Le jeune André VOEGEL, malgré-nous, se bat en Pologne pour sa survie. Son quotidien balance entre désertions, faim, réincorporations, combats et ... beaucoup de chance.

Attaque à l'arme blanche

Au cours de la retraite de la Wehrmacht, il arrivait souvent que des patrouilles russes s'enfoncent un peu trop loin dans nos défenses allemandes. Ordre nous fut donné un jour, de repousser une de ces patrouilles qu'on venait de repérer derrière une digue de 2 ou 3 mètres. Le groupe de soviétiques était composé d'une trentaine de soldats.

A la nuit tombante et dans un silence absolu, nous avançâmes en file indienne le long de la digue à l'opposé des russes. Nous pouvions les entendre discuter entre eux. Lorsque l'ordre fut donné d'attaquer baïonnette au canon, nous avons poussé notre fameux cri de combat « Hourrah ». Les russes restèrent pétrifiés en nous voyant surgir du haut de la digue. Pour la première fois de ma vie, je participai à un combat au corps à corps.  Je me suis donc retrouvé au milieu des soldats de l'armée rouge, qui, comme moi se demandaient ce qui arrivait. Je n'ai pas été attaqué ni ai attaqué qui que ce soit malgré ma mitraillette prévue pour le combat rapproché. Cette situation, que j'ai considéré sur le coup comme « rocambolesque » a duré très peu de temps (je pense), mais les russes qui n'étaient pas morts ou blessés, se sont enfuit à toutes jambes. Nous les poursuivîmes tout en tirant.

Au bout de 200 mètres maximum, j'entendis le commissaire politique accompagnant la troupe soviétique hurler : « Stoï » (Stop). Comme un seul homme, les russes s'arrêtèrent, se retournèrent et firent face. Pris de panique devant cette situation inattendue, ce fut à nous de faire demi-tour et les poursuivants devinrent poursuivis. C'est à ce moment précis que je tiré pour la première fois avec ma mitraillette. Tout ce qui m'importait était de tenir les russes à une distance respectable de mes fesses. Mes compagnons n'ayant plus de munitions, j'étais encore le seul à pouvoir me défendre. Nous rejoignîmes dare-dare notre position de départ au-delà de la digue, laissant derrière nous nos morts et nos blessés impossible à récupérer. L'opération n'avait encore servi à rien, sauf causer la mort de ceux qui n'ont pas eu de chance. La nuit venue nous quittâmes nos positions dans le cadre d'un repli stratégique !

La Baraka

Stationnée dans une clairière au milieu d'une forêt non loin de la ligne du front, notre compagnie se reposait paisiblement. Les marches forcées de ces derniers jours (pour échapper aux russes), avaient eu pour effet de nous épuiser gentiment. Je m'étais installé sur une épaisse grume pour casser la croûte, lorsque volèrent des éclats de mortier. Instinctivement je me mis à couvert. Je n'ai pas eu la sensation d'avoir été touché. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que ma mitraillette de couleur blanche que je tenais placée entre mes genoux et mon ventre, avait été totalement détruite par l'impact d'un éclat. Je n'avais aucune égratignure. C'est ce qu'on appelle « avoir la Baraka » !

Désertion en train

Comme à mon habitude, me voilà à nouveau déserteur ! Je me suis retrouvé à l'arrière du front, près de la gare d'une petite ville d'où partait un train de blessés. Sans hésiter, je me suis arrangé pour grimper dans le train. Ce ne fut ni facile ni sans danger. Des patrouilles de la police militaire surveillaient le convoi. Je pensais qu'un train de blessés prendrait inévitablement la direction de l'ouest. Je me voyais déjà en Allemagne et en Alsace, mais je ne me suis pas imaginé que les circonstances en décideraient autrement. J'ai éprouvé un sentiment de fierté d'avoir, si facilement, pu m'échapper. Nous roulions depuis un assez long moment vers une destination inconnue, d'ailleurs, sans importance pour moi. J'étais serein. Le train entra doucement dans une gare et je me suis permis de jeter un regard par la fenêtre. Je vis une grande agitation sur le quai. Un colonel allemand sauta du train et cria à tue-tête « Es wird aus allen Knopfleichern geschossen » (on tire par tous les trous des boutonnières !). Nous étions en gare de Lodz, en Pologne, et l'armée rouge avait été plus rapide que notre train. Une violente fusillade éclata et je me voilà déguerpir par la porte opposée au quai. J'ai sauté par-dessus les rails pour disparaître sous un proche couvert, encore une fois la Divine Providence m'avait sauvé.

