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- Écrit par : Rémy VOEGEL
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La guerre franco-prussienne de 1870 est en cours. Les troupes des deux camps s'entassent au bord des frontières. Quelles sont les nouvelles ? Suivez en direct le quotidien des Alsaciens durant la semaine du 25 au 31 juillet 1870. Les dates indiquées correspondent aux dates de publication.

Semaine du 25 au 31 juillet
Les informations se propagent au gré des interprétations et rumeurs. L'histoire suivante illustre bien les limites du journalisme de l'époque et du téléphone arabe… enfin alsacien !
24 juillet

Gendarme en 1870
Une patrouille d'une vingtaine de cavaliers prussiens a franchi la frontière à la hauteur de Lauterbourg. Ils ont coupé des fils télégraphiques. Au sortir de Lauterbourg, ils ont traversé Neewiller, Croetwiller puis Trimbach. C'est là que les dragons badois ont fait la rencontre avec un pauvre gendarme. Il déguerpit, mais fut poursuivi, tirs de pistolets aux fesses. Désarmé, il fut tout heureux de voir arriver à sa rescousse un lancier français qui embrocha le cheval du commandant prussien en plein poitrail. Le gendarme terrifié coupa sa moustache et se déguisa en paysan. Pendant ce temps, les cavaliers eurent le temps de détruire le matériel de la gare de Hunspach et de couper les fils. Les autorités supposent qu'ils auraient repassé la frontière en profitant de la noirceur de la nuit.

25 juillet
Nouvelle version de l'histoire précédente :
Hier, un gendarme français se rendait de Lauterbourg à Niederoedern. Dans ce dernier village, il fut rejoint par un lancier ; les deux chevauchèrent ensemble, sans doute pour se rendre à Soultz-sous-Forêts. Arrivés près du village de Trimbach, ils rencontrèrent un paysan qui leur dit de ne pas aller plus loin, parce qu'il y avait des dragons badois dans le village. Le gendarme et le lancier en aperçurent deux ou trois. Le gendarme dégaîna, le lancier apprêta sa lance, et la lutte s'engagea. Mais aussitôt apparurent 11 autres Badois. Le lancier et le gendarme furent désarmés, leurs chevaux emmenés. Le lancier avait de sa lance perforé le cou du cheval d'un officier badois ; les uns disent que le cheval a été tué, mais d'autres affirment qu'il n'a été que blessé. Les cavaliers badois avaient traversé la frontière du côté de Scheibenhardt (près de Lauterbourg), village moitié français, moitié bavarois. La troupe était au nombre de 45, dont 10 officiers. Elle fait partie, dit-on, d'un détachement assez considérable stationné dans la partie bavaroise du village de Scheibenbardt. Les cavaliers badois ont coupé également le télégraphe du côté de Hunspach dans la nuit de samedi à dimanche.

Troisième version :
Seize cavaliers badois sont arrivés dimanche sur le territoire français, entre Lauterbourg et Schleithal. Dans cette dernière commune, ils ont fait prisonniers deux douaniers. De là ils se sont dirigés sur Niederlauterbach, où ils ont également capturé deux douaniers. Un cinquième, plus heureux que les quatre autres, est parvenu à s'échapper sain et sauf malgré les coups de fusil tirés sur lui et qui ne l'ont pas atteint. Les cavaliers ont emmené leurs quatre prisonniers dans la Bavière rhénane. À six kilomètres de Niederbronn, un officier supérieur français aurait surpris une reconnaissance ennemie, composée de cinq officiers et de six cavaliers badois ; les quelques cavaliers français, formant l'escorte de l'officier supérieur, auraient attaqué la patrouille allemande, dont tous les hommes ont été tués ou blessés. ou fait prisonniers. Un des soldats français, un brigadier des lanciers, aurait également succombé. C'est sans doute là le détachement qui, suivant les bruits du pays, aurait été vu du côté de Niederbronn et Wœrth.

Vous en voulez une quatrième ?
Quatrième version. 26 juillet. On espère que cette fois c'est la bonne !
Wissembourg. Les Badois viennent de faire une escapade qui leur a coûté cher. Une patrouille d'environ 16 dragons s'est promenée dans nos contrées, pour se faire écharper en définitive par nos chasseurs à cheval. Les dragons sont entrés dimanche par Lauterbourg, ont traversé cette ville pendant que la population était à l'église, ont découpé les fils télégraphiques et sont partis ensuite par les champs et les bois vers Hundspach. En route, ils rencontrèrent un gendarme et un lancier français, qui aussitôt se précipitèrent sur eux. Un combat s'engagea ; le lancier tua le cheval d'un officier, mais fut lui-même terrassé et laissé pour mort ; le gendarme fut fait prisonnier, mais il échappa peu d'instants après aux dragons et courut donner l'alerte. Les dragons traversèrent un grand nombre de villages ayant visité la gare de Hundspach, entre autres, puis allèrent prendre gîte près de Froeschwiller, comme si de rien n'était.

