Le jeune André VOEGEL, enrôlé dans la Wehrmacht, essaie de survivre comme il peut en Pologne durant cette fin d'année 1944. A chaque jour suffit sa peine.

A l'hôpital militaire

Cet épisode est le seul que je puisse dater d'une façon certaine. Le récit qui suit vous en donnera l'explication. Nous étions maintenant au mois de novembre 1944 et mon unité était stationnée en Pologne. Nous avions des contacts assez fréquents avec la population autochtone, en particulier pour améliorer notre ordinaire avec des produits locaux (surtout oeufs, pain blanc, etc). Peut-être est-ce cette consommation abusive d'oeufs qui me valut une jaunisse carabinée.

Reconnu malade, je fus hospitalisé à l'hôpital militaire de Radom. La jaunisse n'est pas une maladie douloureuse. Elle provoque surtout une intense fatigue et un malade était soumis à un régime diététique rigoureux, sans sel ni poivre, sans moutarde, sans rien. Par contre, j'avais droit à du pain blanc tous les jours. Pour retarder ma guérison, je mangeais en cachette beaucoup de moutarde jaune qu'un copain m'achetait en ville et que je cachais sous mon lit. Chaque matin, le médecin militaire passait dans le pavillon, s'arrêtait une seconde devant chaque lit et déclarait parfois : « Ihnen geht's gut » (Chez vous tout va bien). Pour moi, cette hospitalisation était la vie de château et je fis tout pour prolonger mon séjour. Le pavillon était équipé de haut-parleurs qui donnaient régulièrement les communiqués de l'OKW, « Oberkommando der Wehrmacht » (Grand Quartier Général). Dans la journée du 28 novembre le « Wehrmachtsbericht » émit le communiqué suivant : « Zur Zeit finden Kämpfe statt in den Weinbergen von Barr » (à l'heure actuelle des combats se déroulent dans le vignoble de Barr).

Libération de Barr les 28 et 29 novembre 1944

C'était chez moi et mon moral en souffrit beaucoup ! Plus tard, rentré dans mes foyers, je devais apprendre que c'était ce même jour, que mon village, Valff, avait été libéré. Les jours suivants, plus aucune nouvelle de ce secteur du front de l'Ouest ne fut relaté. Strasbourg avait été libéré par les troupes françaises, peut-être que les miens aussi avaient été libérés du joug allemand ? Le village avait-il souffert ? Mes parents étaient-ils encore en vie ? Toutes ces questions me trottaient dans la tête sans trouver de réponse. En fait, ma famille se posait les mêmes questions à mon sujet. Depuis quelques mois déjà, je n'avais reçus aucun courrier de chez moi, et ma guerre à moi devait encore durer plus de six mois. Après un séjour prolongé, j'ai du, à mon grand regret, quitter l'hôpital. Tandis que d'autres malades rentraient en permission de convalescence, on m'ordonna de rejoindre mon unité. Mon pays était libéré par les alliés et j'y pensais sans cesse.

Avenue des Vosges à Barr

Grand Rue à Barr

Carrefour de la Poste

Mort d'un ami alsacien

Des chars ennemis s'étaient infiltrés derrière nos lignes allemandes et se sont trouvés encerclés dans une forêt. Dans le désordre général, je fus recruté dans une compagnie de déserteurs formée à la hâte. Nous reçurent l'ordre de rejoindre la zone d'encerclement et c'est là que j'ai rencontré un autre alsacien que je ne connaissais pas. L'encerclement du groupe de chars russes était également accompagné par l'infanterie chargée de leur protection. C'est vers la soirée que nous sommes arrivés sur les lieux. D'autres unités étaient déjà en place surtout des tireurs d'élite à carabines munies de lunettes. Durant la nuit, les chars soviétiques avaient réussi une contre-attaque pour forcer l'encerclement et rejoindre leurs confrères. Il resta pourtant sur place un char, qui, pour une raison que j'ignore ne pu s'échapper, ainsi que des fantassins. Le matin venu, poussé par ma curiosité, je me suis glissé dans le trou d'un tireur d'élite. Devant moi, à travers les arbres, j'ai vu une clairière et des soldats russes tentant de la traverser en courant. Malheureusement pour eux, le tireur d'élite placé à côté de moi était un expert et les descendit pratiquement tous un à un. A cette occasion j'ai pu observer une chose curieuse : un homme touché par une balle arrête subitement sa course, se redresse durant un instant, puis tombe toujours en arrière.

