Le jeune appelé et incorporé de force André VOEGEL est désormais face à la réalité de la guerre. Découvrons avec cette quatrième partie sa vie de soldat dans la Wehrmacht. Suite de la partie 1partie 2 et partie 3.

Ma première et dernière permission

Après l'opération anti-partisans, la période d'instruction se terminait définitivement, et en toute logique, nous étions destinés à rejoindre une unité combattante du front. Il était de tradition dans la Wehrmacht d'attribuer 16 jours de permission à chaque soldat avant son départ au front. Je quittais Gora-Kalwaria en train pour rejoindre Varsovie d'où partaient les trains à destination de l'Allemagne. Pour atteindre la gare centrale, je devais traverser la ville. Cette opération s'avérait dangereuse compte-tenu des activités subversives des partisans.

Mon passage dans la capitale polonaise coïncidait avec le début du soulèvement des juifs au ghetto de Varsovie. Il éclatera définitivement le 19 août et se terminera le 2 octobre de la même année avec l'écrasement total de toute résistance.

Tram de Varsovie réservé uniquement aux Juifs

Le tramway circulait encore dans la ville ; certains compartiments étaient exclusivement réservés à l'armée allemande. Je vois encore les grappes humaines accrochées à l'extérieur du tram. Ce jour là, un officier allemand avait été tué en pleine ville par la résistance. Nous avions donc reçu l'ordre de nous munir de nos armes. On ressentait la nervosité et la tension dans toute la ville. L'armée soviétique, stationnée de l'autre côté de la Vistule, avait reçu l'ordre de Staline de ne pas intervenir militairement. Ils ont ainsi laissé les nazis massacrer ces vaillants combattants polonais. Ils furent pratiquement tous anéantis. Plus tard, le comportement criminel de Staline pèsera très lourd dans les relations entre la Russie et la Pologne. Cette prise de position contribuera plus-tard par un rejet viscéral du communisme manifesté par les Polonais.

Le tram de Varsovie en 1944

Je suis rentré à la maison vers la deuxième moitié du mois de juillet 1944. C'est par la radio que j'appris l'attentat sur le Führer Adolf Hitler le 20 juillet. Un groupe d'officiers allemands dissidents avait osé l'impensable. Le chef du complot était le Graf von Stauffenberg (1907 - 1944). Tout le monde jubilait en apprenant la nouvelle et croyait sincèrement que le dictateur était mort. Malheureusement il n'en fut rien ; Hitler en a miraculeusement réchappé. Quelques heures plus tard, il hurlait par message radiodiffusé sur l'ensemble des émetteurs allemands et pays occupés : « Qu'une fois encore la Providence l'avait épargné ». Tous les officiers allemands mêlés, de près ou de loin à cette affaire, furent exécutés ou reçurent l'ordre de se suicider (comme par exemple le maréchal Rommel, le Renard du désert africain).

 

De nouvelles mesures furent prises comme celle de l'abolition du salut militaire conventionnel. Comme dans la majorité des armées du monde nous portions la main droite à notre képi pour saluer. Dorénavant, le salut militaire réglementaire sera le salut hitlérien du parti nazi, à savoir lever et tendre la main droite à hauteur d'épaule. Jamais, la Wehrmacht n'appréciera ce changement.

Durant ma permission, nous débattions beaucoup, mes parents et moi, d'une éventuelle désertion. L'éventualité de ne plus rejoindre mon unité après la permission, m'obsédait. Les alliés avaient déjà débarqué en Normandie le mois précédent mais leur avancée piétinait. La résistance, dont on vantera après la guerre la parfaite organisation sur l'ensemble du territoire, était un mythe, une allégorie à ma connaissance surtout en Alsace. Aucun indice ne laissait supposer une possible insoumission de la population. Tout ce que je voyais était répression, condamnations, travaux forcés et déportations. Les familles qui se dérobaient au devoir de défense, « Wehrpflichtentziehung » selon la terminologie de l'époque étaient déplacées. Nous avions pris connaissance du sort réservé aux 18 réfractaires de Ballersdorf dans le Haut-Rhin qui furent fusillés au mois de février 1943 pour avoir tenté de passer en Suisse et se soustraire à l'incorporation. A Valff même, deux de mes copains un peu plus âgés que moi, s'étaient évadés pour gagner la zone française libre. Ils furent arrêtés par la Gestapo à la hauteur de la ligne de démarcation, traduits devant les tribunaux, condamnés et incarcérés à la prison de Saverne. Incorporés plus tard, ils laissèrent leur vie dans ce conflit pour une cause qui n'était pas la leur. Des centaines de réfractaires furent exécutés pour le même délit.


Camille ABT, un des 18 jeunes de la région de Ballersdorf fusillé au camp du Struthof pour l'exemple

Après une période de réflexions et de tergiversations, je décidais de repartir et rejoindre mon unité en Pologne. J'avais dépassé de plusieurs jours la durée de permission. Mais si finalement je pris cette décision, c'était conscient du danger que j'aurais fait courir à mes parents. Mon père avait à cette époque 66 ans ; ses deux autres fils, mes frères aînés, étaient eux-mêmes incorporés dans la Wehrmacht. Je ne voulus donc faire courir à mes parents le moindre risque de déportation et les plonger dans une vallée de misère terrible. 

A partir de Strasbourg, je pris le train en direction de Karlsruhe d'où partaient les convois en direction du front (Fronturlauberzug). A peine arrivé à la gare de Karlsruhe, les sirènes se mirent à hurler pour annoncer l'attaque de bombardiers alliés. Bienvenue en enfer !

A suivre ...

Source : Mémoires d'André VOEGEL

Récit complet des mémoire du malgré-nous André VOEGEL :

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