint particulièrement le quartier de la Grande-Rue. La brasserie de M. SCHUTZELBERG, à Schiltigheim ; celle des frères GRUBER à Koenigshofen, et la fabrique de colle-forte hors la porte de l'Hôpital ont été détruites par le feu de la place, parce qu'elles servaient, grâce à leurs vastes caves à l'abri de la bombe, de refuge sûr à l'ennemi.

Les journaux allemands rendent eux-mêmes hommage à l'habileté de tir des artilleurs français. Pendant une sortie de la garnison, Illkirch a été incendié par quelques bombes lancées des fortifications pour appuyer la reconnaissance. Sur le simple bruit qu'un corps français venant de Belfort s'avançait au secours de la place, les troupes badoises ont été concentrées aussitôt le long des lignes de chemin de fer de Barr et de Molsheim, qui commandent la vallée de la Bruche, et le quartier général allemand a été transféré de Lampertheim à Oberschaeffolsheim.
La division badoise a reçu d'ailleurs l'ordre de rejoindre l'armée du Sud, pour y combler les vides survenus depuis l'ouverture de la campagne. Elle sera remplacée par des troupes prussiennes de la Landwehr.
Il n'y a qu'une voix en Allemagne pour constater l'exaspération patriotique des Alsaciens contre les envahisseurs. Il se confirme que M. RENOUARD de Bussière, député de Strasbourg, a été arrêté dans sa propriété de la Robertsau et conduit à Rastadt. Le bruit courait que M. GRUBER, brasseur à Koenigshofen, reconnu coupable d'intelligence avec l'ennemi, a été fusillé par ordre du commandant de place.

Brasserie GRUBER à Koenigshoffen
Nous avons des nouvelles très positives de Phalsbourg et de Strasbourg. Dans la première de ces places, le commandant fait preuve de la plus grande énergie ; il a autour de lui des gardes mobiles, un bataillon du 63ᵉ, des Turcos et des zouaves isolés, luttant de force et de courage : 53 maisons ont été brûlées, 7 ou 8 femmes ont péri, presque toutes par suite d'imprudence. Les fontaines sont taries, mais l'eau des citernes est bonne et très abondante.

À Strasbourg, la population entière tient à prouver au roi Guillaume qu'elle est française de cœur et d'âme. Elle a des vivres et des munitions pour six mois. Pour se défendre des batteries prussiennes, il a fallu brûler quatre faubourgs. L'ennemi dit que les artilleurs ont allumé l'incendie, mais son assertion est mensongère. Dans toute la plaine, les Prussiens font des réquisitions d'hommes pour creuser des tranchées autour de la citadelle.
Ces réquisitions d'hommes se sont étendues jusqu'à Schirmeck. Nos braves jeunes gens ont résisté. Beaucoup de ces jeunes gens se sont réfugiés à Saint-Dié, où ils demandent à s'engager.
Entre Schirmeck et Strasbourg, on voit passer d'heure en heure des vieillards et des enfants que les généraux prussiens ont arrachés à leur famille.