Sur un officier russe mort juste devant moi, j'ai prélevé quelques décorations dont la plus haute distinction militaire soviétique, la médaille « Joseph Staline », que j'espérais garder en souvenir. Mon camarade alsacien avait été affecté non loin de moi comme tireur de mitrailleuse en compagnie de deux autres hommes dont un sous-officier. Le char russe qui circulait toujours dans la forêt, se présenta tout à coup devant nous. Personne n'eu l'autorisation de l'éliminer à la fusée anti-chars. C'est un capitaine allemand qui, voulant jouer au héros, s'était fixé l'objectif de le descendre lui-même. Cette action devait lui valoir « la croix de fer » et surtout une décoration spéciale portée au bras, décernée pour avoir éliminé un char. J'étais stupéfait de constater avec quelle aisance le char circulait en forêt, renversant les arbres comme des allumettes. C'était un engin vraiment imposant mais j'en ignore le type.

Il était donc à l'arrêt devant nous, à environ cent mètres, lorsque le couvercle de la tourelle se leva. Le buste d'un homme apparut pour inspecter les lieux. A ce moment précis, j'entendis le sous-officier donner l'ordre de tirer à la mitrailleuse. L'homme disparut à l'intérieur de la tourelle. Était-il touché ? Une rotation du canon se fit en direction de la mitrailleuse. Je fermais les yeux. Le coup de canon parti soulevant un gros nuage de poussière du côté du nid de mitrailleuse. Les trois desservants sont morts parmi lesquels mon ami alsacien dont je ne me souviens plus aujourd'hui ni du nom, ni du village natal. Un éclat lui avait transpercé le casque et il était décédé instantanément. Nous avons chargé les corps sur une charrette et nous n'eurent pas le temps de leur réserver une sépulture digne. Le char russe ne fut jamais détruit, une attaque de l'armée rouge l'a par la suite délivré. L'orgueil avait encore causé la mort inutile de trois hommes.

Pendant plusieurs jours, je suis resté profondément affligé par la disparition subite et stupide de mon ami alsacien. Après la guerre, j'ai déclaré sa mort à la mairie de son village qui se trouve quelque part dans l'Ackerland ou le Kochersberg.

Dynamitage d'un pont-barrage

Nous étions toujours en repli stratégique ou plutôt « en rectification de la ligne du front », comme disait d'habitude le communiqué de l'OKW. Un groupe de ma compagnie de génie a reçu l'ordre de préparer le dynamitage d'un pont-barrage. Comme d'habitude, j'étais du lot. Ce pont, d'une largeur de 100 m environ, traversait un cours d'eau assez important et servait en même temps de barrage de retenue d'eau chargé d'alimenter une usine hydroélectrique. Ce barrage fermait pratiquement une petite vallée, la masse d'eau retenue était très importante. De l'autre coté du pont, le terrain était en montée douce d'où on pouvait facilement observer tous mouvements et manœuvres. Notre mission consistait non seulement d'assurer l'arrière-garde de l'armée en déroute, mais également à faire sauter le pont-barrage dès l'apparition de l'ennemi « Bei Feindesicht ». Toute la journée nous avons mis en place nos mines et bâtons de dynamite, pendant que l'armée allemande en retraite traversait le pont sans discontinuer. Au loin nous entendions la canonnade se rapprocher et, renseignements pris auprès des hommes en déroute, nous avons appris que la pointe de chars de l'armée rouge ferait son apparition sur les hauteurs d'en face d'un moment à l'autre.

Le seul et unique moyen de traverser le cours d'eau était ce fameux pont. Le soir venu, les chars russes pointèrent leurs canons sur la vallée, l'heure fatale était venue. Notre sous-officier responsable décida d'arrêter le flot d'hommes et de matériel pour nous permettre de faire sauter toute l'infrastructure. Ce ne fut pas chose facile d'arrêter les hommes. Chacun savait que sa chance de survie se trouvait de l'autre côté. Nous mîmes le feu au cordon d'allumage et tout explosa dans un fracas étourdissant. Bien que le cordon d'allumage nous permettait de déguerpir jusqu'à 200 mètres environ, nous fûmes bombardés par des débris qui retombaient. Obligés de nous coucher par terre, la tête entre nos mains, nous nous sommes protégés comme nous avons pu ... depuis longtemps déjà nous n'avions plus de casques !  Je ne suis pas sûr que lors de l'explosion, le pont était bien vide de soldats.... Nous avons exécuté l'ordre de faire sauter le pont dès l'apparition de l'ennemi. La mission était accomplie !

Pour nous, il était maintenant vital d'assurer notre propre retraite.

A suivre ...

Source : Mémoires d'André VOEGEL

Récit complet des mémoire du malgré-nous André VOEGEL :

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