Affiche allemande à l'attention des soldats. Se réfugier chez un civil est considéré comme de la désertion

Fuite à bord d'un panzer

Après ce fameux périple en train, une nouvelle marche solitaire débuta pour moi. Je me suis retrouvé derrière l'armée en déroute. J'étais toujours déserteur mais je me suis joins à ces soldats épuisés physiquement et moralement de cette guerre maudite. La liesse et la fierté de cette armée orgueilleuse n'était plus qu'un lointain souvenir. Arrivés à un carrefour, nous nous retrouvâmes face à face d'un vieux colonel qui nous obligea, armé d'un pistolet, à nous mettre en position de riposte. J'ai rejoins une section équipée de mitrailleuses, positionnée derrière un petit talus. Par expérience, je savais qu'une unité formée dans de telles circonstances éclaterait au premier choc. Au loin sur la route, je vis soudain arriver en trombe une petite voiture de forme bizarre, inconnue pour moi. A deux cent mètres de nous, elle stoppa, fit demi-tour, puis des fantassins en descendirent et disparurent dans un fossé. Après la guerre, j'ai su que la voiture en question était une jeep américaine.

Une patrouille soviétique était devant nous et, de suite, notre mitrailleuse se mis à crépiter. Les russes ripostèrent, mais ne bougèrent pas. Ils attendaient certainement des renforts qui ne tardèrent pas à arriver. Au-delà de la petite plaine à l'orée d'un bois, je vis une quantité importante de chars russes T 34 arriver droit sur nous. A la faveur d'un brouillard artificiel pour masquer leur avance, ils tirèrent des obus qui éclatèrent de plus en plus près.


Le courageux et glorieux colonel s'était volatilisé. Je l'ai aperçu furtivement s'engouffrer dans un tuyau de ciment à coté du carrefour. C'était sans doute la première fois qu'il entendait siffler des boulets de canon. Tout a l'heure, il criait encore « Hier ist ja tiefster Frieden ! » (ici, naturellement, vous croyez qu'il y a une paix profonde !?).

Voyant le danger se rapprocher, je sortis de mon couvert en m'apprêtant à déguerpir comme d'habitude lorsque j'aperçu derrière moi un panzer allemand qui, après avoir tiré sur les chars russes, fit demi-tour promptement. J'eus juste le temps de me hisser à bord que déjà il fonçait hors de la zone dangereuse. Il longea l'arrière des maisons d'un petit village en écrasant jardins et vergers. Je suivais d'un regard détaché le carnage après son passage. De temps à autre, il s'arrêta pour tirer sur un ennemi invisible dans un fracas épouvantable puis continua sa route. Quand on se trouve accroché juste à coté du canon, croyez-moi, on a les oreilles qui sifflent ! Le premier tir fut particulièrement impressionnant parce que je ne m'y attendais absolument pas ! De plus, j'ai eu un moment, l'impression que notre char a été touché par un obus car des particules de ciment s'en détachèrent et volèrent tout autour de moi. A regarder de près, j'ai pu constater que mon char était entièrement recouvert d'une couche de ciment. C'était un moyen efficace et préventif pour empêcher l'accroche des mines aimantées. Loin derrière la zone dangereuse, j'ai quitté mon destrier d'acier et repris mon périple à pied.

A suivre ...

Source : Mémoires d'André VOEGEL

Récit complet des mémoire du malgré-nous André VOEGEL :

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