Le jeune appelé et incorporé de force André VOEGEL a fini sa formation militaire. Il va très vite découvrir la réalité de la guerre. Découvrons avec cette troisième partie le quotidien traumatisant d'une jeune recrue dans la Wehrmacht. Suite de la partie 1 et partie 2.

Opération anti-Partisans

L'année 1944 était marquée par une activité intense des partisans polonais contre l'occupant allemand. Systématiquement les points névralgiques de l'armée allemande étaient pris pour cible par la résistance polonaise. Leur tactique consistait à perpétrer des actes de sabotage de nuit. Le jour, ils disparaissaient dans l'arrière pays. Le quartier général de la Wehrmacht décida donc, vers les mois de juin et juillet 1944, de lancer une opération de répression de grande envergure. L'objectif : endiguer les activités de sapes des partisans.

Notre groupe spécialisé au maniement du lance-flamme fut joint à une division militaire avec mission : anéantir « par le feu » les villages suspectés de prêter assistance aux maquisards. Nous nous retrouvâmes dans un immense massif forestier dans lequel les chefs allemands avaient localisé des caches de la résistance polonaise. L'opération « nettoyage » pouvait commencer.

En bordure de cette immense forêt se trouvait un petit village considéré comme point d'appui et d'approvisionnement des Résistants. Il fut rapidement encerclé. Chaque maison fit l'objet d'un ratissage systématique. Aux ordres martiaux de « Schnell, Schnell ! », la population se retrouva rassemblée sur la place publique en face d'une petite église. Nous ne trouvâmes que des femmes, des enfants de moins de 15 ans et des vieillards ... paralysés par la peur. Pas un seul homme valide, tous avaient disparu. Notre arrivée avait sûrement été annoncée par avance.

Avec cette rafle, nous avions ordre de prêter main forte à l'infanterie. Mon sous-officier me donna l'ordre de visiter une maison un peu à l'écart du village. En m'approchant, une jeune femme sortit brusquement d'un petit silo à pommes de terre aménagé à côté de l'entrée. En m'apercevant elle poussa un hurlement tellement strident que j'en resta cloué au sol, puis elle courut de toutes ses forces à travers champs vers la forêt proche. L'idée de l'arrêter avec une salve de mitraillette ne m'a même pas effleuré l'esprit. Je la regarda, immobile, courir pour sa vie. La femme put rejoindre la forêt : elle s'était sauvée. A l'issue de cet incident, j'aurais pu avoir de graves problèmes de la part de la hiérarchie car nous avions reçu l'ordre strict de tirer sur tout fugitif. La cruauté de cette guerre n'avait pas encore fait son oeuvre sur le jeune civil pacifique que j'étais, il y a encore quelques mois. J'avais brusquement le pouvoir de vie ou de mort au bout d'une simple détente d'arme à feu.

La population rassemblée sur la petite place fut emprisonnée dans l'église. Quelque temps plus tard, des camions emmenèrent les captifs vers une destination inconnue. Sans doute, la mort attendait-elle tous ces gens en signe de représailles. A l'époque, je ne me posais pas encore la question de leur sort. Le village vidé de ses occupants fut complètement détruit au lance-flamme. Il était composé d'une trentaine de maisons en bois recouverts de toits de chaume.

Une immense colonne militaire armée jusqu'aux dents s'engouffra dans la forêt. De temps à autre, un attelage sautait sur une mine, mais la résistance était insignifiante. Quelques jours plus-tard, nous tombâmes sur un groupe de résistants particulièrement courageux. Sans doute, ces hommes et ces femmes, méconnaissaient-ils notre force de frappe. Un feu nourri nous visait du haut des arbres. La riposte fut immédiate. Les mitrailleuses lourdes furent rapidement mises en position et réduisirent au silence les francs-tireurs. Parmi les cadavres, nous découvrîmes le corps d'une jeune fille étudiante en médecine d'une faculté de Londres. Ses papiers ensanglantés témoignaient d'une vie prometteuse brisée !