Liste des soldats décédés dans la semaine du 22 au 28 août
Une semaine sanglante. Les bombes incendiaires pleuvent sur la ville. Les premières victimes militaires et civiles sont inscrites dans le registre des décès de la ville. Les soldats sans indication de lieu de décès sont morts à l'hôpital militaire ou civil.
- ABDALLA ben Missoum : + le 26 août, 4 rue Ste Elisabeth, 45 ans, lieutenant au 2ᵉ régiment de tirailleurs algériens
- AUDIBERT Jules Basile : + 25 août, lieutenant au régiment de tirailleurs algériens
- AZAIS Joseph : + le 26 août, 6 rue St Louis, 29 ans, soldat au 3ᵉ régiment de Zouaves
- BLANC Adrien : + le 27 août, rue Militaire du Fort Blanc, 27 ans, né à Couril (Drôme), soldat au 87ᵉ régiment de lignes
- BLONDEAU Jules : + 24 août, soldat au 13ᵉ bataillon de chasseurs à pied, immatriculé 1770
- BOSQUE Charles : + le 27 août, 23 ans de Wolksheim, soldat de la garde nationale mobile
- BOY François : + 25 août, 27 ans, domicilié à Estant, soldat au 13ᵉ bataillon de chasseurs à pieds
- CHAVE Casimir : + le 26 août au Faubourg National, 25 ans de Cliousclat (Drôme), soldat au 82ᵉ régiment de lignes
- CHAVE Casimir : + le 26 août quai St-Thomas, 26 ans, né à Cliousclat (Drôme), soldat au 87ᵉ régiment de ligne
- CHIRAC Jean Baptiste Joseph : + le 27 août, domicilié à Langres, soldat au 96ᵉ régiment de lignes
- CHORNEL Joseph : + le 28 août, soldat au 99ᵉ régiment de ligne
- COUASSON Louis René : le 26 août, 27 ans, domicilié à Sainte-Sabine (Côte-d'Or), sous-lieutenant au 45ᵉ régiment de ligne
- DEBRIEUX Gérard : + le 26 août à l'arsenal, 27 ans à Malompize (Cantal), soldat au 5ᵉ régiment d'artillerie
- DEBUS Charles Louis, + le 28 août place du Château, 19 ans, domicilié à Strasbourg, soldat au 18ᵉ régiment de lignes
- DELINAU Bonaventure : + le 27 août quai Finkmatt, 44 ans, domicilié à Arles (Pyrénées-Orientales), servant au 96ᵉ régiment de lignes, décoré de la médaille militaire
- DETLEITH Jacques, + le 27 août, 25 ans de Montréal (Aude), soldat au 9ᵉ régiment de Zouaves
- DRUET Joseph, + 25 août, 23 ans, domicilié à Hopetain, soldat au 17ᵉ régiment du train des équipages militaires
- DUNEUF Germain : + le 28 août, 34 ans de Paris (Seine), soldat au 2ᵉ régiment de Zouaves
- EBERLIN Aloïse : + le 28 août au petit séminaire, domicilié à Niederhaslach (Bas-Rhin), soldat de la garde nationale mobile
- EMBACK Ben SAIR Ben Aïssa : + le 28 août, soldat au 5ᵉ régiment de tirailleurs algériens
- FINCK Joseph, + 24 août au quartier Saint-Nicolas, né à Hohengoeft (Bas-Rhin), soldat au 5ᵉ régiment d'artillerie
- FLORENTIN Jean-Baptiste : + 25 août, au quartier d'Austerlitz, soldat au 2ᵉ régiment de Lanciers
- FONTEZ Pierre : + le 22 août, soldat au 36ᵉ régiment de lignesimmatriculé sous 3340
- FRANLY Jacques : + le 25 août, quartier Finkmatt, 22 ans de Vendenheim, soldat de la garde nationale mobile
- FRITCH Jacques : +23 août, 22 ans, domicilié à Holtzheim, pontonnier, soldat au 16ᵉ régiment d'artillerie
- GARNEAU Pierre : + 26 août, 27 ans, domicilié à Aiguepene, soldat au 45ᵉ régiment de lignes
- GUSCHERUNG Joseph : + 26 août, 27 ans, domicilié à Saverne, préposé à la 1ʳᵉ légion de douane de l'Est
- HAUTIN Henri Ernest : + 24 août au quartier Saint-Nicolas, 24 ans, né à Boulogne (Pas-de-Calais), soldat au 5ᵉ régiment d'artillerie
- INCONNU : + le 27 août, soldat au 2ᵉ régiment d'artillerie, immatriculé sous le n°5756
- INCONNU : le 27 août, soldat au 10ᵉ bataillon de chasseurs à pieds
- INCONNU : le 27 août, soldat au 1ᵉʳ bataillon de chasseurs à pieds, immatriculé au n°1629
- JAGGI Auguste : + 24 août, soldat de la garde nationale mobile
- KERLAM Henri : + le 28 août hors le porte Nationale, 27 ans, soldat au 87ᵉ régiment de ligne
- KUHN Jean : +26 août, 25 ans, né à Thal (Bas-Rhin), soldat à la garde nationale mobile
- LABIOT Louis Casimir : + le 28 août hors la porte de Saverne, 25 ans de Rocles (Ardèche), soldat au 87ᵉ régiment de lignes
- LEBRUN Hector Hercule Elise : + le 26 août, 2 rue des Frères, 30 ans, né à Grenoble (Isère), soldat au 16ᵉ régiment d'artillerie (pontonnier)
- LOSEL Henri : le 27 août à la citadelle, 25 ans, domicilié à Imbsheim (Bas-Rhin), artificier au 5ᵉ régiment d'artillerie
- MARLIN Joseph : + le 26 août, 25 ans, soldat au 13ᵉ bataillon de chasseurs à pieds
- METZGER Joseph : + le 28 août au quartier Sainte-Marguerite, soldat au 18ᵉ régiment de lignes
- MEYER Gustave : + le 26 août à la citadelle, 22 ans de Barr, soldat de la garde nationale mobile. Par ordre de la Cour d'assises (ou tribunal cantonal/régional) impériale de Strasbourg du 19 février 1877, il est ordonné par la présente que, par une mention à porter en marge de l'acte ci-dessous, les mots « non marié » soient effacés suite à son mariage avec Rosalie WURBORN de Saint-Jean près de Saverne, signé le greffier du tribunal BROSSARD
- MEYER Louis : + le 26 août à la Citadelle, 22 ans de Dossenheim (Bas-Rhin), soldat de la garde nationale mobile
- MEYRAND Louis : + 26 août au Faubourg National, 22 ans, domicilié à Roche-la-Molière (Loire), né à Outre-Furan (Loire), soldat au 87ᵉ régiment de ligne
- PRUDENT François Lucien, + 25 août, 66 ans, officier d'administration de 2ᵉ classe de service de justice militaire de la 6ᵉ division militaire
- ROSSMANN George : + le 26 août à la citadelle, 20 ans de Neuwiller (Bas-Rhin), soldat de la garde mobile nationale
- ROUX Pierre Marie : +25 août, 24 ans, domicilié à Charlieu (Loire), soldat au 18ᵉ régiment de lignes
- SCHILLINGER Georges, + le 27 août, 22 ans, né à Preuschdorf (Bas-Rhin), soldat au 16ᵉ régiment d'artillerie (pontonnier)
- SCHWARTZ Louis François : + 24 août, 12 ans, né à Sidi-Bel-Abbès, enfant de troupe au 96ᵉ régiment de ligne
- STEINEL Alphonse : + 24 août, soldat de la garde nationale mobile
- STUTZMANN Pierre : +26 août, 25 ans, domicilié à Mackwiller, soldat de la Garde nationale mobile
- WILLIG Charles : + 24 août, soldat 8ᵉ section d'ouvriers militaires d'administration

Sources :
- Gallica
- Illustrations manquantes par IA
Autres articles :
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 17 au 23 juillet (partie 1)
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- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 1ᵉʳ au 7 août (partie 3)
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 8 au 14 août (partie 4)
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 15 au 21 août (partie 5)
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 22 au 29 août (partie 6)
- La guerre de 1870 en Alsace : semaine du 29 août au 5 septembre (partie 7)