Hundspach
Le lendemain matin pourtant cette aventure devait prendre une autre tournure. Les dragons étaient en train de déjeuner, quand un coup de feu retentit. C'étaient des chasseurs à cheval français qui arrivaient et qui avaient tiré sur la sentinelle postée par les Badois devant la porte de leur auberge. Les chasseurs, armés du nouveau fusil de cavalerie, lâchèrent une décharge sur les fenêtres, où venaient d'apparaître les autres Badois. Ceux-ci ripostèrent. Les chasseurs se précipitèrent dans les escaliers, montèrent à l'assaut du premier étage, pénétrèrent dans la pièce et les sommèrent de se rendre. Une véritable bataille s'engagea. Les Chassepots, dont l'inventeur est né à Mutzig, firent des merveilles. Cinq Badois sont tués, six blessés, les autres sont faits prisonniers. Parmi les blessés se trouvait un Anglais qui servait comme officier dans l'armée badoise. Le malheureux lieutenant Herbert Winsloe avait une balle dans le bas-ventre ; il demanda un pasteur et fit son testament. Sa blessure fut mortelle (Winsloe était originaire de Coulnakyle, Inverness, en Écosse). Nous avons perdu de notre côté un maréchal des logis. Les prisonniers furent emmenés à Niederbronn où nos vaillants soldats furent acclamés aux cris de « Vive la France ». L'enquête révéla que sur les 16 hommes, il y avait 5 officiers vêtus d'uniformes de simples soldats.


28 juillet
À Strasbourg, le bruit court que les villes de Wissembourg et Lauterbourg auraient été envahies par des milliers de Prussiens, des régiments entiers. C'est la panique ! Les pauvres aubergistes et paysans chez qui les Prussiens ont déjeuné se sont vu promettre une indemnité de 30 Kreutzer (1 franc 08 ct) par homme et par jour. « Vous serez payés à la fin de la guerre », leur a-t-on promis !
Les 600 Badois qui ont investi hier à Lauterbourg sont restés corrects et ont réglé leurs consommations comme de pacifiques promeneurs. À Wissembourg, un détachement badois a parlementé avec le commissaire de police JECKEL et lui a demandé l'autorisation de traverser la ville de la porte de Landau à la porte de Haguenau. JECKEL aurait dit : « Jamais je ne conduirai l'ennemi ! » Là-dessus on ferma le pont-levis de l'entrée de la ville et les Badois tirèrent une décharge contre la porte. Après cela, le détachement est retourné à Schweigen.

29 juillet


Le baron de WICHMER, prisonnier cité, est en réalité le général-major, le baron Rudolf von WECHMAR (1823-1981), de la famille noble de Thuringe près de Gotha. En 1875, il écrivit un livre sur les principes à appliquer concernant la guerre moderne. Il a fait partie des quelques dragons prussiens du détachement qui ont poursuivi leur escapade en Alsace et était affecté au 3ᵉ dragon Prince Charles. Avec lui ont été faits prisonniers le baron de Villiers, deux soldats et un dragon. Parmi les soldats badois décédés se trouve le lieutenant Herbert Winsloe. Son nom figure dans les registres de décès de la commune de Niederbronn-les-Bains.

Herbert Winsloe (1843-1870) est inhumé au cimetière de Karlsruhe.
C'est en 1910 qu'a eu lieu la célébration commémorative binationale ci-dessous. Le chasseur décédé était le maréchal des logis Claude FERREOL PAGNIER. Il est le premier mort français de la guerre de 1870. Lors de l'arrestation, un capitaine Zeppelin réussit à s'échapper dans une chevauchée à brides abattues. Ce capitaine n'est nul autre que le célèbre Ferdinand von ZEPPELIN, connu pour la construction des dirigeables du même nom.


Niederbronn en 1910. À l'occasion du 40ᵉ anniversaire de la journée du Schirlenhof, au cours de laquelle le comte Zeppelin a effectué sa célèbre chevauchée de reconnaissance à travers le district de Wissembourg, une petite cérémonie a eu lieu dimanche au cimetière de Niederbronn, où est enterré le maréchal des logis Pagnier.


Le maître peintre SPINNER, de Wissembourg, a déposé une magnifique couronne sur la tombe après un discours au nom du général CHABOT. Au cours de la matinée, le général CHABOT avait également fait déposer une couronne au petit monument érigé au Schirlenhof en l'honneur du lieutenant Winsloe.
Après le discours de Monsieur SPINNER, un monsieur grisonnant, la poitrine ornée de décorations allemandes, s'est approché de la tombe : le baron von VILLIER, qui avait participé en tant que lieutenant à la chevauchée de reconnaissance du comte Zeppelin. Le vieux vétéran a prononcé un discours vigoureux et touchant et, après une prière, a déposé une splendide couronne de feuilles de chêne sur la tombe de son ancien adversaire [en savoir plus sur les détails de l'incident].

Rudolf von WECHMAR (1823-1981)
30 juillet
On fait les comptes : on estime à 150 000 les soldats français transportés sur les frontières de l'Est, soit 1 train de 1000 hommes tous les 50 minutes. 500 wagons ont été empruntés à la Compagnie d'Orléans.
Point sur les soldats décédés dans la semaine du 25 au 31 juillet à l'hôpital militaire de Strasbourg
- Alfred GRAUX : né à Saint-Quentin (Nord), 30 ans, mort le 25 juillet, 30 ans, 45ᵉ régiment d'infanterie de ligne
- Charles François JACOBI : né à Mirepoix (Basses-Pyrénées), 22 ans, mort le 25 juillet, 1ᵉʳ régiment de zouaves
- Daniel Auguste WEYL : 57 ans, époux d'Anne Albert, domicilié à Strasbourg, mort le 26 juillet, officier comptable d'administration de l'intendance militaire, chevalier de la Légion d'honneur (13 août 1863).
- François Ignace KOPP : né à Epfig, 31 ans, mort le 29 juillet, sergent au 2ᵉ régiment de tirailleurs algérien
- Constantin PASCAL : né à Montflin (Gard), 24 ans, mort le 31 juillet, soldat au 2ᵉ régiment de zouaves
La semaine suivante sera encore plus sanglante. À suivre…
Sources :
- Gallica
- Illustrations IA
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