Toute action de nettoyage était interrompue la nuit. Nous dormions sous des tentes équipées de filets anti-moustiques. Ils étaient les bienvenus, car nous nous trouvions dans une région marécageuse, où les nuits étaient froides et les journées très chaudes.

C'est au cours d'une de ces nuits que je fus confronté à une rencontre inopinée. Je n'arrivais pas à m'endormir sous la tente ; il faisait trop froid et je décida de sortir me réchauffer autour de l'immense feu allumé pour la circonstance. Des soldats des différentes unités se pressaient autour du brasier qui dégageait une chaleur bienfaisante. Tout en me réchauffant, j'entrevis en face de moi un homme en uniforme de gendarme dont le physique me rappelait quelqu'un. J'hésitais ... était-ce un sosie ? L'uniforme pouvait tromper, d'autant plus que l'homme portait des décorations et semblait être gradé. Curieux, je décidais de lui adresser la parole en Hochdeutsch. Quelle ne fut pas ma surprise ! C'était un gars de Valff ! C'était Rémy RIEGLER ! Rémy s'était porté volontaire pour servir dans la gendarmerie et faisait partie des unités combattantes. A ma connaissance, il était le seul de Valff à s'être engagé volontaire. Il fut très étonné, autant que moi, de notre rencontre. C'était vraiment le fruit du hasard de se retrouver ici, tous les deux au même endroit, dans cette forêt perdue de Pologne !

Photo prise en 1939 au carrefour de la rue du Moulin et de la Rue Principale. Rémy RIEGLER est le premier à gauche, André VOEGEL au centre devant le cycliste

La suite de son parcours : profitant d'une permission à Valff vers la fin de l'année 1944, il décida de ne plus rejoindre son unité. Après la Libération pour éviter d'éventuelles représailles, il se porta volontaire dans la Légion étrangère. Il combattit longtemps avec bravoure et enthousiasme en Indochine, puis en Afrique. Rentré dans ses foyers, nous sommes devenus amis, mais je me suis toujours gardé d'aborder le sujet de notre rencontre en Pologne. Il mourut en 1986 à l'âge de 66 ans suite aux séquelles des maladies contractées dans les pays tropicaux.

Rémy RIEGLER lors sa conscription en 1940

L'opération de nettoyage se poursuivit encore quelque temps mais se limita à des escarmouches. Les quelques prisonniers étaient, en principe, immédiatement exécutés sur place. Jamais, nous n'avons été en contact avec le gros des rebelles. Ils s'étaient dispersés afin d'éviter toute confrontation. Nous n'avons pas trouvé de caches d'armes importantes et la perte en hommes pour les partisans est restée minime . Bref, l'opération se solda par un échec. L'ordre nous fut donc donné de nous retirer de la zone, et en ordre groupé s'il vous plait ! A la sortie de la forêt nous traversâmes des champs de seigle prêts à être moissonnés. Nous marchions depuis quelques temps lorsque soudainement nous fûmes la cible de rafales de mitrailleuse. Le réflexe fut de nous jeter à terre prêts à riposter. Il s'agissait d'un tireur isolé camouflé dans le champ de seigle qui s'étendait devant nous équipé d'une mitrailleuse russe. Le commandant ordonna de lâcher les chiens pour débusquer le tireur. Quelle ne fut pas notre surprise en voyant un garçon de 14 ou 15 ans se diriger vers nous, les mains en l'air !

Je suppose que ce jeune garçon exalté par son courage et un patriotisme exacerbé, ignorait totalement le risque qu'il prenait. Soumis à un interrogatoire poussé avec l'aide d'un interprète, il ne sut répondre. Le commandant, ancien blessé de guerre, incapable de se servir de sa main droite, tenait son casque dans sa main gauche. Avec une violence inouïe, il frappa la tête du jeune homme qui s'effondra sous le choc. Un sous-officier lui administra le coup de grâce et son corps fut abandonné en bordure du chemin. 

A suivre ...

Source : Mémoires d'André VOEGEL

Récit complet des mémoire du malgré-nous André VOEGEL :

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